À Quimper, un café où chacun trouve sa place

Publié le 22/04/2022
Finistère
À Quimper, un café où chacun trouve sa place
 

À Quimper, dans le Finistère, un café solidaire animé par des bénévoles du Secours Catholique a ouvert en septembre 2017. Karine, Anthony, Jacqueline, Maimouna s’y retrouvent régulièrement pour rompre la solitude et partager avec d’autres. 
 

« Tuer la solitude, c’est très important ! » affirme Karine, 49 ans, cheveux auburn aux épaules. C’est pour elle l’une des raisons d’être du Café solidaire de Quimper. « Avec le confinement, ça m’a énormément manqué de rencontrer d’autres personnes. » 

Des problèmes de santé l’empêchent de travailler. « Le seul lien social que j’ai, c’est de faire du bénévolat dans des associations. » Karine habite à Concarneau, à une trentaine de kilomètres de Quimper, et vient plutôt au café le week-end : « Dans la semaine, j’ai pas mal de rendez-vous médicaux. »

La maison de l'eau en breton

Installé dans le centre-ville de Quimper, derrière la préfecture, le café solidaire est tenu par des bénévoles du Secours Catholique. Il est ouvert les après-midis du mardi au dimanche, et le samedi matin pour l’atelier d’auto-réparation. Ce vendredi, dès 14h, des habitués impatients attendent qu’on leur ouvre la porte.

On y arrive à pied, en voiture ou en transport en commun. Avant, Karine venait avec sa propre voiture. « Mais avec le prix de l’essence qui est à 1,86 € le litre, maintenant, je viens en bus. Mais le dimanche, il n’y a qu’un bus le matin et un le soir. »

Comme son nom du café l’indique, « Ti an dour », la maison de l’eau en breton, est un endroit pour se ressourcer. Avec un double objectif : rompre la solitude et permettre à chacun d’exprimer ses talents.

 

Installées autour d’une table, Martine, Nicolas et Anthony jouent au Triomino. Martine, 73 ans, est une ancienne aide-soignante. Elle habite Quimper depuis sept mois et fréquente le café depuis trois. « Je suis seule à la maison. Mes enfants sont loin. Ça me fait passer le temps. »

Nicolas, 53 ans, barbe et cheveux grisonnants, passe régulièrement l’après-midi au café. Il trouve l’ambiance « un peu familiale. Ça fait comme un rayon de soleil. » En ce moment, Nicolas est « installé dehors ». Dans sa situation, pour passer du temps au chaud, il y a trois solutions : « soit la bibliothèque, soit le centre social, soit ici ». 

La partie de Triomino terminée, Anthony, 48 ans, en survêtement, s’installe en face de la porte vitrée par laquelle entre les nouveaux arrivants. Il se précipite pour ouvrir à chacun. Son rôle à lui, c’est « majordome ». C’est Jeanine, 87 ans, pull rose, yeux bleus et cheveux blonds, qui lui a confié l’accueil des nouveaux. « La porte est difficile à ouvrir », glisse la doyenne des lieux.

LYCÉENNES EN BAC PRO

En ce vendredi de fin d’hiver, Lucie et Lauryne, 18 et 19 ans, lycéennes en bac pro sanitaire et social viennent faire la publicité d’une soirée crêpes organisée la semaine suivante par le Secours Catholique. Lors de cette soirée, ce sont elles qui feront le service. Une manière pour elles de découvrir la solidarité en action. Elles sont déjà venues au café. Lucie a été « étonnée de l’accueil, de la chaleur du lieu ».

Elle aimerait être aide-soignante dans un établissement pour personnes âgées. Venir ici l’a confortée dans son envie professionnelle. « Ici, il y a des gens de l’âge de nos grands-parents. Parfois, c’est un peu dur de communiquer avec eux. Aujourd’hui, je me sens plus à l’aise pour parler avec des personnes âgées. »

Dans ce bistrot un peu particulier, nul n’est obligé de consommer. « On ne va pas refuser un café à quelqu’un qui n’a pas trois sous au fond de sa poche », résume Jean-Luc, 61 ans, attablé avec Le Télégramme. Ce fonctionnaire dans un bureau d’études aime lire son journal ici. « J’aime voir des gens autrement que dans un contexte marchand. Dans un contexte où le temps est différent. »

 

La rentabilité, ce n’est pas du tout le but !

Frédéric Le Guen, coordinateur du lieu

Le prix des boissons est libre : chacun paie selon ses possibilités. Sur chaque table, une tirelire en céramique reçoit les participations. « Une manière de dire que ce n’est pas gratuit, qu’on peut participer », explique Erwan Gueguen, animateur au Secours Catholique.

Lorsque Frédéric Le Guen, coordinateur du lieu, fait les comptes en fin de journée, il y a parfois 3 €, parfois 6 €, pour une fréquentation d’une vingtaine de personnes. « La rentabilité, ce n’est pas du tout le but ! »

 

Plus que la participation financière, c’est l’implication des personnes qui est recherchée. « Quand quelqu’un vient au café, il peut passer derrière le comptoir pour donner un coup de main », souligne Erwan Gueguen. Cela permet de donner confiance. « C’est une manière d’intégrer les personnes. » L’idée est aussi de « partir des talents de chacun ».

« Quand le café solidaire s’est ouvert, je me suis dit : "Si je faisais un atelier tricot, ça pourrait aider les gens !’"», témoigne Jacqueline, octogénaire bénévole au Secours Catholique. Un vendredi sur deux, elle et son amie Véronique, 74 ans, déballent pelotes de laine, aiguilles, ouvrages de broderie.

Maimouna, Christelle et Marie-Henriette les rejoignent volontiers. L’occasion, pour l’une, d’oublier ses soucis de papiers et de logement, pour l’autre, de travailler sa patience, pour une autre de garder ses mains occupées.

Le lendemain, samedi, Patrice, 60 ans, supervise l’activité Repair café : chacun peut apporter son petit-électroménager et participer à sa réparation. Christiane, retraitée, change le disque dur de son ordinateur.  Ici, pas question de faire à la place des gens. Dune, 34 ans, a réparé elle-même son fer à repasser la semaine précédente. Ce samedi, elle assiste Patrice dans les réparations du jour.

 
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Au Repair Café
 

Même philosophie à l’atelier couture : « J’essaie de ne pas faire à la place des gens, avance Jacqueline. Il faut au moins que la personne fasse un petit peu. Ça peut être mettre des épingles. Je leur apprends à recoudre un bouton. Certaines ont appris la broderie, d’autres le tricot. »

Ce samedi après-midi, Marie-Annick, 68 ans, joue de l’accordéon, « un Maugein, fabriqué à Tulle, en Corrèze ». D’habitude, elle ne joue pas en public. Mais ici, elle se sent bien, « les gens sont gentils ». « C’est un lieu où on est gais et optimistes. Un peu en dehors de tous les soucis qui se passent en ce moment. Le Covid, la guerre en Ukraine… »

Elle a choisi de jouer « Liberta », un chant corse qu’elle aime beaucoup. « J’aime ce chant parce que la liberté est menacée actuellement. »

 

Infos pratiques
Le café solidaire « Ti an dour »
Adresse : 15 rue Sainte-Thérèse, 29000 Quimper
Ouvert du mardi au vendredi de 14h30 à 18h.
Le samedi de 10h à 12h et de 14h30 à 18h.
Le dimanche de 14h30 à 18h.

 

Aurore Chaillou
Crédits photos : © Gaël Kerbaol / Secours Catholique
Deux mamies sourient bras-dessus bras-dessous
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