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J'ai besoin de retourner travailler
Ep.9
Laurence et Raphaël

Assistante de vie à domicile, embauchée en CDD, Laurence, 41 ans, s’est retrouvée au chômage lors du confinement, et n’a toujours pas repris son activité. Son mari Raphaël, lui, travaille tout la journée. Par-delà la baisse de revenus, ce que Laurence trouve particulièrement dur, c’est le sentiment d'être isolée chez elle. Comme si, pour elle, le confinement n’avait jamais cessé.

17h45, à Cérons, à une quinzaine de kilomètres au sud de Bordeaux. En cet après-midi de mi-septembre, le soleil commence à décliner, enveloppant les vignes environnantes d’une douce lumière automnale. Debout devant le portillon de son jardin, les mains posées sur les épaules de son fils, Tyméo, Laurence regarde avec envie la voiture de son mari, Raphaël, s’éloigner. Il part embaucher à la pizzeria d’une commune voisine pour faire de la livraison.

Quatre mois après le déconfinement, Laurence, elle, n’a toujours pas repris le travail. Assistante de vie à domicile, son CDD, d’habitude reconduit chaque mois, n’a pas été renouvelé début avril. À la fin du mois de mai, la mère de famille  de 41 ans n’a pas pu reprendre son poste. « Le maître de ma fille, Inaya, était en congé parental, explique-t-elle. Il n’a pas été remplacé. Du coup, je devais garder les enfants à la maison. »

Laurence et Tyméo sur le pas de leur porte à Cérons.

Cette absence lors de la relance de l’activité au printemps, lui a fait « perdre (s)a clientèle ». Les sept familles dont elle s’occupait avant le confinement ont été confiées à une autre assistante de vie par l’association qui l’emploie. Lorsqu’elle a contacté l’association mi-août, « ils m’ont dit qu’ils allaient bientôt avoir d’autres contrats dans le secteur », explique la quarantenaire. Confinement ou non, Raphaël, lui, a toujours continué de travailler. Il part tôt le matin et rentre souvent tard le soir. « Seule à la maison toute la journée avec les deux enfants, c’est dur,  confie Laurence.

Raphaël cumule trois emplois pour compenser la perte de revenu de Laurence depuis qu’elle est au chômage.

Quand on ne bouge pas, qu’on ne voit plus personne, c’est compliqué.

Ce 9 septembre, pour Laurence, c’est un peu comme si le confinement n’avait jamais cessé. Elle est restée tout l’été chez elle avec les enfants. « Ils devaient éventuellement se rendre quelques jours chez mon frère, à Marmande (dans le Lot-et-Garonne), mais c’est tombé à l’eau. » Ils auraient aussi dû passer les vacances au centre aéré, comme tous les ans. Mais là encore, ça ne s’est pas fait. « On avait un peu peur qu’ils attrapent le Covid, raconte Laurence. Et puis, je me suis dit que les parents qui travaillaient étaient sûrement prioritaires. » De toute façon, conclut-elle : « À cause de mon chômage, on n’avait pas vraiment les moyens. » Les journées ont été longues. « Les enfants sont devenus accros aux écrans », constate leur mère. « Je me suis ennuyée, confie Inaya, allongée dans le canapé à regarder des dessins animés. Parce que je n’avais aucun ami avec qui jouer. »

Puis ce fût la rentrée, en CE2 pour Inaya, en moyenne section pour Tyméo. « Ils étaient contents de sortir enfin, de retrouver les copains », raconte Laurence. Mais au bout de trois jours, ils sont tombés malades. Pas grand-chose, un rhume avec un peu de fièvre au début. Mais dans le contexte de suspicion de Covid, l’école a préféré ne pas prendre de risque et a demandé à ce qu’ils restent chez eux en quatorzaine.      

Lorsque nous rappelons Laurence mi-octobre, les enfants ont cette fois-ci bien fait leur rentrée. Cette reprise fait du bien à tout le monde, dit-elle. À elle, notamment. « J’ai à nouveau du temps pour moi. Et puis, on a repris un rythme un peu plus normal. On se lève à sept heure. » L’oisiveté liée au confinement puis aux vacances avait un peu tout déréglé. « Les soucis financiers qui font cogiter, les écrans, et le fait d’être là toute la journée à s’ennuyer… ça casse le rythme. Je pouvais rester éveillée à regarder mon téléphone jusqu’à 4h du matin.  »


En attendant de nouveaux contrats, la jeune femme est allée faire un check-up chez le médecin. Ce dernier a décelé une hernie et lui a conseillé de se faire opérer rapidement. « Je savais depuis un an que j’avais ça, je pensais que ce n’était pas grave. Mais il m’a dit que ça l’était, qu’il fallait que je fasse attention et que je ne devais plus porter de poids avant l’opération. » Laurence a reçu cette nouvelle comme un « coup de massue », elle qui espérait « reprendre le boulot » après avoir été recontactée par l’association. Depuis, elle relativise. « Je vais prendre le temps de me faire opérer et de me rétablir. » Lorsqu’on  lui demande si elle voit le bout du tunnel, elle sourit : « Je n’irais pas jusque-là, car je suis encore dans le flou. Mais oui, j’ai un sentiment de sortie proche. » Le bout du tunnel, ce sera « quand je sortirai enfin de chez moi pour retourner travailler ». Elle est pressée.

Travailler, j’en ai besoin psychologiquement, et on en a besoin financièrement.

éclairage
Une reprise du travail qui tarde à venir

Intérimaires sans mission, CDD non reconduits, salariés licenciés… Des milliers de personnes ont perdu leur emploi lors du confinement ou dans les mois qui ont suivi. Aujourd’hui, elles espèrent retrouver rapidement du travail car l’inactivité et l’isolement social pèsent sur le moral.

