Tchad : des comités pour identifier les racines des conflits

Publié le 27/03/2014
Tchad
Tchad : des comités pour identifier les racines des conflits
 

Aude Hadley, chargée de projets Afrique centrale au Secours Catholique, décrit le travail des “Comités locaux de dialogue et de réconciliation” : ils s’attaquent aux racines de conflits, fonciers ou ethniques.

Les conflits locaux sont nombreux dans certaines régions du pays. Quelles en sont les raisons ?

Le problème foncier est essentiel. Les parcelles sont souvent insuffisamment déterminées entre les communautés. Entre agriculteurs et éleveurs, les relations sont rendues délicates lorsque les couloirs de transhumance sont mal délimités ou pas (ou peu) respectés. Ou quand chaque année, effet du changement climatique, les troupeaux pénètrent beaucoup plus tôt qu’auparavant dans les zones cultivées.

À cela s’ajoutent les conflits ethniques, en particulier, à l’est, entre Zaghawa et Tama, les différends sur les questions de la dot, de l’héritage, les désaccords sur la façon de gérer les conflits qui opposent, parfois, musulmans (55 % de la population) et chrétiens (35 %).

Comment les résoudre ?

Encouragée et aidée par des partenaires du Secours Catholique, en particulier la commission catholique Justice et Paix, la population a pris les choses en mains. Elle a formé, à partir de 2011, des “Comités locaux de dialogue et de réconciliation”. Nous en soutenons quatre : trois dans la bande sahélienne et un au sud. Chaque comité regroupe environ une dizaine de personnes. Sont par exemple membres du comité du Guéra deux chefs de cantons ou de villages (ils ont l’habitude de trancher des différends), deux femmes impliquées dans la promotion féminine, des militants associatifs.

À Mangalmé, dans le Guéra, les habitants d’une bourgade étaient en conflit en raison d’une querelle foncière. Les autorités civiles n’étaient pas parvenues à la résoudre, les deux préfets qui avaient successivement essayé de le faire ayant donné des avis opposés. Le comité le plus proche est alors intervenu avec cet objectif : trouver une solution durable et consensuelle. Ce qui est apparemment le cas aujourd’hui car les protagonistes ont rangé les couteaux trois jours après l’entrée en lice du comité.

Quelles précautions sont prises pour dépasser d’éventuelles difficultés communautaires, ethniques ou religieuses ?

Les “Comités locaux de dialogue et de réconciliation” sont des instances de concertation et de travail en commun. C’est toujours une délégation qui se déplace dans les villages au nom du comité local quand celui-ci est sollicité. C’est essentiel ! Celui-ci désigne ses représentants (chrétiens/musulmans, personnes d’origines ethniques différentes, hommes et femmes) avant d’entreprendre la démarche de réconciliation.

Par ailleurs, les comités – régulièrement sollicités par les communautés et les autorités –, dont les membres sont formés sous l’égide de Justice et Paix en termes de médiation, prévention des conflits, droit, communication, négociation, effectuent un important travail en amont des conflits afin d’en identifier le plus tôt possible les racines et, ainsi, calmer le jeu.

Plus les comités seront proches des villages, plus ils contribueront à résoudre les conflits ! C’est pourquoi le Secours Catholique veut en favoriser la capacité d’intervention en finançant en 2014 la création au niveau départemental de trois sous-cellules (quatre ou cinq membres chacune) par comité.

 

Yves Casalis
Crédit Photo : © Christian Boisseaux/La Vie
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