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Il faut trouver des astuces
Ep.13
Sandra

Avec des indemnités chômage et une allocation adulte handicapé, Sandra a un budget serré et doit compter chaque petite dépense. Alors elle multiplie les stratégies pour économiser.

15 heures, un jour d’automne, avant le reconfinement. Dans un coin du salon, Saya, la chienne, ronfle. À côté, installées autour de la table, Sandra et sa fille Océane épluchent les catalogues des supermarchés environnants. « Dans celui-ci, les produits sont trop chers, je le jette. Dans celui-là, il y a un prix intéressant pour les escalopes de poulet à couper soi-même », décortique Sandra. Puis la presque quarantenaire organise son emploi du temps : le lendemain,  elle ira chercher un colis alimentaire aux Restos du cœur, vendredi, un autre à la Banque alimentaire, et samedi, elle se rendra au supermarché avec le catalogue des promotions puis dans une boutique qui déstocke tissus et vêtements, pour, souligne-t-elle, « faire de bonnes affaires ».

Ce matin-là, Sandra s’est levée à cinq heures pour repasser le linge durant les heures creuses et mettre en route le lave-vaisselle. « Ce sont de petites choses, mais mises bout à bout, ça chiffre vite sur l’année », glisse-t-elle en montrant la multiprise qu’elle prend soin d’éteindre quand elle ne se sert pas de tel ou tel appareil électroménager.

Outre le loyer de 750 € dont elle doit s’acquitter, Sandra doit rembourser un crédit voiture de 300 €, sans compter les factures de téléphone et d’énergie. L’hiver, la mère de famille utilise un chauffage à bois dans le salon, des radiateurs électriques d’appoint dans les chambres et pose des tapis à même le sol dans les différentes pièces en guise d'isolant, car elle refuse d’activer le chauffage au fioul de la maison, trop coûteux à ses yeux.

Sandra et sa fille épluchent les catalogues des supermarchés environnants pour trouver les meilleurs prix.

On étend le linge en plein air ou devant le fourneau à bois. C’est pratique, ça évite d’avoir un sèche-linge.

En septembre, Sandra a vendu des “bricoles” lors d’une brocante : de quoi gagner 70 €. Cette somme lui a permis de payer une partie des réparations sur sa voiture qui avait besoin de pneus neufs et de nouvelles plaquettes de freins. Elle profite du nouveau confinement de novembre pour ranger ses affaires à vendre dans son atelier et anticiper de futures brocantes en 2021. « Par chance, les déchetteries restent ouvertes, alors on en profite pour faire du tri. Mais c’est fatigant de toujours devoir avoir sur soi ces attestations et les imprimer a un coût », se plaint-elle. D’habitude, Sandra vend également les œufs de ses poules et les légumes de son jardin. Un potager qu’elle arrose avec l’eau de pluie qu’elle récupère et dont elle enrichit la terre avec le crottin de son cheval, qui tient lieu d’engrais. « On se débrouille ! Si on veut rester dans cette maison, il faut trouver des astuces », explique-t-elle.

Depuis fin septembre, Sandra touche 800 € d’indemnités chômage ainsi que l’allocation adulte handicapé (AAH). Mais elle a perdu 300 € d’allocations de la CAF, car Océane a fêté ses 20 ans. « Ce que je gagne d’un côté avec la fin de mon arrêt maladie, je le perds de l’autre », relève la mère de famille qui déplore par ailleurs de devoir faire toutes ses démarches professionnelles par téléphone à cause du coronavirus. « On n’a pas la personne en face, c’est pas pareil, c’est compliqué », regrette-t-elle.

Ce que je gagne d’un côté avec la fin de mon arrêt maladie, je le perds de l’autre.

