J'ai peur de gagner moins
Ep.10
Sandra

Océane, 20 ans, a décroché l’été dernier un CDD de serveuse dans un restaurant de son village, dans le Doubs. Prolongée depuis en CDI, la fille de Sandra se retrouve au chômage partiel en raison du nouveau confinement.

Fin septembre, alors que nous retournions la voir à Liesle, dans le Doubs, où elle vit avec sa mère et son frère, Océane ne savait toujours pas si son CDD de serveuse, commencé début juillet pour trois mois allait être prolongé. Finalement elle apprenait quelques jours plus tard qu’il était transformé en CDI, à raison de 24 heures par semaine. « Je suis heureuse et soulagée, j’avais peur de me retrouver sans rien », témoignait-elle quand nous la rappelions pour la féliciter. La jeune femme espère alors que son contrat évoluera vers un temps complet de 35 heures au printemps 2021, pour gagner plus que les 800 € perçus avec son contrat à temps partiel. 

Malgré la bonne nouvelle de son CDI, la jeune fille aux traits fins n’avait pas l’esprit libre pour autant. Déjà en septembre, alors que de nouvelles mesures sanitaires se profilaient dans les grandes métropoles, elle s’inquiétait : « Si on passe en rouge et que les bars sont obligés de fermer à 22 heures, les patrons vont faire moins de chiffre d’affaires. » Et puis le 28 octobre, la nouvelle tombe comme un couperet : nouveau confinement, les bars et restaurants doivent baisser le rideau. Océane a travaillé une dernière soirée, le jeudi, avant de s’arrêter, contrainte au chômage partiel. « J’ai peur de toucher moins. Et puis ça me manque d’aller travailler, de me rendre utile », explique-t-elle.  Ses patrons organisent bien de la vente à emporter, mais pour cela, ils n’ont pas besoin de serveuse.

Heureusement que je n’ai pas encore de loyer à payer, sinon je n’y arriverais pas.

Océane espère retrouver rapidement son nouveau job qu’elle apprécie, elle qui avait auparavant suivi une formation dans les soins pour les chevaux. « Les contacts avec les clients me plaisent, j’aime leur glisser un petit mot gentil avant qu’ils passent à table », rapporte-t-elle. « J’ai eu des retours de clients : elle est souriante et ça se voit dans le regard, même avec le masque », renchérit Sandra, sa mère, les yeux pétillants de fierté.

Océane a été soulagée de trouver ce poste après le premier confinement pendant lequel, se souvient-elle, « l’argent sortait pour l’assurance de la voiture mais ne rentrait pas ». Elle profite de son nouveau salaire pour rembourser sa grand-mère qui lui avait avancé l’achat d’une voiture d’occasion à 700 €, indispensable à la campagne quand on veut être mobile. Océane participe aussi aux frais de la maison et donne 50 à 100 € à sa mère chaque mois pour financer l’eau, l’électricité et les charges. Ce petit billet est d’autant plus apprécié que Sandra ne perçoit plus d’aide de la CAF pour son aînée depuis que cette dernière a fêté ses 20 ans. Désormais, Océane va faire la demande de la prime d’activité pour compléter son salaire de 800€. « J’ai la chance d’être hébergée gratuitement alors c’est important de participer. D’autant plus que je sais que maman a des problèmes financiers », estime la jeune fille aux cheveux attachés en queue de cheval.

Océane participe aussi aux frais de la maison et donne 50 à 100 € à sa mère chaque mois pour financer l’eau, l’électricité et les charges.

De temps en temps, quand mère et fille font une sortie ensemble, Océane paye sa part ou offre, par exemple, le dessert ou des kébabs, histoire de manger autre chose que le riz et les pâtes issus des colis alimentaires. Surtout, Océane profite de son salaire pour mettre de côté en cas d’imprévu, avec la voiture ou son chat par exemple, mais aussi pour pouvoir payer plus tard une caution pour un futur appartement.

Le logement autonome : elle en rêve, mais attend pour cela d’être en CDI à 35 heures. « En attendant, elle n’est pas à la rue car je peux l’héberger », souligne Sandra. « J’ai de l’intimité car ma chambre est à l’étage, mais j’ai quand même hâte de partir », glisse de son côté Océane. Elle explique avoir déjà négocié avec sa mère qu’elle continuerait à l’aider au jardin en échange de quelques paniers de légumes.

