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Je vais pouvoir planifier ma vie
Ep.7
Marie-Noëlle

Fin juillet, Marie-Noëlle a décroché un contrat à durée déterminée d’insertion de quatre mois pour un emploi de ménage au sein de la régie de quartier. Un soulagement pour la maman… et les enfants !

« On est tous contents ! », crie Paul-Noé, lorsque j’appelle sa maman le 22 juillet 2020. Marie-Noëlle vient alors tout juste de recevoir un coup de téléphone de la régie de quartier qui l’embauche pour un CDD d’insertion de quatre mois, renouvelable pendant deux ans. Elle devrait toucher le Smic.

Toute la famille saute de joie : « Avec ce travail, je vais pouvoir planifier ma vie, m’organiser pour les enfants et aussi pouvoir les nourrir », se réjouit la maman camerounaise. « On va pouvoir manger de la sauce gambo et de la pâte d’arachide qui d’habitude coûtent trop cher », clame Dani, six ans.

« Et aussi, s’acheter de nouveaux habits », renchérit Émilie, neuf ans. Marie-Noëlle, elle, pense déjà à s’offrir de bons produits d’entretien pour ses cheveux crépus.

La jeune femme a débuté son contrat fin juillet avec des horaires corrects allant de 8h30 à 16 heures, lui permettant de conduire les enfants au centre de loisirs, durant l’été. « Comme ça j’évite les frais de nounou », explique-t-elle.

Marie-Noëlle a démarré un contrat d'agent d'entretien pour une régie de quartier.

Avec ce travail, je vais pouvoir m’organiser pour les enfants et aussi pouvoir les nourrir.

Mais tout n’était pas gagné d’avance. Début juillet, Marie-Noëlle a eu des problèmes d’acceptation de son dossier à Pôle emploi avec qui la régie de quartier collabore. En cause, le titre de séjour de la jeune femme périmé depuis le 1er avril 2020. Pourtant, elle a bien reçu un courrier de la préfecture attestant qu’il était exceptionnellement prolongé jusqu’au 1er octobre en raison de la crise sanitaire.

Au départ, Pôle emploi semblait refuser ce courrier. « Je suis brisée. Je ne comprends pas ce qu’il faut faire », confiait alors Marie-Noëlle. Finalement, après avoir renvoyé ledit document à sa conseillère, elle a pu être inscrite à Pôle emploi, le 20 juillet, ce qui a débloqué sa situation. « J’ai tellement d’espoir avec cet emploi, il fallait que je le décroche. Maintenant, c’est mon titre de séjour qui me tracasse. Sans ça, j’aurais la tête plus légère », témoigne la mère de famille qui a mis une perruque aux cheveux lisses pour son premier jour de travail. 

Parallèlement, Marie-Noëlle a continué tout l’été à effectuer deux heures de ménage le soir, dans une banque. Elle laissait alors ses enfants à une voisine. « Je voulais vraiment quelque chose et aussi apprendre le ménage en attendant un autre job » explique-t-elle. Elle pense donc à quitter cet autre travail, mais hésite car cela fait une rentrée d’argent.

Marie-Noëlle a continué à effectuer deux heures de ménage le soir, dans une banque.

Si mon contrat est renouvelé et que ça se passe bien, je pourrai peut-être payer des vacances aux enfants, l’année prochaine.

En août, les enfants sont allés au centre de loisirs et aussi chez des cousins dans le département de la Seine-Saint-Denis (93), une manière de profiter des vacances, eux qui sont restés tout le mois de juillet dans l’hôtel avec leur maman. « C’est bien les vacances !  », constatait Dani, « on voit maman et on se repose ».

« Si mon contrat est renouvelé et que ça se passe bien, je pourrai peut-être payer des vacances aux enfants, l’année prochaine », s’exclame Marie-Noëlle. « Moi, je veux faire du ski en hiver », martèle Dani. « Moi, je veux jouer avec le sable sur la plage », renchérit Paul-Noé.

La petite famille était partie l’été dernier, au bord de la mer avec le Secours Catholique. « Ce sont des souvenirs que l’on n’oublie pas », confie la jeune maman, un sourire rêveur au coin des lèvres.

Marie-Noëlle a passé l'été à Paris, entre détente avec les enfants et reprise du travail.

C’est bien les vacances ! On voit maman et on se repose.

La petite famille était partie l’été dernier, au bord de la mer avec le Secours Catholique.
Petit-déjeuner avant la rentrée des classes.
Les enfants ont repris le chemin de l’école, tout fiers et contents.

