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Je rêve d’avoir un chez-moi
Ep.19
Marie-Noëlle

Marie-Noëlle et ses trois enfants vivent à l’hôtel depuis cinq ans. La Camerounaise n’a qu’un rêve en tête : avoir son propre logement, avec plus d’espace. En attendant, elle se contente de sa chambre dans le 11e arrondissement de Paris.

14h45. Marie-Noëlle termine sa journée de travail. En novembre, son CDD d’agent d’entretien pour une régie de quartier a été prolongé de six mois. Après avoir fait des courses, elle rentre chez elle.

« Chez elle », c’est cette chambre d’hôtel située dans une impasse du 11e arrondissement de Paris. Un espace de 16 m2 comprenant un salon, une kitchenette, une chambre et une salle de bains avec toilettes. « Je suis contente d’avoir ma propre cuisine et une salle de bains. Comme ça je suis autonome, explique Marie-Noëlle. Ça n’a pas toujours été le cas. » « Devoir cuisiner dans des espaces communs est difficile, ajoute-t-elle. Parfois, on n’a pas envie de voir du monde, vu les difficultés qu’on traverse. Mais je fais avec cette chambre. C’est petit et c’est difficile d’être tout le temps les uns sur les autres mais, au moins, je ne suis pas à la rue : c’est déjà ça. »

Je suis contente d’avoir ma propre cuisine et une salle de bains. Comme ça, je suis autonome.

Marie-Noëlle vit dans cette chambre depuis un an. Elle a connu cinq autres hôtels depuis son arrivée en France en 2015. Elle se souvient particulièrement de celui de la rue de Wattignies, où il était interdit de cuisiner et d’avoir un frigo dans la chambre. Ou encore celui situé dans le 20e arrondissement où il fallait cohabiter avec des puces, des cafards et des souris. « C’était invivable ! » se souvient Marie-Noëlle. « Et puis le problème de l’hôtel, c’est que tu ne sais pas combien de temps tu vas rester. On peut toujours te changer d’endroit, c’est fatiguant », raconte la maman d’Émilie, Dani et Paul-Noé. Marie-Noëlle se plaint également de ne pas se sentir chez elle. « J'ai dû batailler pour avoir un canapé-lit dans le salon. J’ai fini par l’acheter moi-même. Hé, quoi ? Je devrais dormir par terre ?, s'offusque-t-elle. Les enfants dorment dans le lit superposé dans la chambre, mais moi ? C’est comme les armoires, on n’a pas de rangement. Regardez, les vêtements sont par terre dans la chambre. Sauf que je suis sous la responsabilité de l’hôtelier ici, je ne peux pas arranger le mobilier comme je voudrais. »

Marie-Noëlle a connu cinq autres hôtels depuis son arrivée en France en 2015.
Elle rêve tous les jours d'avoir son chez-soi où elle pourrait vivre comme bon lui semble.

Alors c’est vrai, Marie-Noëlle en rêve tous les jours : avoir son chez-soi, un logement plus grand, avec au moins deux chambres, où elle pourrait vivre comme bon lui semble. « Quand tu as ton propre logement, tu es responsable, tu sais ce que c’est de payer les factures et tu as une vie plus stable », glisse-t-elle. Marie-Noëlle a déposé une demande de logement avec l’aide de son assistante sociale, mais elle se demande si le fait de ne pas avoir de titre de séjour valable deux ans – le récépissé de son titre de séjour d’un an est à refaire tous les trois mois – ne la dessert pas. Quand elle peut, Marie-Noëlle aime se rendre chez sa nièce, en Seine-Saint-Denis : « Elle vit dans une HLM avec de l’espace, je l’envie. »

Je laisse les enfants le plus longtemps possible à l'école. Ils y sont mieux que dans notre chambre d’hôtel sans espace.

Pour la première fois depuis que ses filles l'ont rejointe en France, Marie-Noëlle a pu fêter avec elles leur anniversaire, dans sa petite chambre d'hôtel. Un moment de joie partagée, malgré les difficultés.

18 heures. L’heure d’aller chercher les enfants au centre de loisirs. « Je les laisse le plus longtemps possible là-bas, comme ça ils peuvent jouer et dépenser leur énergie dans de vastes locaux. Ils y sont mieux que dans notre chambre d’hôtel sans espace », justifie la mère de famille. Paul-Noé se douche tandis qu’Émilie et Dani goûtent d’un gâteau au chocolat. « Je rêve d’une autre maison, mais je ne le dis pas », confie Dani, 7 ans. « J’en ai marre de dormir avec mon frère et ma sœur », poursuit Émilie, 10 ans. Les filles prennent leur douche à leur tour et ferment précautionneusement les rideaux qui séparent les pièces pour préserver leur intimité. Marie-Noëlle prépare la table du dîner. Au menu : boulettes de viande, couscous et sauce tomate.

