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Un jour avec
Une douche mobile pour personnes à la rue
En Avignon, depuis 2012, les personnes sans abri ou mal logées ne peuvent plus se rendre dans des douches publiques. Pour pallier ce manque d’accès à l’hygiène, en 2016, le Secours Catholique et l’association Mobil’douche ont aménagé un camping-car et proposent, trois soirs par semaine, un service de douche itinérant.
Reportage :
Benjamin Sèze.
Photos :
©Gaël Kerbaol / Secours Catholique.
Une douche mobile pour personnes à la rue
16H25

Gilles cherche une place sur le parking derrière le Palais de justice. Situé à proximité immédiate de la vieille ville, au sein de laquelle la douche mobile ne peut pas stationner, l’endroit est stratégique : à mi-chemin entre la rue principale où de nombreuses personnes font la manche et les petites rues qui abritent des squats. Le camping-car a quatre autres points d’ancrage plus ou moins excentrés. « Lorsqu’une personne nous appelle pour prendre rendez-vous pour une douche, nous lui demandons lequel de ces endroits l’arrange le plus. »

Une douche mobile pour personnes à la rue
16H30

Carla est là, avec sa chienne Pulce. L'Italienne de 39 ans a pris rendez-vous un peu plus tôt dans la journée pour pouvoir se doucher. Ils sont trois ce soir : Mohamed, elle et Charlotte. Carla habite avec sept autres personnes dans un squat juste au bout du parking. « C’est pratique », sourit-elle. Le bâtiment est un ancien cabinet d’avocats destiné à être détruit. Cela fait deux ans qu’elle vit là. « Ce n’est pas un lieu géré par une asso, nous sommes en auto-gestion. Chacun à sa chambre. Nous avons établi des règles que tout le monde respecte. »

Ce soir, Benjamin, 30 ans, vient juste au camping-car prendre un café, discuter un peu – « Gilles est un mec en or », dit-il – et récupérer des sous-vêtements.

Une douche mobile pour personnes à la rue
17H

Benjamin vit dans le même squat que Carla. Il est arrivé à Avignon il y a un an, avec sa compagne, Mégane, âgée de 22 ans, après avoir vadrouillé quelques années entre la Suisse et Montpellier. Ils vivent d’un RSA pour deux et de la manche. « Le regard des gens, c’est dur », confie Benjamin qui cherche un logement et du travail. Car il en a marre de cette situation. «Vivre dans un squat, avec les rats, devoir mendier pour s'acheter à manger, ce n'est pas une vie. »

En attendant, le couple a aménagé deux pièces au rez-de-chaussée. Ils viennent de récupérer deux gros canapés pour leur salon. « C’est le magasin de meubles d’à-côté qui nous les a proposés, précise Benjamin. Ils s’en débarrassaient. Ils nous connaissent et, comme ça se passe bien, ils sont sympas. » Parfois, c'est la pizzeria voisine qui leur donne des invendus. « Il y a de la solidarité », observe le jeune homme.

Une douche mobile pour personnes à la rue
17H30

« Koffie » a pris rendez-vous pour se faire couper les cheveux par Gilles, coiffeur de métier. « Au-delà de l’hygiène, C’est réconfortant de voir des gens », explique cet homme de 41 ans, à la rue depuis ses 17 ans, passé un temps par la prison. Carla confirme : « Avec Gilles, Jasmine, Marie-Gaëlle et Bernard, on se connaît depuis deux ans. On est en confiance. Quand ça ne va pas, on peut parler de tout et n’importe quoi, ça change les idées. »

« Koffie » a pris rendez-vous pour se faire couper les cheveux par Gilles, coiffeur de métier. « Au-delà de l’hygiène, C’est réconfortant de voir des gens », explique cet homme de 41 ans, à la rue depuis ses 17 ans, passé un temps par la prison. Carla confirme : « Avec Gilles, Jasmine, Marie-Gaëlle et Bernard, on se connaît depuis deux ans. On est en confiance. Quand ça ne va pas, on peut parler de tout et n’importe quoi, ça change les idées. »

Une douche mobile pour personnes à la rue
18H

Carla sort de la douche. Elle aime ce rendez-vous de chaque lundi, mercredi et vendredi soir. « Une routine qui fait du bien. » D’autres lieux associatifs proposent des douches, mais « ici, c’est plus intime. On peut prendre le temps qu’on veut et puis c’est très propre », apprécie la jeune femme.

