Un Soudanais à Trélazé

Publié le 24/04/2017
Maine-et-Loire
Un Soudanais à Trélazé
 

Voyant le sort réservé aux migrants qui arrivent aujourd’hui en France, Ahmed Abdallah est conscient de sa chance. Arrivé du Darfour en 2011, il n’a « jamais galéré ». Depuis cinq ans, le jeune Soudanais est bénévole au Secours Catholique d’Angers auprès de personnes âgées.

 

Ahmed Abdallah a passé une semaine sous la tente dans la “jungle” de Calais. « Par curiosité », précise le jeune Soudanais, qui vit depuis cinq ans à Angers. Notre étonnement le fait rire. Il s’explique : « J’avais vu des reportages à la télévision, je voulais voir par moi-même ce qu’il s’y passait. » C’était au mois de septembre.

Parti avec seulement quelques affaires de rechange, accueilli sur place par des compatriotes, il a vu. Il a entendu aussi les récits des violences subies tout au long du chemin migratoire, surtout lors de la traversée de la Libye. Il a essayé d’imaginer quelle aurait été son histoire s’il était arrivé en France au même moment qu’eux, dans les mêmes conditions. Très différente, sûrement. « J’ai eu beaucoup de chance », réalise le jeune homme.

Ahmed a atterri à Roissy le 3 mars 2011. Depuis trois ans, il se cachait au Darfour. « De 2006 à 2008, j’ai participé à la lutte contre le gouvernement soudanais », explique-t-il. Le 10 mai 2008, les rebelles tentent une attaque aux portes de la capitale, Khartoum. Ils sont battus. « À partir de là, nous nous sommes dispersés. » Sa famille va finalement réussir à lui faire quitter le Soudan, trois ans plus tard, en soudoyant un officier qui lui obtient un visa pour la France. Lorsqu’il arrive à Paris, Ahmed ne connaît personne.

« La seule chose que je savais, c’est qu’il fallait que j’aille voir la police en descendant de l’avion. » Interrogatoire, vérification des informations, dépôt d’un dossier de demande d’asile, prise en charge par la Croix-Rouge... Tout s’enchaîne très vite. « Le traducteur de la Croix-Rouge m’a conseillé d’aller à Angers. Il m’a dit qu’il connaissait des Soudanais là-bas. »

 

Trois jours après mon départ, je leur dis : “Je suis en famille !

Ahmed

L ‘un des contacts angevins de l’interprète se charge de trouver un point de chute au nouvel arrivant. C’est ainsi que le 5 mars 2011, Ahmed pose ses valises chez Jean-Claude et Anne Maillard. « Imaginez la surprise de mes proches au Soudan, qui étaient très inquiets. Trois jours après mon départ, je leur dis :Je suis en famille !” »

Le jeune Soudanais va rester de longs mois chez le couple de retraités, le temps d’obtenir des papiers et de trouver du travail. La cohabitation se passe bien. « Jean-Claude et Anne ont tout de suite été très sympas », raconte Ahmed. En souriant, il ajoute : « Bon, s’adapter au quotidien d’une famille française, au début, ça n’a pas été facile. Vous avez un mode de vie très organisé. Chez nous, ce n’est pas comme ça. »

Le calme qui règne dans la maison le perturbe. « La nuit, je bougeais le moins possible pour ne pas déranger, alors que je n’ai pas l’habitude de dormir tôt. Je pouvais passer des nuits blanches dans ma chambre. » L’étudiant en littérature regarde les livres sur les étagères. « J’étais entouré de livres, mais ils étaient en français. »

La frustration sera de courte durée. De retour d’un voyage en Espagne, Anne et Jean-Claude lui rapportent des romans marocains et égyptiens, écrits en arabe avec la traduction en français. « Ça m’a bien aidé pour me familiariser avec la langue », déclare Ahmed. Même s’il parle anglais, Ahmed sent bien qu’apprendre rapidement le français est primordial pour s’intégrer.

 

Le boulot, c’est pour gagner de l’argent. Le bénévolat, c’est pour le plaisir 

Ahmed

« Et pour progresser, le mieux est de pratiquer. » Faire du bénévolat lui paraît alors un bon moyen de rencontrer du monde. Une personne de l’association Reda (Réseau d’entraide des demandeurs d’asile), à qui il confie ce souhait, l’emmène au Secours Catholique.

Peu de temps après, Ahmed rejoint les jeunes bénévoles de Générations solidaires qui, chaque semaine, passent deux heures à la maison de retraite Les Plaines, située dans le quartier de Trélazé. « On discute, on fait des jeux de société. » Pourquoi ce choix ? « Sur le moment, vu mon niveau en français, c’est ce qui me paraissait le plus facile. » Erreur. « Au début je ne comprenais rien, s’esclaffe le jeune Soudanais. J’avais besoin qu’un autre bénévole reformule ce que me disaient les personnes âgées. J’avais un traducteur français-français ! »

Ses progrès permettent des conversations plus approfondies. À travers leurs récits, les résidents lui font découvrir une France qui n’existe plus. Plusieurs ont en commun avec lui d’avoir vécu la guerre. « Ils me racontent leur propre expérience en Algérie ou lors de la Seconde Guerre mondiale. » Au fil des années, certains sont devenus des amis. Et même s’il a moins de temps depuis qu’il travaille, Ahmed n’a jamais envisagé d’arrêter. « Le boulot, c’est pour gagner de l’argent. Le bénévolat, c’est pour le plaisir », conclut-il.

Benjamin Sèze
Crédit Photo : © Christophe Hargoues / Secours Catholique-Caritas France
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