Rohingyas : urgence humanitaire pour des milliers de familles

Publié le 03/10/2017
Bangladesh, Birmanie
Rohingyas : urgence humanitaire pour des milliers de familles
Des réfugiés rohingya du district de Mongdu en Birmanie arrivent sur l’île bangladaise de Shah Porir Dwip après avoir fui la violence chez eux.
 

Depuis le 25 août, des milliers de familles rohingyas chassées par l’armée birmane se sont réfugiées au Bangladesh. Femmes, vieillards, hommes, nourrissons et enfants survivent dans un profond dénuement.  Sur place Caritas Bangladesh s’organise pour répondre à l’urgence humanitaire.

Près de 400 000 personnes ont fui la violence en Birmanie en traversant la frontière du Bangladesh, vers la ville voisine de Cox’s Bazar. Ils vivent dans des camps de fortune, des abris temporaires ou à ciel ouvert. Ils dépendent complètement de l’aide alimentaire, l’eau potable est rare et les installations sanitaires désastreuses.

Le gouvernement de Rangoon nomme ces musulmans des « terroristes ». Persécutés et opressés depuis les années 1980, ils vivent une tragédie depuis cet été. Réfugiée dans une conduite de drainage dans un des camps improvisés de Cox’s Bazar, Dilda Begum, Birmane de 38 ans, raconte : « Les soldats ont tout pillé dans mon village. J’ai juste eu le temps de prendre les enfants et de courir, courir… Avant d’atteindre la frontière, nous avons traversé trois localités, toutes en feu ». Aujourd’hui, une de ses filles est allongée sur le sol, brûlante de fièvre.

Obligés de prendre de gros risques

Des dizaines de milliers d’enfants et de jeunes voient ainsi « leurs vies mises en péril, témoigne Tommy Trenchard, de Caritas Bangladesh. Ils sont obligés de prendre de gros risques. Il faut en urgence les aider! » Parmi les nombreux blessés et victimes du conflit, « un garçon a reçu une balle qui a traversé une épaule, un autre a dû être amputé d’une jambe ». Une mère de famille a fui son village du district de Mangdu quand les militaires ont commencé à tirer. « Ils ont tué mon fils ! Il avait 25 ans. »

 
Rohingyas : urgence humanitaire pour des milliers de familles
Dans une zone de réception au sud du Bangladesh, l’abri des réfugiés rohingya récemment arrivés, dans des tuyaux de drainage.
 

Rajida  accouche dans une rizière, le bébé va bien

Parfois, cependant, il y a des miracles. Rajida Begum, 30 ans, tient aujourd’hui fièrement son nouveau-né (14 jours) dans ses bras. Peu de temps auparavant, lorsque des soldats sont arrivés dans son village, la femme enceinte, accompagnée par des habitants, a dû se cacher pendant cinq jours dans la forêt. « J’avais si peur ! » Rajida a accouché le cinquième jour sous une bâche en plastique au milieu …d’une rizière. « Je m’attendais au pire mais quand j’ai vu mon bébé j’ai pleuré de bonheur : il allait bien ! J’ai rendu grâce à Dieu ».

 
Rohingyas : urgence humanitaire pour des milliers de familles
Rajida Begum, âgée de 30 ans, tient dans les bras son bébé de 14 jours qui n’a pas encore de prénom. Elle est née au milieu d’une rizière, alors que Begum fuyait l’armée birmane.
 

Besoin de protection des enfants

Les besoins des réfugiés sont immenses.

Caritas Bangladesh a effectué des analyses rapides dans les zones frontalières et a mené des entretiens avec les familles rohingya. Le personnel de l’organisation catholique indique qu’il y a des besoins immédiats en eau, en alimentation, en installations sanitaires, en abris, en médicaments et en mesures de protection des enfants.

Caritas Bangladesh avec notamment le soutien du Secours Catholique-Caritas France, prévoit ainsi de distribuer de la nourriture et des articles non alimentaires à 70 000 Rohingya. Chaque famille recevra 15 kg de riz, 2 kg de farine de riz, 3 kg de dal (légumineuses), 1 kg de sel, 1 kg de sucre et 1 litre d’huile alimentaire, ainsi que des ustensiles de cuisine.

« On pouvait voir nos maisons brûler de l’autre côté de la rivière », témoigne Mohamed Alamgir, âgé de 27 ans. Toute sa famille est malade, y compris Sumaya qui n’a qu’un an. « Nous n’avons pas beaucoup d’argent, alors manger est un problème pour nous », dit-il.

 
Rohingyas : urgence humanitaire pour des milliers de familles
Dilda Begum et l’un de ses enfants malades.
 

« Ce sont des centaines de milliers de gens qui ont été contraints de partir de chez eux. Ils n’ont rien. C’est une situation tragique, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du pays », dénonce Michel Roy, Secrétaire général de Caritas Internationalis. « La violence et les agressions doivent s’arrêter. Les agences humanitaires doivent avoir un accès sans entraves. La dignité des Rohingya doit être reconnue. »

 

Yves Casalis (avec Caritas Internationalis)
Crédits photos : © Tommy Trenchard/Caritas Internationalis
Caritas Jerusalem en soutien à Gaza
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