J’ai de l’intimité car ma chambre est à l’étage, mais j’ai quand même hâte de partir.

16 heures en cet après-midi de septembre où nous lui rendons visite. Océane sort son matériel de gravure sur verre. C’est sa passion. Elle offre certaines de ses réalisations à des connaissances ou profite des marchés de Noël pour vendre ses œuvres. « Mais cette année, ça va être compliqué », anticipe déjà Sandra. Mère et fille racontent aussi que quand Océane est de repos, elles aiment se rendre ensemble à la SPA pour promener des chiens. Océane a grandi entourée d'animaux – chats, chiens, chevaux, poules – et elle adore ça. De temps en temps elle monte Warrick, l’étalon de la famille.

Océane réalise des créations de gravure sur verre, sa passion.

Océane et Sandra partagent avec nous leurs posts Facebook où il est notamment question de gravure sur verre.

Entre job et loisirs, « ma vie se débloque bien », conclut la jeune fille, alors optimiste. Désormais, Océane croise les doigts pour la suite, espérant que le nouveau confinement ne va pas durer trop longtemps et que le coronavirus ne lui remettra pas des bâtons dans les roues.

éclairage
"Génération Covid” : comment les jeunes perçoivent la crise ?
Dans son baromètre de l’éducation publié en octobre 2020, la Fondation Apprentis d’Auteuil s’intéresse à la perception qu’ont les jeunes de la crise du Covid et de ses conséquences sur leur avenir.
49% des 16-25 ans

pensent que la crise Covid a eu un impact très important sur la possibilité de trouver un stage

52%

pensent que la crise a eu un impact très important sur l'accès à l'emploi

51%

pensent que la crise a eu un impact très important sur la possibilité d'étudier à l'étranger

44%

pensent que la crise a eu un impact très important sur leur situation financière

Sondage OpinionWay pour Apprentis d’Auteuil, octobre 2020
J'ai peur de gagner moins
Ep.10
Sandra

Océane, 20 ans, a décroché l’été dernier un CDD de serveuse dans un restaurant de son village, dans le Doubs. Prolongée depuis en CDI, la fille de Sandra se retrouve au chômage partiel en raison du nouveau confinement.

Fin septembre, alors que nous retournions la voir à Liesle, dans le Doubs, où elle vit avec sa mère et son frère, Océane ne savait toujours pas si son CDD de serveuse, commencé début juillet pour trois mois allait être prolongé. Finalement elle apprenait quelques jours plus tard qu’il était transformé en CDI, à raison de 24 heures par semaine. « Je suis heureuse et soulagée, j’avais peur de me retrouver sans rien », témoignait-elle quand nous la rappelions pour la féliciter. La jeune femme espère alors que son contrat évoluera vers un temps complet de 35 heures au printemps 2021, pour gagner plus que les 800 € perçus avec son contrat à temps partiel. 

Malgré la bonne nouvelle de son CDI, la jeune fille aux traits fins n’avait pas l’esprit libre pour autant. Déjà en septembre, alors que de nouvelles mesures sanitaires se profilaient dans les grandes métropoles, elle s’inquiétait : « Si on passe en rouge et que les bars sont obligés de fermer à 22 heures, les patrons vont faire moins de chiffre d’affaires. » Et puis le 28 octobre, la nouvelle tombe comme un couperet : nouveau confinement, les bars et restaurants doivent baisser le rideau. Océane a travaillé une dernière soirée, le jeudi, avant de s’arrêter, contrainte au chômage partiel. « J’ai peur de toucher moins. Et puis ça me manque d’aller travailler, de me rendre utile », explique-t-elle.  Ses patrons organisent bien de la vente à emporter, mais pour cela, ils n’ont pas besoin de serveuse.

Heureusement que je n’ai pas encore de loyer à payer, sinon je n’y arriverais pas.