J'ai besoin de retourner travailler
Ep.9
Laurence et Raphaël

Assistante de vie à domicile, embauchée en CDD, Laurence, 41 ans, s’est retrouvée au chômage lors du confinement, et n’a toujours pas repris son activité. Son mari Raphaël, lui, travaille tout la journée. Par-delà la baisse de revenus, ce que Laurence trouve particulièrement dur, c’est le sentiment d'être isolée chez elle. Comme si, pour elle, le confinement n’avait jamais cessé.

17h45, à Cérons, à une quinzaine de kilomètres au sud de Bordeaux. En cet après-midi de mi-septembre, le soleil commence à décliner, enveloppant les vignes environnantes d’une douce lumière automnale. Debout devant le portillon de son jardin, les mains posées sur les épaules de son fils, Tyméo, Laurence regarde avec envie la voiture de son mari, Raphaël, s’éloigner. Il part embaucher à la pizzeria d’une commune voisine pour faire de la livraison.

Quatre mois après le déconfinement, Laurence, elle, n’a toujours pas repris le travail. Assistante de vie à domicile, son CDD, d’habitude reconduit chaque mois, n’a pas été renouvelé début avril. À la fin du mois de mai, la mère de famille  de 41 ans n’a pas pu reprendre son poste. « Le maître de ma fille, Inaya, était en congé parental, explique-t-elle. Il n’a pas été remplacé. Du coup, je devais garder les enfants à la maison. »

Laurence et Tyméo sur le pas de leur porte à Cérons.

Cette absence lors de la relance de l’activité au printemps, lui a fait « perdre (s)a clientèle ». Les sept familles dont elle s’occupait avant le confinement ont été confiées à une autre assistante de vie par l’association qui l’emploie. Lorsqu’elle a contacté l’association mi-août, « ils m’ont dit qu’ils allaient bientôt avoir d’autres contrats dans le secteur », explique la quarantenaire. Confinement ou non, Raphaël, lui, a toujours continué de travailler. Il part tôt le matin et rentre souvent tard le soir. « Seule à la maison toute la journée avec les deux enfants, c’est dur,  confie Laurence.

Raphaël cumule trois emplois pour compenser la perte de revenu de Laurence depuis qu’elle est au chômage.

Quand on ne bouge pas, qu’on ne voit plus personne, c’est compliqué.

Ce 9 septembre, pour Laurence, c’est un peu comme si le confinement n’avait jamais cessé. Elle est restée tout l’été chez elle avec les enfants. « Ils devaient éventuellement se rendre quelques jours chez mon frère, à Marmande (dans le Lot-et-Garonne), mais c’est tombé à l’eau. » Ils auraient aussi dû passer les vacances au centre aéré, comme tous les ans. Mais là encore, ça ne s’est pas fait. « On avait un peu peur qu’ils attrapent le Covid, raconte Laurence. Et puis, je me suis dit que les parents qui travaillaient étaient sûrement prioritaires. » De toute façon, conclut-elle : « À cause de mon chômage, on n’avait pas vraiment les moyens. » Les journées ont été longues. « Les enfants sont devenus accros aux écrans », constate leur mère. « Je me suis ennuyée, confie Inaya, allongée dans le canapé à regarder des dessins animés. Parce que je n’avais aucun ami avec qui jouer. »

Puis ce fût la rentrée, en CE2 pour Inaya, en moyenne section pour Tyméo. « Ils étaient contents de sortir enfin, de retrouver les copains », raconte Laurence. Mais au bout de trois jours, ils sont tombés malades. Pas grand-chose, un rhume avec un peu de fièvre au début. Mais dans le contexte de suspicion de Covid, l’école a préféré ne pas prendre de risque et a demandé à ce qu’ils restent chez eux en quatorzaine.      

Lorsque nous rappelons Laurence mi-octobre, les enfants ont cette fois-ci bien fait leur rentrée. Cette reprise fait du bien à tout le monde, dit-elle. À elle, notamment. « J’ai à nouveau du temps pour moi. Et puis, on a repris un rythme un peu plus normal. On se lève à sept heure. » L’oisiveté liée au confinement puis aux vacances avait un peu tout déréglé. « Les soucis financiers qui font cogiter, les écrans, et le fait d’être là toute la journée à s’ennuyer… ça casse le rythme. Je pouvais rester éveillée à regarder mon téléphone jusqu’à 4h du matin.  »


En attendant de nouveaux contrats, la jeune femme est allée faire un check-up chez le médecin. Ce dernier a décelé une hernie et lui a conseillé de se faire opérer rapidement. « Je savais depuis un an que j’avais ça, je pensais que ce n’était pas grave. Mais il m’a dit que ça l’était, qu’il fallait que je fasse attention et que je ne devais plus porter de poids avant l’opération. » Laurence a reçu cette nouvelle comme un « coup de massue », elle qui espérait « reprendre le boulot » après avoir été recontactée par l’association. Depuis, elle relativise. « Je vais prendre le temps de me faire opérer et de me rétablir. » Lorsqu’on  lui demande si elle voit le bout du tunnel, elle sourit : « Je n’irais pas jusque-là, car je suis encore dans le flou. Mais oui, j’ai un sentiment de sortie proche. » Le bout du tunnel, ce sera « quand je sortirai enfin de chez moi pour retourner travailler ». Elle est pressée.

Travailler, j’en ai besoin psychologiquement, et on en a besoin financièrement.

éclairage
Une reprise du travail qui tarde à venir

Intérimaires sans mission, CDD non reconduits, salariés licenciés… Des milliers de personnes ont perdu leur emploi lors du confinement ou dans les mois qui ont suivi. Aujourd’hui, elles espèrent retrouver rapidement du travail car l’inactivité et l’isolement social pèsent sur le moral.