Le confinement a tout décalé
Ep.2
Sandra

Sandra et ses enfants de 20 et 14 ans vivent à la campagne, dans le Doubs. Le confinement a mis un coup d'arrêt aux démarches professionnelles de cette mère de famille et à celles de sa fille aînée.

À Liesle, petit village dans le Doubs, Sandra, 39 ans, et ses deux enfants - Océane, 20 ans, et Elias, 14 ans -, mesurent leur chance d’avoir eu un jardin et de l’espace pour pouvoir souffler durant le confinement. La mère de famille aux traits tirés montre avec fierté les fleurs qui décorent son extérieur. « J’ai aimé jardiner durant cette période », confie-t-elle.

Sandra avait choisi cette grande maison de cinq chambres en 2013, avec son compagnon qui a trois enfants de son côté. Mais lorsque le couple s’est séparé, en 2016, Sandra a souhaité rester dans la maison, quitte à se faire aider par la Banque alimentaire. Auparavant, Sandra était agent de production en CDI dans une petite entreprise de cuir.

J’ai aimé jardiner durant cette période.

Mais en octobre 2018, Sandra s’est abîmé le dos. « Je devais porter des charges lourdes et ça n’était plus possible », explique-t-elle. Depuis, elle est en arrêt longue maladie et touche 50 % de son salaire brut. Même si elle perçoit l’AAH (allocation adulte handicapé), son budget est très serré, car outre un loyer élevé de 750 euros, Sandra doit rembourser chaque mois 300 euros pour le crédit de sa voiture – indispensable à la campagne –, sans compter les factures d’énergie, de téléphone et le coût d’entretien de son cheval.

« Je ne peux pas abandonner mes animaux sous prétexte que je n’y arrive plus », glisse la maman passionnée par les équidés. Depuis 2019, elle se rend aux Restos du Cœur. « Une fois les factures payées, on n’a plus assez. On met sa fierté de côté en allant chercher les colis. » reconnaît-elle, le regard franc.

En début d’année, Sandra se lance dans un bilan de compétences qui l’oriente vers des formations soit de secrétaire comptable, soit de gestionnaire de paie. C’est également à ce moment-là qu’elle doit être reconnue inapte par la médecine du travail.

Cette reconnaissance lui permettrait d’être licenciée, de percevoir des indemnités chômage et de commencer une nouvelle vie professionnelle. « Mais le confinement a tout repoussé » déplore-elle.

On met sa fierté de côté en allant chercher les colis.

Sandra est dans l'attente d'une reconnaissance de maladie professionnelle.

Tout s’est en effet arrêté et Sandra n’a pu être reconnue inapte que le 22 juin. Elle est toujours en attente d’une réponse de son employeur. « Du coup, je ne pourrai pas commencer mes formations en novembre. Ça va tout décaler à l’automne 2021, je perds un an à cause du virus. Moi qui avais hâte de reprendre… », constate-t-elle.

Parallèlement, Sandra a déposé une demande de reconnaissance de maladie professionnelle (ce qui lui permettrait de percevoir 80 % de son salaire brut). Elle a essuyé un refus et a fait appel en mars dernier. Elle est donc toujours en attente, là aussi à cause du confinement.

La crise sanitaire a également stoppé ses soins de kiné pour son mal de dos. « Mes problèmes de santé se sont aggravés, j’attends toujours de faire une cure médicale dans des thermes », grimace-t-elle, désignant la ceinture qui lui permet de maintenir son dos.

Sandra et Océane devant leur maison à Liesle.

Sa fille aînée, Océane, a quant à elle été interrompue dans sa recherche d’emploi dans la restauration. « Je n’ai obtenu aucune réponse pendant le confinement, précise la jeune fille. Et depuis, avec la crise économique post coronavirus, c’est compliqué de trouver, car les restaurants ne font plus que la moitié de leur chiffre d’affaires à cause de la distanciation sociale à respecter, et ils n’embauchent plus. »

Sandra espère pourtant qu’ Océane décrochera un travail « au moins pour payer sa voiture et son téléphone, ça nous soulagerait », souffle-t-elle. La jeune fille avait terminé ses études dans les soins des chevaux en 2019. Puis, ne trouvant pas d’emploi dans cette branche, elle avait décidé de se lancer dans des missions d’intérim dans la restauration. Elle aussi espère gagner rapidement son autonomie.

Quant au dernier, Elias 14 ans, son voyage scolaire en Angleterre a été annulé. « Quel dommage ! Ça n’était pas cher. Sinon on n’a pas l’occasion de partir », regrette Sandra. Le collégien a eu quelques difficultés à faire ses devoirs pendant le confinement.

« Ça m’a un peu inquiétée, je ne pouvais pas l’aider en langues notamment », affirme Sandra qui précise également qu’il a fallu nourrir ses deux enfants, alors que d’habitude elle paie la cantine bon marché au collège pour Elias.