La maman explique profiter de son temps libre pour apprendre le code de la route en ligne. « Je me prépare, car si on me propose un logement éloigné des transports en commun, peut-être que j’aurai besoin d’une voiture. » C’est son nouvel ami, Claude, rencontré il y a quelques mois, qui lui a promis de lui payer les cours d’auto-école. « Il apprécie les enfants : on a fêté les anniversaires tous ensemble en fin d’année, c’était chouette », se réjouit Marie-Noëlle. Après le repas, place aux devoirs d’école. Paul-Noé, du haut de ses 4 ans, récite l’alphabet. Dani, en CP, épelle le prénom de son frère. Marie-Noëlle récupère la tenue de femme de ménage qu’elle avait posé sur le radiateur pour « tuer le virus sous l’effet de la chaleur ». La maman est assez stressée par l’arrivée de la forme mutante du coronavirus. « Je fais attention à ne pas croiser trop de gens, à respecter les gestes barrières. J’évite les transports. Décidément, ce virus gâche la vie », conclut-elle.

Ma nièce vit dans une HLM en Seine-Saint-Denis, avec de l’espace. Je l’envie.

éclairage
Vivre en hôtel social

L’État paie chaque jour plusieurs dizaines de milliers de nuitées hôtelières afin de mettre à l’abri des familles avec enfants. Logeant dans des chambres minuscules, souvent sans possibilité de cuisiner, dans un hôtel éloigné des commerces, ces familles se retrouvent des années durant prisonnières de ce système.

Immersion dans “l’enfer de l’hôtel”
Le temps du confinement dû à l’épidémie de coronavirus a renforcé leur isolement. Justine, Aura et Nassira (prénom modifié) nous ont ouvert la porte de leur chambre d’hôtel. Trois vies de femmes, trois paroles témoignant de conditions de vie extrêmes et de la force pour y faire face.
Je rêve d’avoir un chez-moi
Ep.19
Marie-Noëlle

Marie-Noëlle et ses trois enfants vivent à l’hôtel depuis cinq ans. La Camerounaise n’a qu’un rêve en tête : avoir son propre logement, avec plus d’espace. En attendant, elle se contente de sa chambre dans le 11e arrondissement de Paris.

14h45. Marie-Noëlle termine sa journée de travail. En novembre, son CDD d’agent d’entretien pour une régie de quartier a été prolongé de six mois. Après avoir fait des courses, elle rentre chez elle.

« Chez elle », c’est cette chambre d’hôtel située dans une impasse du 11e arrondissement de Paris. Un espace de 16 m2 comprenant un salon, une kitchenette, une chambre et une salle de bains avec toilettes. « Je suis contente d’avoir ma propre cuisine et une salle de bains. Comme ça je suis autonome, explique Marie-Noëlle. Ça n’a pas toujours été le cas. » « Devoir cuisiner dans des espaces communs est difficile, ajoute-t-elle. Parfois, on n’a pas envie de voir du monde, vu les difficultés qu’on traverse. Mais je fais avec cette chambre. C’est petit et c’est difficile d’être tout le temps les uns sur les autres mais, au moins, je ne suis pas à la rue : c’est déjà ça. »

Je suis contente d’avoir ma propre cuisine et une salle de bains. Comme ça, je suis autonome.

Marie-Noëlle vit dans cette chambre depuis un an. Elle a connu cinq autres hôtels depuis son arrivée en France en 2015. Elle se souvient particulièrement de celui de la rue de Wattignies, où il était interdit de cuisiner et d’avoir un frigo dans la chambre. Ou encore celui situé dans le 20e arrondissement où il fallait cohabiter avec des puces, des cafards et des souris. « C’était invivable ! » se souvient Marie-Noëlle. « Et puis le problème de l’hôtel, c’est que tu ne sais pas combien de temps tu vas rester. On peut toujours te changer d’endroit, c’est fatiguant », raconte la maman d’Émilie, Dani et Paul-Noé. Marie-Noëlle se plaint également de ne pas se sentir chez elle. « J'ai dû batailler pour avoir un canapé-lit dans le salon. J’ai fini par l’acheter moi-même. Hé, quoi ? Je devrais dormir par terre ?, s'offusque-t-elle. Les enfants dorment dans le lit superposé dans la chambre, mais moi ? C’est comme les armoires, on n’a pas de rangement. Regardez, les vêtements sont par terre dans la chambre. Sauf que je suis sous la responsabilité de l’hôtelier ici, je ne peux pas arranger le mobilier comme je voudrais. »

Marie-Noëlle a connu cinq autres hôtels depuis son arrivée en France en 2015.
Elle rêve tous les jours d'avoir son chez-soi où elle pourrait vivre comme bon lui semble.