Début septembre, les enfants ont repris le chemin de l’école, tout fiers et contents. Émilie est au CE2, Dani au CP et Paul-Noé, en moyenne section de maternelle. « Ils se font des nouveaux copains », témoigne Marie-Noëlle, heureuse de ses horaires de travail qui lui permettent d’amener les enfants à 8h20 le matin et d’aller les chercher à 16h30.

« Mon employeur est content de moi et voit que je fais des efforts, se réjouit la jeune Camerounaise. J’essaie par exemple de venir s’il manque des effectifs ». Reste à croiser les doigts pour obtenir des papiers pour toute la famille et aussi, trouver un logement.

éclairage
« Il faut revaloriser les salaires des premiers de corvée »
Trois questions à Daniel Verger, responsable du pôle études-Recherches-Opinion du Secours Catholique
La crise a révélé que certains métiers invisibles sont précieux…
Oui, le confinement a révélé l’importance de plusieurs métiers qui sont nécessaires pour assurer le fonctionnement de la société. On trouve tout d’abord les métiers de l’approvisionnement alimentaire. Je pense à tous ces agents de la logistique, les grossistes, les caissiers qui ont permis à l’alimentation d’être présente dans les rayons. Il y a ensuite les métiers de la propreté comme les éboueurs ou les agents d’entretien qui font en sorte que les villes restent propres. Enfin il y a les métiers du soin : les infirmiers et les aides-soignants mais aussi, là encore, les agents de propreté des hôpitaux. Tous ces personnels sont nombreux.
Comment expliquer que ces petites mains de l’ombre ont des salaires souvent bas ?
Ce sont des métiers souvent avec de faibles qualifications et donc faiblement rémunérés. Ils ont aussi des horaires atypiques et travaillent soit à temps partiel, soit la nuit, le matin, ou le soir. Du fait de leur faible organisation syndicale, ils sont mal rémunérés car ils sont dévalorisés aux yeux du public. Or, pour que la société fonctionne bien, on a besoin d’eux. Leur utilité sociale est importante. Et elle n’a rien à voir avec leur niveau de salaire.
Faut-il revaloriser ces métiers invisibles ?
Oui, c’est une demande du Secours Catholique de revaloriser les salaires des « premiers de corvée ». Ils se lèvent tôt et prennent des risques en temps de crise sanitaire. Tout cela pour des petits salaires. L’utilité sociale doit être au cœur de la reconnaissance de la société autour de la valeur du travail. C’est ce que demande la doctrine sociale de l’Eglise : des conditions dignes de travail.
Je vais pouvoir planifier ma vie
Ep.7
Marie-Noëlle

Fin juillet, Marie-Noëlle a décroché un contrat à durée déterminée d’insertion de quatre mois pour un emploi de ménage au sein de la régie de quartier. Un soulagement pour la maman… et les enfants !

« On est tous contents ! », crie Paul-Noé, lorsque j’appelle sa maman le 22 juillet 2020. Marie-Noëlle vient alors tout juste de recevoir un coup de téléphone de la régie de quartier qui l’embauche pour un CDD d’insertion de quatre mois, renouvelable pendant deux ans. Elle devrait toucher le Smic.

Toute la famille saute de joie : « Avec ce travail, je vais pouvoir planifier ma vie, m’organiser pour les enfants et aussi pouvoir les nourrir », se réjouit la maman camerounaise. « On va pouvoir manger de la sauce gambo et de la pâte d’arachide qui d’habitude coûtent trop cher », clame Dani, six ans.

« Et aussi, s’acheter de nouveaux habits », renchérit Émilie, neuf ans. Marie-Noëlle, elle, pense déjà à s’offrir de bons produits d’entretien pour ses cheveux crépus.

La jeune femme a débuté son contrat fin juillet avec des horaires corrects allant de 8h30 à 16 heures, lui permettant de conduire les enfants au centre de loisirs, durant l’été. « Comme ça j’évite les frais de nounou », explique-t-elle.

Marie-Noëlle a démarré un contrat d'agent d'entretien pour une régie de quartier.

Avec ce travail, je vais pouvoir m’organiser pour les enfants et aussi pouvoir les nourrir.

Mais tout n’était pas gagné d’avance. Début juillet, Marie-Noëlle a eu des problèmes d’acceptation de son dossier à Pôle emploi avec qui la régie de quartier collabore. En cause, le titre de séjour de la jeune femme périmé depuis le 1er avril 2020. Pourtant, elle a bien reçu un courrier de la préfecture attestant qu’il était exceptionnellement prolongé jusqu’au 1er octobre en raison de la crise sanitaire.

