Syrie : Caritas avec les réfugiés

Publié le 14/06/2012
Syrie
 

La situation humanitaire en Syrie s’aggrave de jour en jour. Les réfugiés affluent dans les pays voisins, Liban, Turquie, Jordanie, où Caritas leur apporte une aide d’urgence.

La répression menée en Syrie a franchi ces derniers jours un degré supplémentaire. Le chef des opérations de maintien de la paix à l’ONU, Hervé Ladsous, a signalé « l’utilisation d’hélicoptères de combat [par l’armée syrienne], en plus des chars et de l’artillerie ».

Le rapport annuel de l’ONU sur les enfants et les conflits armés, publié mardi 12 juin, dénonce un « niveau de violence exceptionnel », contre les enfants. Le rapport précise que des enfants « ont été utilisés comme boucliers humains », dans le village d’Ayn Al-Arouz, dans la province d’Idleb.

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a annoncé le 13 juin que la France allait proposer « un nouveau train de sanctions » visant en particulier les cadres de l’armée syrienne « qui prêtent la main aux opérations de répression » et qui seront « poursuivis par la justice ».

Manifestation à Paris

Les États-Unis accusent la Russie de livrer des hélicoptères d’attaque à la Syrie, Moscou répliquant en accusant Washington d’armer les rebelles syriens. Pendant ce temps, à Paris, place du Palais-Royal, l’ONG internationale Avaaz (la « voix » en langue persane) présentait symboliquement au public, le 12 juin, des jouets tachés de sang et des photos d’enfants.

Cette manifestation avait pour but d’appeler à la signature d’une pétition (en ligne sur le site www.avaaz.org) visant l’exportateur d’armes russe Rosoboronexport au moment où se tenait, à Paris, le dîner de gala des participants au salon international Eurosatory de l’armement terrestre.

Turquie : camps inadaptés

L’escalade de la violence pousse de plus en plus de Syriens à se réfugier dans les pays voisins, principalement en Turquie, à la frontière nord de la Syrie. Quelque 2 500 Syriens sont ainsi arrivés en Turquie entre le 11 et le 13 juin. Au total, 44 000 Syriens sont réfugiés en Turquie, le pays qui en accueille le plus grand nombre.

Caritas Turquie s’inquiète de la situation dans ces camps, où les autorités restreignent l’accès des ONG, excepté pour le Croissant-Rouge turc. Les organisations humanitaires ne peuvent pas apporter d’aide directe à la population des camps. Caritas a pourtant constaté un besoin de renouvellement de tentes dans la région de Hatay, à cause d’un climat très rigoureux.

Dans l’un des camps, Caritas a recueilli des témoignages selon lesquels les conditions de vie n’atteignent pas les standards de base : eau potable, qualité de la nourriture, accès à l’école, participation des habitants du camp à son organisation… Par ailleurs, les demandes d’asile ne semblent pas bien accueillies par les autorités.

Caritas prête à répondre aux besoins

Si la liberté de circulation des réfugiés des camps s’est améliorée, avec parfois même la mise en place de navettes vers le centre-ville, « ce n’est pas assez pour mener une vie normale quand on n’est pas autorisé à travailler », rapporte Caritas Turquie.

L’organisation se tient prête à répondre aux besoins en cas de nouvel afflux de réfugiés syriens. À Istanbul, Caritas renforce son aide aux réfugiés et aux migrants : assistance matérielle, médicale, conseils, projets socio-éducatifs…

Jordanie : priorité aux enfants

Au sud de la Syrie, la Jordanie accueille 114 000 déplacés syriens, dont 16 000 sont enregistrés par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Mille quatre cents Syriens sont inscrits auprès de la Caritas du gouvernorat de Mafraq. L’organisation répond en priorité aux besoins des bébés par la fourniture de lait et de couches. De nombreuses naissances ont lieu à l’hôpital. La Caritas conduit un programme d’assistance de six mois à 200 enfants de moins de un an. Pour les plus grands, l’ONG fournit notamment des sacs de classe.

Liban : Caritas dans la tourmente

À l’ouest, la guerre civile syrienne déborde sur le Liban, rapporte la Caritas du pays du Cèdre. À Tripoli, quinze personnes ont été tuées et plus de trente blessées. Les combats ont fait suite à une manifestation en mémoire des victimes du massacre de Houla, en Syrie, les 25 et 26 mai (108 morts dont une grande majorité de civils, parmi lesquels 25 enfants, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme et l’ONU).

Les organisations caritatives libanaises aident plus de 20 000 réfugiés syriens. Caritas Liban a déjà fourni des milliers de kits de toilette, de couvertures, de colis alimentaires et une centaine de radiateurs aux Syriens démunis qui se sont répartis dans dix secteurs du Liban. Comme en Jordanie, il y a une forte demande de lait et de couches pour bébés.

Clinique mobile

Le centre médical mobile de la Caritas offre ses consultations pédiatriques et des médicaments aux enfants. Les maladies détectées sont généralement bénignes mais la Caritas a dû apporter des soins contre l’asthme à un enfant d’une famille de cinq personnes contrainte de partager deux pièces avec dix autres réfugiés. Cette famille a tout perdu dans les bombardements de Hama, en Syrie.

Chrétiens en difficulté

En Turquie, Caritas a recueilli le témoignage de deux familles chrétiennes réfugiées à Hatay. Des familles de la région de Homs et de Idleb ont quitté leur travail et fui vers une autre région ou le Liban, rapporte Caritas. Les habitants avaient été menacés par des groupes armés qui leur demandaient de remettre leurs objets de valeur, et s’installaient dans leurs maisons.

D’après ces témoins, la violence visait particulièrement les chrétiens, avec passages à tabac, enlèvements, tortures ayant frappé des proches. Les deux familles affirment que les médias ne couvrent pas de façon objective les événements en Syrie et les exagèrent. Cela, disent-elles, pour en faire porter la responsabilité à l’actuel gouvernement, qui, selon elles, « a toujours l’approbation de la majorité de la population ».

Départ envisagé de Bachar el-Assad

La communauté internationale semble cependant s’orienter vers un accord pour le départ de Bachar el-Assad. Kofi Annan, auteur du plan de paix quotidiennement violé en Syrie, travaillerait à la réunion d’un groupe de contact qui pourrait aboutir à ce résultat. La Russie en ferait partie. La Chine quant à elle, a exprimé « sa vive inquiétude sur l’évolution de la situation en Syrie », qui a atteint « un stade critique ». Pékin appelle les parties au conflit à faire « tout leur possible pour protéger les civils ». Est-ce à dire que la Chine reverrait son soutien à M. Assad s’il continuait à s’en prendre à son peuple ?

 

François Tcherkessoff (avec AFP)
© Xavier de Torres/Maxppp
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