Alors c’est vrai, Marie-Noëlle en rêve tous les jours : avoir son chez-soi, un logement plus grand, avec au moins deux chambres, où elle pourrait vivre comme bon lui semble. « Quand tu as ton propre logement, tu es responsable, tu sais ce que c’est de payer les factures et tu as une vie plus stable », glisse-t-elle. Marie-Noëlle a déposé une demande de logement avec l’aide de son assistante sociale, mais elle se demande si le fait de ne pas avoir de titre de séjour valable deux ans – le récépissé de son titre de séjour d’un an est à refaire tous les trois mois – ne la dessert pas. Quand elle peut, Marie-Noëlle aime se rendre chez sa nièce, en Seine-Saint-Denis : « Elle vit dans une HLM avec de l’espace, je l’envie. »

Je laisse les enfants le plus longtemps possible à l'école. Ils y sont mieux que dans notre chambre d’hôtel sans espace.

Pour la première fois depuis que ses filles l'ont rejointe en France, Marie-Noëlle a pu fêter avec elles leur anniversaire, dans sa petite chambre d'hôtel. Un moment de joie partagée, malgré les difficultés.

18 heures. L’heure d’aller chercher les enfants au centre de loisirs. « Je les laisse le plus longtemps possible là-bas, comme ça ils peuvent jouer et dépenser leur énergie dans de vastes locaux. Ils y sont mieux que dans notre chambre d’hôtel sans espace », justifie la mère de famille. Paul-Noé se douche tandis qu’Émilie et Dani goûtent d’un gâteau au chocolat. « Je rêve d’une autre maison, mais je ne le dis pas », confie Dani, 7 ans. « J’en ai marre de dormir avec mon frère et ma sœur », poursuit Émilie, 10 ans. Les filles prennent leur douche à leur tour et ferment précautionneusement les rideaux qui séparent les pièces pour préserver leur intimité. Marie-Noëlle prépare la table du dîner. Au menu : boulettes de viande, couscous et sauce tomate.

La maman explique profiter de son temps libre pour apprendre le code de la route en ligne. « Je me prépare, car si on me propose un logement éloigné des transports en commun, peut-être que j’aurai besoin d’une voiture. » C’est son nouvel ami, Claude, rencontré il y a quelques mois, qui lui a promis de lui payer les cours d’auto-école. « Il apprécie les enfants : on a fêté les anniversaires tous ensemble en fin d’année, c’était chouette », se réjouit Marie-Noëlle. Après le repas, place aux devoirs d’école. Paul-Noé, du haut de ses 4 ans, récite l’alphabet. Dani, en CP, épelle le prénom de son frère. Marie-Noëlle récupère la tenue de femme de ménage qu’elle avait posé sur le radiateur pour « tuer le virus sous l’effet de la chaleur ». La maman est assez stressée par l’arrivée de la forme mutante du coronavirus. « Je fais attention à ne pas croiser trop de gens, à respecter les gestes barrières. J’évite les transports. Décidément, ce virus gâche la vie », conclut-elle.

Ma nièce vit dans une HLM en Seine-Saint-Denis, avec de l’espace. Je l’envie.

éclairage
Vivre en hôtel social

L’État paie chaque jour plusieurs dizaines de milliers de nuitées hôtelières afin de mettre à l’abri des familles avec enfants. Logeant dans des chambres minuscules, souvent sans possibilité de cuisiner, dans un hôtel éloigné des commerces, ces familles se retrouvent des années durant prisonnières de ce système.

Immersion dans “l’enfer de l’hôtel”
Le temps du confinement dû à l’épidémie de coronavirus a renforcé leur isolement. Justine, Aura et Nassira (prénom modifié) nous ont ouvert la porte de leur chambre d’hôtel. Trois vies de femmes, trois paroles témoignant de conditions de vie extrêmes et de la force pour y faire face.