Zambie : la malédiction des ressources naturelles

Publié le 13/03/2012
Zambie
 

Le Secours Catholique organisait, le 12 mars à Paris, une projection du documentaire Zambie : à qui profite le cuivre ? montrant l’impact fiscal, environnemental et social d’une multinationale du secteur minier. Un débat a suivi la projection avec Grégoire Niaudet, chargé du plaidoyer au Secours Catholique, et Joseph Breham, de l’association Sherpa.

Comment l’Afrique reste un continent pauvre malgré la richesse de son sous-sol ? Comment l’Union européenne se rend complice du pillage du continent ? C’est à ces questions que le documentaire des journalistes Alice Odiot et Audrey Gallet essaye de répondre. En Zambie, Mopani Copper Mines, filiale des multinationales Glencore International PLC (Suisse) et First Quantum Minerals Ltd (Canada), est la plus importante société minière du pays. Grâce à des manipulations, elle réussit à afficher des recettes dérisoires, ce qui lui permet d’alléger considérablement le montant de son imposition. « Le manque à gagner pour l’État zambien, l’un des plus pauvres du monde en terme de revenus comme de développement humain, est colossal. Les ressources minières sont pourtant abondantes, mais leur exploitation par des sociétés étrangères ne bénéficie en rien à la population », explique l’association Sherpa, que les journalistes ont suivie lors de leur documentaire.

Sur le site de Mufulira, elles découvrent une population sans emploi et de graves problèmes de santé liés à l’exploitation minière. En 2008, une fuite d’acide causée par le projet Mopani s’est propagée dans l’eau des communes voisines, faisant de nombreux malades. Joseph Breham, avocat et membre de Sherpa, affirme : « le cabinet anglais avec lequel nous travaillons pour l’indemnisation des habitants n’est pas optimiste quant aux possibilités d’aboutir ».

La fuite des capitaux des pays du Sud correspond à presque dix fois l’aide au développement

En avril 2011, Sherpa avec quatre autres organisations internationales avaient déposé une plainte auprès de l’OCDE contre les sociétés Glencore International et First Quantum Minerals Ltd. Elles estimaient que les deux multinationales ne respectaient pas les principes directeurs de l’OCDE qui exigent notamment des entreprises une contribution aux progrès économiques des pays où elles exercent leurs activités et de même qu’elles s’acquittent des impôts dont elles sont redevables. « La fuite des capitaux des pays du Sud correspond à presque dix fois l’aide au développement », constate Grégoire Niaudet du Secours Catholique. En juin dernier, le gouvernement zambien a demandé à Glencore de payer ses taxes. Une avancée selon Sherpa.

L’Union européenne, complice de ces dérives ?

Par ailleurs, le documentaire dénonce l’octroi d’un prêt de 48 millions d’euros de la Banque européenne d’investissement (BEI) pour le financement du projet Mopani. Décision qui avait suscité une large désapprobation dans la société civile européenne. Un groupe de cinquante eurodéputés s’était mobilisé également pour exiger un moratoire sur les financements alloués par l’Union européenne à l’industrie minière. Face à cette levée de boucliers, la BEI a annoncé le 1er juin 2011 qu’elle déclinerait toute nouvelle demande de financement de Glencore.

Quelques avancées positives, selon les ONG

La société civile se félicite de ces avancées même si elle estime qu’il reste encore beaucoup à faire dans le domaine de la transparence. « Quelques années après le lancement de la plateforme "Publiez ce que vous payez" , dont le Secours Catholique est membre, l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) a été créée. En juillet 2010, les États-Unis ont voté une législation financière. Une directive européenne allant dans le même sens est attendue. Mais la transparence financière n’est qu’une première étape, estime Grégoire Niaudet. « Il va falloir par la suite analyser ces données. Si ces lois s’appliquent cela nous permettra de savoir ce qui est payé par les compagnies mais pas ce qu’elles devraient payer. »

Les candidats à l’élection présidentielle doivent s’engager pour la transparence

« Nous demandons un reporting de la part des grandes entreprises pays par pays, ce qui nous permettrait de mieux pointer les évasions fiscales », affirme Grégoire Niaudet. Dans le cadre de la campagne présidentielle, le Secours Catholique demande aux candidats d’exiger des partenaires financiers de l’État la transparence sur leurs activités menées dans chacun des pays où ils sont présents afin de se rendre compte si les bénéfices réalisés se situent de façon indue dans des territoires à faible fiscalité ou non.

 

Clémence Richard
© Landov/Maxppp
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