Semaines sociales de France : les technosciences, outil de lutte contre les inégalités ?

Publié le 21/11/2014
Lille
 

Du 21 au 23 novembre, l’Université catholique de Lille accueille la session annuelle des Semaines sociales de France sur le thème « L’homme et les technosciences, le défi ». Peut-on faire de ces technosciences un vecteur d’humanisation et de lutte contre les inégalités ? Le regard du président-recteur de cette institution, Pierre Giorgini, auteur de La transition fulgurante (Éd. Bayard, 2014).

Vous accueillez dans vos locaux les Semaines sociales de France, du 21 au 23 novembre, sur le thème “L’homme et les technosciences, le défi”. Quel est ce défi ?

Nous vivons actuellement une transition technoscienctifique fulgurante : l’univers des possibles explose. Cela représente des opportunités sans précédent, et des risques aussi, dans tous les champs touchés par la technologie : l’humanisation des machines, la machinisation de l’homme, dans le domaine notamment de l’énergie, de l’ingénierie du vivant, des communications... Cela entraine des questions d’ordre éthique et anthropologique fondamentales, notamment sur les libertés individuelles ou encore sur la transformation de l’humanité telle qu’elle nous a été donnée.

Le défi réside dans notre réaction : que faisons-nous face à cette transition et les bouleversements qu’elle fait naitre ? Deux tendances se dessinent, comme je l’explique dans mon livre La transition fulgurante. D’un côté, on observe une critique radicale des technosciences dans leur ensemble : on rejette tout en bloc, y compris les aspects positifs comme les avancées dans le traitement de maladies incurables, les développements de capacités au service des personnes touchées par un handicap, ou encore les alternatives énergétiques. De l’autre côté, on note une forme de naïveté face aux technosciences qui auraient le pouvoir de réinventer l’homme dans son ensemble, celui de créer un humanoïde de chair et de technologie qui réduirait la souffrance et le mal, voire qui vaincrait la mort.

Entre-deux, un seul chemin est viable – et le défi est immense : celui où l’on prend le temps de la réflexion, où l’humanité tente de prendre son destin en main, technologie par technologie en mettant en place des régulations locales et internationales. Cela commence, comme dit Edgard Morin, par l’élévation du niveau de conscience de tous et de chacun.

En quoi les évolutions technologiques contribuent à faire baisser les inégalités entre les hommes ?

Dans leur essence même, les évolutions technologiques ne peuvent pas contribuer à faire baisser les inégalités. C’est de leur utilisation par les hommes et les sociétés que va dépendre leur impact ou non sur les inégalités. Par exemple, une communauté de résilience en Amérique du sud reprend son destin en main en créant une monnaie locale et en refusant une forme de mondialisation avilissante. Par contre, son responsable a conscience qu’une imprimante 3D pourrait l’aider à réparer les pièces cassées de la machine qui lui sert à cultiver les terres. Son utilisation de la technologie change l’impact de cette même technologie.

De même, une personne âgée qui souffre d’isolement peut trouver en Internet un moyen de garder contact avec ses proches. J’ai le cas dans ma famille : une grand-mère a retrouvé une relation forte avec ses petits-enfants qui habitent à l’autre bout du monde grâce à des conversations régulières sur Skype.

Mais en retour, les technosciences peuvent aussi contribuer à augmenter ou créer de nouvelles inégalités ?

Il existe en effet de nombreux exemples inverses à ceux cités ci-dessus. Par exemple, l’accès à certaines technologies dans le domaine médical est parfois impossible face aux coûts. Pourra-t-on à l’avenir, maintenir un principe universel d’accès aux soins qui suivent l’explosion des possibilités ?

La problématique aujourd’hui est que ces deux possibilités – l’utilisation des technosciences pour améliorer la vie des personnes et une utilisation qui peut la contraindre – sont en train d’émerger simultanément. Nous devons maintenant sortir d’une habitude classique : celle de se dire, face aux technosciences, que l’on n’a pas de pouvoir, qu’on ne peut rien faire contre les grands empires, contre les multinationales.

En réinventant l’utilisation des technosciences à partir de nos réalités de terrain, au niveau local, une co-créativité peut exister. Et en s’investissant au niveau national et international pour peser dans l’évolution de leur place dans nos sociétés, nous pouvons faire le pari de réhumaniser les technologies avec les technologies elles-mêmes. C’est peut être une Utopie, mais une utopie positive qui offre des perspectives et peut contribuer comme le dirait Jean-Claude Guillebaud à développer un gout de l’avenir.

 


La session annuelle des Semaines sociales de France

Les Semaines sociales de France organisent leur session annuelle du 21 au 23 novembre à Lille. Au programme : des conférences mais aussi des “voyages apprenants” (une immersion dans des entreprises ou lieux qui innovent dans l’utilisation de la technologie pour faire advenir une société juste) et des échanges (ateliers conversations dans lesquels interviendra notamment Sophie Lebrun, journaliste au Secours Catholique-Caritas France).

Pour vous inscrire, rendez-vous sur le site de la session hwww.technosciencesledefi.org (inscriptions possibles sur place tous les jours de la session)

Pour suivre les échanges sur les réseaux sociaux : le compte Twitter @SemSoFr et la page Facebook.

Pour suivre la session en ligne : une wiki radio, accessible en ligne sur le site hwww.technosciencesledefi.org permettra aux internautes n’ayant pas pu faire le déplacement à Lille de suivre la session : retransmission de certaines conférences, reportages, émissions spéciales.

 
Sophie Lebrun
© Université catholique de Lille
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