Pauvreté : ces préjugés qui perdurent

Publié le 12/09/2013
France
 

Les idées reçues ont la peau dure et minent des populations déjà fragiles. Un petit ouvrage entreprend de les contrer : En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté, réalisé par ATD Quart Monde et les Éditions de l’Atelier en partenariat avec le Secours Catholique.

En mars dernier, une rumeur viciée agitait les internautes. Selon un tableau comparant les situations financières d’une famille de cinq personnes percevant un petit salaire et d’une autre de taille similaire touchant le RSA, la seconde disposerait, après calcul des revenus et des dépenses, de près de 500 euros mensuels supplémentaires. De l’aveu même de son auteur, le tableau en question, posté sur Facebook, n’était qu’une blague destinée à faire sourire ses amis.

Problème : la fausse information fut partagée près de 100 000 fois, trouvant un écho disproportionné avant d’être déconstruite par le site Rue89. Si la "plaisanterie" avait si bien pris, c’est qu’elle reposait sur une idée reçue : celui du pauvre, profiteur, gagnant plus qu’un travailleur salarié.

Face aux clichés, des chiffres

Et ce cliché sur les plus démunis n’est pas un cas isolé. « Les pauvres font des enfants pour toucher des aides. » « Les sans-domiciles refusent des hébergements sans raison. » « Les immigrés prennent de l’emploi aux Français. » Qui n’a jamais entendu ces affirmations ? Parmi tant d’autres, voici quelques-unes des idées reçues qui collent à la peau des plus précaires et qu’un petit ouvrage paru le 12 septembre entreprend de remettre en question.

Dans En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté, réalisé par ATD Quart Monde en partenariat avec le Secours Catholique, les auteurs, Jean-Christophe Sarrot, Bruno Tardieu et Marie-France Zimmer, s’emploient à déboulonner différents mythes néfastes concernant les minima sociaux, les sans-abris, l’immigration, l’école, le logement ou les solutions de lutte contre la pauvreté. Ils appuient leurs réponses sur des chiffres, des rapports, des études sociologiques et parfois des témoignages.

L’objectif est d’ouvrir le dialogue et d’aider à poser sur nos semblables un regard plus attentif et juste. Et éviter d’empoisonner davantage une situation déjà néfaste.

Car ces idées fausses sont loin d’être anodines : elles minent encore plus des populations déjà fragilisées – vis-à-vis de l’extérieur (refus d’accès à des droits essentiels), mais aussi d’elles-mêmes (enfermement sur soi, perte d’espoir, autodépréciation). D’autant plus que les personnes les subissant sont bien souvent maintenues "en dehors du champ et du dialogue" et peuvent difficilement faire entendre leur voix.

« La seule manière de dépasser des stéréotypes, c’est la rencontre », affirme Bruno Tardieu, délégué national du Mouvement ATD Quart Monde France, dans son introduction à l’ouvrage. Car dans cette lutte contre les préjugés, rien ne vaut le fait d’aller au devant de l’autre.

En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté, Introduction de Bruno Tardieu, par ATD Quart Monde, Ed. de l’Atelier, septembre 2013, 5 euros, 185 pages.


Un ouvrage édité grâce au crowdfunding

Si les réponses apportées à ces "idées fausses" ont fait l’objet de débats avant publication, le financement de l’ouvrage a également été placé sous le signe de la participation. C’est en effet grâce à une campagne de crowdfunding ou financement participatif, lancée sur la plate-forme Ulule, et donc au soutien des internautes que l’ouvrage a pu voir le jour, l’objectif initial de 3 000 euros ayant été largement dépassé. Face au succès de la démarche, l’association s’est désormais fixé un nouvel objectif : atteindre la somme de 7 500 euros afin d’organiser des rencontres-débats et d’envoyer le livre à l’ensemble des députés.

Julien Fournier
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