Une agence immobilière pour les mal-logés

Publié le 11/01/2018
Ile-de-France
 

En 2018, le Secours Catholique va lancer en Ile-de-France une agence immobilière sociale (AIS). Le but : favoriser l'accès des personnes à la rue ou mal logées à un logement digne.
 

Entretien avec Fanny Plançon, chargée de projet De la rue au logement, au Secours Catholique.

 

Pourquoi ce projet d'agence immobilière sociale ? 


Depuis des années, nous avons dans notre réseau des propriétaires solidaires qui proposent leurs logements vacants pour des personnes à la rue ou des personnes migrantes. Cependant, nous n’avons pas en interne de compétences en gestion locative et ne disposons pas des outils nécessaires pour répondre favorablement à ces propriétaires.

De l'autre côté, nous rencontrons quotidiennement dans nos accueils des personnes ou familles qui vivent à la rue, en centres d'hébergement, à l'hôtel ou chez un tiers, habitent des logements insalubres ou minuscules qu'ils paient très chers.

Notre idée est de faire le lien entre ces offres et le besoin, et de favoriser ainsi l'accès de personnes à la rue ou mal logées à un logement digne. Les propriétaires volontaires, qui acceptent de ne toucher qu’un loyer modéré, auront en échange l’assurance d’être payés grâce au fait que le Secours catholique se porte caution. Les locataires pourront bénéficier d'un accompagnement bénévole.

Quelle sera la nature de cet accompagnement ? 


L’agence aura une équipe salariée composée de professionnels de l’immobilier et de travailleurs sociaux. Avec des bénévoles, cette équipe proposera un accompagnement pluridisciplinaire.

Pour certaines familles qui n'ont pas besoin d'aide sociale, cela pourra être un simple coup de main pour le déménagement, pour effectuer les démarches administratives liées au changement d'adresse ou pour aller rencontrer le voisinage.

Pour d'autres, l'accompagnement pourra être plus poussé. Certaines familles n'ont jamais vécu en France ailleurs que dans une chambre d'hôtel. Elles n'ont jamais géré un chauffe-eau, par exemple. Et un peu isolée, elles n'oseront pas forcément demander de l'aide ou ne sauront pas vers qui se tourner.

Un mauvais usage, une petite fuite non résolue, c'est cela qui peut causer des dégradations du quotidien. D'où la nécessité parfois d'un accompagnement pour habiter le lieu, avec des personnes de confiance à qui elles peuvent s'adresser.

Cela pourra aussi être utile pour des personnes qui sont restées longtemps à la rue et pour qui le retour « brutal » entre quatre murs peut-être source d'appréhension, voire d'angoisse.
 

Sur combien de logements misez-vous ?


Sur les quatre premières années, nous visons 200 logements gérés. C'est une expérimentation, limitée pour l'instant à l'Ile-de-France et aux familles accompagnées par le Secours Catholique. Mais à terme, si cela réussi, nous aimerions le dupliquer partout en France.

Et l'idéal serait qu'un tel dispositif se généralise au delà de l'association et devienne la norme dans la lutte contre le mal logement, en lieu et place de l'hébergement d'urgence. 
 

Quels seraient les avantages par rapport à l'hébergement d'urgence ? 


Tout d'abord, ce serait avantageux humainement pour les personnes logées. Cela leur éviterait un parcours chaotique, d'être ballotées d'hôtel en hôtel ou de centre d'hébergement en centre d'hébergement, parfois quotidiennement pour les personnes à la rue portant leurs sacs toute la journée.

Pour les familles, cela éviterait la déscolarisation des enfants. Cela permettrait enfin à ces personnes et familles de se sentir chez elles, de s'ancrer dans un territoire et d'être ainsi en mesure de construire leur avenir.

Ensuite, ce serait avantageux économiquement. Le coût public des allers-retours entre la rue, l’hôpital et les hébergements d’urgence, pour une seule personne, s’élève à 20 000 euros par an. Nous avons calculé qu’avec notre agence, on peut loger une personne pour 7 000 euros par an.

Le dernier avantage qu'il y a à privilégier le logement est que cela permet de désengorger les structures d'hébergement qui pourront à nouveau retrouver leur fonction première de solutions temporaires en cas d'urgence pour des personnes ou familles se retrouvant à la rue.

Aujourd'hui, trop souvent, on y reste des années, c'est pourquoi le dispositif est saturé.

 

Benjamin SEZE
Crédits photos : ©Secours Catholique
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