Sandra gère son budget en s’efforçant de mettre tous les mois 30 € de côté pour faire face aux coups durs. « Dernièrement, ça m’a aidé pour faire réparer la voiture », explique-t-elle. Tous les mois, elle vérifie aussi ses relevés de compte et coche ligne après ligne ses dépenses, qu’elle vérifie avec ses tickets de carte bleue. Tout est calculé. « Et si je dois être au chômage pendant deux ans en attendant de commencer un nouveau travail, et bien on fera avec, ça sera deux ans de galère », glisse Sandra. En ce début d’automne, elle s’est vue refuser sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle. En attendant de pouvoir démarrer une formation, elle a remis son CV à jour, et attend des nouvelles de Cap Emploi, l’organisme qui accompagne les personnes handicapées vers l’activité. En janvier, elle devrait faire une remise à niveau en informatique, mais elle craint que celle-ci ne soit repoussée à cause de la situation sanitaire. « De toutes façons, on n’a pas le choix », se résigne-t-elle, lucide.

Tous les mois, Sandra vérifie ses relevés de compte et coche ligne après ligne ses dépenses.

Sandra a décoré sa maison aux couleurs de la fête d'Halloween.

La fête d’Halloween passée, Sandra range ses décorations terrifiantes pour installer celles de Noël. Tous les ans, elle attend ce moment féérique pour mettre du baume au cœur de ses proches. « C’est important, d’autant que les temps sont difficiles. À cause du coronavirus, on ne sait pas si Elias pourra faire son stage d’observation en mécanique de 3ème dans un garage. Il tient à le faire pour mieux s’inscrire l’an prochain en alternance. » Sandra se félicite en tout cas d’avoir obtenu pour son fils une bourse lui permettant de payer moins cher la cantine, qui lui revient à 40 euros par trimestre.

En attendant des jours meilleurs, elle se verrait bien faire du bénévolat aux Restos du cœur pour transmettre à d’autres ses compétences en matière de gestion de budget.

Ça n’est pas parce que j’ai droit à des aides que je ne peux pas aider à mon tour.

éclairage
Budget des ménages : les choix impossibles
Chaque année, le Secours Catholique, qui rencontre dans ses accueils près de 1,4 million de personnes, publie son rapport statistique "État de la pauvreté en France". Cette année, l'association propose une étude détaillée des budgets des ménages les plus modestes et met en lumière les "choix impossibles" que ces derniers doivent opérer pour (sur)vivre. Pour Pascale Novelli, statisticienne et co-auteure du rapport, le témoignage de Sandra est, à bien des égards, emblématique.
Il faut trouver des astuces
Ep.13
Sandra

Avec des indemnités chômage et une allocation adulte handicapé, Sandra a un budget serré et doit compter chaque petite dépense. Alors elle multiplie les stratégies pour économiser.

15 heures, un jour d’automne, avant le reconfinement. Dans un coin du salon, Saya, la chienne, ronfle. À côté, installées autour de la table, Sandra et sa fille Océane épluchent les catalogues des supermarchés environnants. « Dans celui-ci, les produits sont trop chers, je le jette. Dans celui-là, il y a un prix intéressant pour les escalopes de poulet à couper soi-même », décortique Sandra. Puis la presque quarantenaire organise son emploi du temps : le lendemain,  elle ira chercher un colis alimentaire aux Restos du cœur, vendredi, un autre à la Banque alimentaire, et samedi, elle se rendra au supermarché avec le catalogue des promotions puis dans une boutique qui déstocke tissus et vêtements, pour, souligne-t-elle, « faire de bonnes affaires ».

Ce matin-là, Sandra s’est levée à cinq heures pour repasser le linge durant les heures creuses et mettre en route le lave-vaisselle. « Ce sont de petites choses, mais mises bout à bout, ça chiffre vite sur l’année », glisse-t-elle en montrant la multiprise qu’elle prend soin d’éteindre quand elle ne se sert pas de tel ou tel appareil électroménager.

Outre le loyer de 750 € dont elle doit s’acquitter, Sandra doit rembourser un crédit voiture de 300 €, sans compter les factures de téléphone et d’énergie. L’hiver, la mère de famille utilise un chauffage à bois dans le salon, des radiateurs électriques d’appoint dans les chambres et pose des tapis à même le sol dans les différentes pièces en guise d'isolant, car elle refuse d’activer le chauffage au fioul de la maison, trop coûteux à ses yeux.

Sandra et sa fille épluchent les catalogues des supermarchés environnants pour trouver les meilleurs prix.

On étend le linge en plein air ou devant le fourneau à bois. C’est pratique, ça évite d’avoir un sèche-linge.