Ce sont les bénévoles qui nettoient la salle de bain entre chaque passage. Un détail important. Le but ? Que lors de ce moment passé dans le camping-car, les personnes puissent décompresser en n’ayant d’autres impératifs que de prendre soins d’elles-mêmes.

Une douche mobile pour personnes à la rue
18H30

Le camping-car quitte le Palais de justice pour entamer une tournée en centre-ville. L’équipe va d’abord retrouver Charlotte qui n’a finalement pas pu venir car le tramway était bloqué. La jeune-femme de 33 ans, qui dort dehors, a besoin de vêtements de rechange et d’un nouveau duvet. Le temps presse, Charlotte doit être au travail à 19h. Elle est aide-à-domicile.

Ensuite, les bénévoles iront voir André, 66 ans, qui dort dans une cabine téléphonique à côté de la poste.

Une douche mobile pour personnes à la rue
19H15

Rue de la République, le camping-car s’arrête tous les dix mètres. Souvent juste pour discuter, parfois pour servir un café ou dépanner d’une couette ou d’un vêtement. Devant le Monoprix, on croise Tony et deux de ses amis, âgés d’une vingtaine d’années. Tout à l’heure, ils iront dormir « sous les arcades ».

Sur les marches de la salle de spectacle Le Palace, David, 43 ans, engoncé dans son anorak blanc, attend le repas distribué par la Croix-Rouge. « J’essaye de m’en sortir, la rue ça me fatigue », confie-t-il. Il a fait une demande pour intégrer le Mas de Carles, une ferme des environs qui accueille les personnes sans-abris souhaitant prendre un nouveau départ.

Une douche mobile pour personnes à la rue
20H20

La tournée s’achève. Bilan du soir : deux douches - au lieu de cinq ou six habituellement - et une quarantaine de rencontres. Ce soir nous n’aurons pas vu Fred et Marielle. Tous deux sont retraités avec des petites pensions : entre 400 et 500 euros par mois. Ils vivent seuls en centre-ville. Marielle dans une chambre seulement équipée d’un lavabo. Fred dans un appartement dont il n’a pas les moyens de payer, tous les mois, le gaz et l’électricité. « Des retraités , on en a de plus en plus », dit Gilles.

Making of
Olivier Fantone
Délégué départemental du Secours Catholique dans le Vaucluse

En 2012, la mairie a fermé les douches municipales qui donnaient sur la place de l’Horloge, prétextant des questions de sécurité. Depuis, les personnes mal logées, qui n’ont pas de salle de bain, ou les personnes à la rue n’ont aucun endroit pour se doucher autre que les quatre douches ouvertes le matin à notre accueil de jour en centre-ville.

L’idée d’une douche mobile nous est venue en lisant un article sur une initiative similaire à Paris. Nous avons contacté l’association parisienne, Mobil’douche, pour profiter de son savoir-faire et de son expertise. Elle a été partante pour se lancer avec nous dans ce projet et ouvrir une « antenne » en Avignon. Le concept d’une douche itinérante le soir nous a plu car cela nous permettait d’aller vers un public qui ne fréquente pas l’accueil de jour où nous recevons essentiellement des hommes à la rue. Ainsi, les travailleurs précaires qui ne sont disponibles que le soir, les personnes mal-logées, souvent âgées, et les femmes qui ne se sentent pas à l’aise à l’accueil de jour, ou encore les personnes trop éloignées du centre-ville.

En moyenne, il faut compter cinq à six douches par tournée. Dans ce camping-car reaménagé, nous pouvons proposer une prise en charge individuelle à proximité des lieux de vie, dans un espace intime et sécurisant, ce que nous ne pouvons pas garantir dans notre accueil où nous recevons 140 personnes chaque matin. Enfin, ce véhicule est un bon outil de « plaidoyer », car il rend visible les problèmes d’accès à l’hygiène et d’accès à l’eau pour les personnes mal logées ou sans abri en Avignon.