Océane espère retrouver rapidement son nouveau job qu’elle apprécie, elle qui avait auparavant suivi une formation dans les soins pour les chevaux. « Les contacts avec les clients me plaisent, j’aime leur glisser un petit mot gentil avant qu’ils passent à table », rapporte-t-elle. « J’ai eu des retours de clients : elle est souriante et ça se voit dans le regard, même avec le masque », renchérit Sandra, sa mère, les yeux pétillants de fierté.

Océane a été soulagée de trouver ce poste après le premier confinement pendant lequel, se souvient-elle, « l’argent sortait pour l’assurance de la voiture mais ne rentrait pas ». Elle profite de son nouveau salaire pour rembourser sa grand-mère qui lui avait avancé l’achat d’une voiture d’occasion à 700 €, indispensable à la campagne quand on veut être mobile. Océane participe aussi aux frais de la maison et donne 50 à 100 € à sa mère chaque mois pour financer l’eau, l’électricité et les charges. Ce petit billet est d’autant plus apprécié que Sandra ne perçoit plus d’aide de la CAF pour son aînée depuis que cette dernière a fêté ses 20 ans. Désormais, Océane va faire la demande de la prime d’activité pour compléter son salaire de 800€. « J’ai la chance d’être hébergée gratuitement alors c’est important de participer. D’autant plus que je sais que maman a des problèmes financiers », estime la jeune fille aux cheveux attachés en queue de cheval.

Océane participe aussi aux frais de la maison et donne 50 à 100 € à sa mère chaque mois pour financer l’eau, l’électricité et les charges.

De temps en temps, quand mère et fille font une sortie ensemble, Océane paye sa part ou offre, par exemple, le dessert ou des kébabs, histoire de manger autre chose que le riz et les pâtes issus des colis alimentaires. Surtout, Océane profite de son salaire pour mettre de côté en cas d’imprévu, avec la voiture ou son chat par exemple, mais aussi pour pouvoir payer plus tard une caution pour un futur appartement.

Le logement autonome : elle en rêve, mais attend pour cela d’être en CDI à 35 heures. « En attendant, elle n’est pas à la rue car je peux l’héberger », souligne Sandra. « J’ai de l’intimité car ma chambre est à l’étage, mais j’ai quand même hâte de partir », glisse de son côté Océane. Elle explique avoir déjà négocié avec sa mère qu’elle continuerait à l’aider au jardin en échange de quelques paniers de légumes.

J’ai de l’intimité car ma chambre est à l’étage, mais j’ai quand même hâte de partir.

16 heures en cet après-midi de septembre où nous lui rendons visite. Océane sort son matériel de gravure sur verre. C’est sa passion. Elle offre certaines de ses réalisations à des connaissances ou profite des marchés de Noël pour vendre ses œuvres. « Mais cette année, ça va être compliqué », anticipe déjà Sandra. Mère et fille racontent aussi que quand Océane est de repos, elles aiment se rendre ensemble à la SPA pour promener des chiens. Océane a grandi entourée d'animaux – chats, chiens, chevaux, poules – et elle adore ça. De temps en temps elle monte Warrick, l’étalon de la famille.

Océane réalise des créations de gravure sur verre, sa passion.

Océane et Sandra partagent avec nous leurs posts Facebook où il est notamment question de gravure sur verre.

Entre job et loisirs, « ma vie se débloque bien », conclut la jeune fille, alors optimiste. Désormais, Océane croise les doigts pour la suite, espérant que le nouveau confinement ne va pas durer trop longtemps et que le coronavirus ne lui remettra pas des bâtons dans les roues.

éclairage
"Génération Covid” : comment les jeunes perçoivent la crise ?
Dans son baromètre de l’éducation publié en octobre 2020, la Fondation Apprentis d’Auteuil s’intéresse à la perception qu’ont les jeunes de la crise du Covid et de ses conséquences sur leur avenir.
49% des 16-25 ans

pensent que la crise Covid a eu un impact très important sur la possibilité de trouver un stage

52%

pensent que la crise a eu un impact très important sur l'accès à l'emploi

51%

pensent que la crise a eu un impact très important sur la possibilité d'étudier à l'étranger

44%

pensent que la crise a eu un impact très important sur leur situation financière

Sondage OpinionWay pour Apprentis d’Auteuil, octobre 2020