Au départ, Pôle emploi semblait refuser ce courrier. « Je suis brisée. Je ne comprends pas ce qu’il faut faire », confiait alors Marie-Noëlle. Finalement, après avoir renvoyé ledit document à sa conseillère, elle a pu être inscrite à Pôle emploi, le 20 juillet, ce qui a débloqué sa situation. « J’ai tellement d’espoir avec cet emploi, il fallait que je le décroche. Maintenant, c’est mon titre de séjour qui me tracasse. Sans ça, j’aurais la tête plus légère », témoigne la mère de famille qui a mis une perruque aux cheveux lisses pour son premier jour de travail. 

Parallèlement, Marie-Noëlle a continué tout l’été à effectuer deux heures de ménage le soir, dans une banque. Elle laissait alors ses enfants à une voisine. « Je voulais vraiment quelque chose et aussi apprendre le ménage en attendant un autre job » explique-t-elle. Elle pense donc à quitter cet autre travail, mais hésite car cela fait une rentrée d’argent.

Marie-Noëlle a continué à effectuer deux heures de ménage le soir, dans une banque.

Si mon contrat est renouvelé et que ça se passe bien, je pourrai peut-être payer des vacances aux enfants, l’année prochaine.

En août, les enfants sont allés au centre de loisirs et aussi chez des cousins dans le département de la Seine-Saint-Denis (93), une manière de profiter des vacances, eux qui sont restés tout le mois de juillet dans l’hôtel avec leur maman. « C’est bien les vacances !  », constatait Dani, « on voit maman et on se repose ».

« Si mon contrat est renouvelé et que ça se passe bien, je pourrai peut-être payer des vacances aux enfants, l’année prochaine », s’exclame Marie-Noëlle. « Moi, je veux faire du ski en hiver », martèle Dani. « Moi, je veux jouer avec le sable sur la plage », renchérit Paul-Noé.

La petite famille était partie l’été dernier, au bord de la mer avec le Secours Catholique. « Ce sont des souvenirs que l’on n’oublie pas », confie la jeune maman, un sourire rêveur au coin des lèvres.

Marie-Noëlle a passé l'été à Paris, entre détente avec les enfants et reprise du travail.

C’est bien les vacances ! On voit maman et on se repose.

La petite famille était partie l’été dernier, au bord de la mer avec le Secours Catholique.
Petit-déjeuner avant la rentrée des classes.
Les enfants ont repris le chemin de l’école, tout fiers et contents.

Début septembre, les enfants ont repris le chemin de l’école, tout fiers et contents. Émilie est au CE2, Dani au CP et Paul-Noé, en moyenne section de maternelle. « Ils se font des nouveaux copains », témoigne Marie-Noëlle, heureuse de ses horaires de travail qui lui permettent d’amener les enfants à 8h20 le matin et d’aller les chercher à 16h30.

« Mon employeur est content de moi et voit que je fais des efforts, se réjouit la jeune Camerounaise. J’essaie par exemple de venir s’il manque des effectifs ». Reste à croiser les doigts pour obtenir des papiers pour toute la famille et aussi, trouver un logement.

éclairage
« Il faut revaloriser les salaires des premiers de corvée »
Trois questions à Daniel Verger, responsable du pôle études-Recherches-Opinion du Secours Catholique
La crise a révélé que certains métiers invisibles sont précieux…
Oui, le confinement a révélé l’importance de plusieurs métiers qui sont nécessaires pour assurer le fonctionnement de la société. On trouve tout d’abord les métiers de l’approvisionnement alimentaire. Je pense à tous ces agents de la logistique, les grossistes, les caissiers qui ont permis à l’alimentation d’être présente dans les rayons. Il y a ensuite les métiers de la propreté comme les éboueurs ou les agents d’entretien qui font en sorte que les villes restent propres. Enfin il y a les métiers du soin : les infirmiers et les aides-soignants mais aussi, là encore, les agents de propreté des hôpitaux. Tous ces personnels sont nombreux.
Comment expliquer que ces petites mains de l’ombre ont des salaires souvent bas ?
Ce sont des métiers souvent avec de faibles qualifications et donc faiblement rémunérés. Ils ont aussi des horaires atypiques et travaillent soit à temps partiel, soit la nuit, le matin, ou le soir. Du fait de leur faible organisation syndicale, ils sont mal rémunérés car ils sont dévalorisés aux yeux du public. Or, pour que la société fonctionne bien, on a besoin d’eux. Leur utilité sociale est importante. Et elle n’a rien à voir avec leur niveau de salaire.
Faut-il revaloriser ces métiers invisibles ?
Oui, c’est une demande du Secours Catholique de revaloriser les salaires des « premiers de corvée ». Ils se lèvent tôt et prennent des risques en temps de crise sanitaire. Tout cela pour des petits salaires. L’utilité sociale doit être au cœur de la reconnaissance de la société autour de la valeur du travail. C’est ce que demande la doctrine sociale de l’Eglise : des conditions dignes de travail.