En septembre, Sandra a vendu des “bricoles” lors d’une brocante : de quoi gagner 70 €. Cette somme lui a permis de payer une partie des réparations sur sa voiture qui avait besoin de pneus neufs et de nouvelles plaquettes de freins. Elle profite du nouveau confinement de novembre pour ranger ses affaires à vendre dans son atelier et anticiper de futures brocantes en 2021. « Par chance, les déchetteries restent ouvertes, alors on en profite pour faire du tri. Mais c’est fatigant de toujours devoir avoir sur soi ces attestations et les imprimer a un coût », se plaint-elle. D’habitude, Sandra vend également les œufs de ses poules et les légumes de son jardin. Un potager qu’elle arrose avec l’eau de pluie qu’elle récupère et dont elle enrichit la terre avec le crottin de son cheval, qui tient lieu d’engrais. « On se débrouille ! Si on veut rester dans cette maison, il faut trouver des astuces », explique-t-elle.

Depuis fin septembre, Sandra touche 800 € d’indemnités chômage ainsi que l’allocation adulte handicapé (AAH). Mais elle a perdu 300 € d’allocations de la CAF, car Océane a fêté ses 20 ans. « Ce que je gagne d’un côté avec la fin de mon arrêt maladie, je le perds de l’autre », relève la mère de famille qui déplore par ailleurs de devoir faire toutes ses démarches professionnelles par téléphone à cause du coronavirus. « On n’a pas la personne en face, c’est pas pareil, c’est compliqué », regrette-t-elle.

Ce que je gagne d’un côté avec la fin de mon arrêt maladie, je le perds de l’autre.

Sandra gère son budget en s’efforçant de mettre tous les mois 30 € de côté pour faire face aux coups durs. « Dernièrement, ça m’a aidé pour faire réparer la voiture », explique-t-elle. Tous les mois, elle vérifie aussi ses relevés de compte et coche ligne après ligne ses dépenses, qu’elle vérifie avec ses tickets de carte bleue. Tout est calculé. « Et si je dois être au chômage pendant deux ans en attendant de commencer un nouveau travail, et bien on fera avec, ça sera deux ans de galère », glisse Sandra. En ce début d’automne, elle s’est vue refuser sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle. En attendant de pouvoir démarrer une formation, elle a remis son CV à jour, et attend des nouvelles de Cap Emploi, l’organisme qui accompagne les personnes handicapées vers l’activité. En janvier, elle devrait faire une remise à niveau en informatique, mais elle craint que celle-ci ne soit repoussée à cause de la situation sanitaire. « De toutes façons, on n’a pas le choix », se résigne-t-elle, lucide.

Tous les mois, Sandra vérifie ses relevés de compte et coche ligne après ligne ses dépenses.

Sandra a décoré sa maison aux couleurs de la fête d'Halloween.

La fête d’Halloween passée, Sandra range ses décorations terrifiantes pour installer celles de Noël. Tous les ans, elle attend ce moment féérique pour mettre du baume au cœur de ses proches. « C’est important, d’autant que les temps sont difficiles. À cause du coronavirus, on ne sait pas si Elias pourra faire son stage d’observation en mécanique de 3ème dans un garage. Il tient à le faire pour mieux s’inscrire l’an prochain en alternance. » Sandra se félicite en tout cas d’avoir obtenu pour son fils une bourse lui permettant de payer moins cher la cantine, qui lui revient à 40 euros par trimestre.

En attendant des jours meilleurs, elle se verrait bien faire du bénévolat aux Restos du cœur pour transmettre à d’autres ses compétences en matière de gestion de budget.

Ça n’est pas parce que j’ai droit à des aides que je ne peux pas aider à mon tour.

éclairage
Budget des ménages : les choix impossibles
Chaque année, le Secours Catholique, qui rencontre dans ses accueils près de 1,4 million de personnes, publie son rapport statistique "État de la pauvreté en France". Cette année, l'association propose une étude détaillée des budgets des ménages les plus modestes et met en lumière les "choix impossibles" que ces derniers doivent opérer pour (sur)vivre. Pour Pascale Novelli, statisticienne et co-auteure du rapport, le témoignage de Sandra est, à bien des égards, emblématique.