« Heureusement qu’il y avait la Banque alimentaire et les Restos du Cœur ! Car j’ai remarqué que dans les commerces, les prix ont augmenté. Le kilo de saucisses est ainsi passé de sept euros à dix ! », relève Sandra qui doit compter chaque dépense.

Elias a eu quelques difficultés à faire ses devoirs pendant le confinement. Je ne pouvais pas l’aider en langues notamment.

Alors pour faire face à cette situation, la maman et sa grande fille ont cousu et vendu des masques, ce qui leur a permis de mettre un peu d’argent de côté.

La Liesloise ne s’est pas coupée du monde : elle n’a pas hésité, pendant le confinement, à rendre service à ses voisins en allant chercher les courses et les médicaments à la pharmacie pour deux “mamies” du village.

« Pour moi, la solidarité devait primer. On faisait déjà ça avant, c’est pas pendant le confinement qu’on devait changer ». Et un grand sourire illumine son visage.

Sandra n'a pas hésité à rendre des services à ses voisins en allant chercher les courses et les médicaments à la pharmacie par exemple.

Sandra poste sur sa page Facebook ses infos et ses galères.

éclairage
L’entraide pendant le confinement
L’expérience du confinement a différé selon les conditions de logement, mais aussi selon la composition du voisinage et des services qui s’y échangent. Malgré des échanges de services qui sont restés aussi nombreux qu’avant le confinement, le sentiment d’isolement dans la population française a plus que doublé.
4 Français sur 10

disent avoir rendu un service de voisinage dans leur quartier. 3 sur 10 disent en avoir reçu.

L’échange de services ne protège pas du sentiment d'isolement qui a bondi de 16 à 38%.

46% des plus de 75 ans

ont reçu un service de voisinage durant le confinement contre 30% le mois avant le confinement.

Enquête Coconel « Logement et Conditions de vie », réalisée par l’Institut national des études démographiques (Ined), par internet du 30 avril au 4 mai 2020
Le confinement a tout décalé
Ep.2
Sandra

Sandra et ses enfants de 20 et 14 ans vivent à la campagne, dans le Doubs. Le confinement a mis un coup d'arrêt aux démarches professionnelles de cette mère de famille et à celles de sa fille aînée.

À Liesle, petit village dans le Doubs, Sandra, 39 ans, et ses deux enfants - Océane, 20 ans, et Elias, 14 ans -, mesurent leur chance d’avoir eu un jardin et de l’espace pour pouvoir souffler durant le confinement. La mère de famille aux traits tirés montre avec fierté les fleurs qui décorent son extérieur. « J’ai aimé jardiner durant cette période », confie-t-elle.

Sandra avait choisi cette grande maison de cinq chambres en 2013, avec son compagnon qui a trois enfants de son côté. Mais lorsque le couple s’est séparé, en 2016, Sandra a souhaité rester dans la maison, quitte à se faire aider par la Banque alimentaire. Auparavant, Sandra était agent de production en CDI dans une petite entreprise de cuir.

J’ai aimé jardiner durant cette période.

Mais en octobre 2018, Sandra s’est abîmé le dos. « Je devais porter des charges lourdes et ça n’était plus possible », explique-t-elle. Depuis, elle est en arrêt longue maladie et touche 50 % de son salaire brut. Même si elle perçoit l’AAH (allocation adulte handicapé), son budget est très serré, car outre un loyer élevé de 750 euros, Sandra doit rembourser chaque mois 300 euros pour le crédit de sa voiture – indispensable à la campagne –, sans compter les factures d’énergie, de téléphone et le coût d’entretien de son cheval.

« Je ne peux pas abandonner mes animaux sous prétexte que je n’y arrive plus », glisse la maman passionnée par les équidés. Depuis 2019, elle se rend aux Restos du Cœur. « Une fois les factures payées, on n’a plus assez. On met sa fierté de côté en allant chercher les colis. » reconnaît-elle, le regard franc.

En début d’année, Sandra se lance dans un bilan de compétences qui l’oriente vers des formations soit de secrétaire comptable, soit de gestionnaire de paie. C’est également à ce moment-là qu’elle doit être reconnue inapte par la médecine du travail.

Cette reconnaissance lui permettrait d’être licenciée, de percevoir des indemnités chômage et de commencer une nouvelle vie professionnelle. « Mais le confinement a tout repoussé » déplore-elle.

On met sa fierté de côté en allant chercher les colis.

Sandra est dans l'attente d'une reconnaissance de maladie professionnelle.

Tout s’est en effet arrêté et Sandra n’a pu être reconnue inapte que le 22 juin. Elle est toujours en attente d’une réponse de son employeur. « Du coup, je ne pourrai pas commencer mes formations en novembre. Ça va tout décaler à l’automne 2021, je perds un an à cause du virus. Moi qui avais hâte de reprendre… », constate-t-elle.

Parallèlement, Sandra a déposé une demande de reconnaissance de maladie professionnelle (ce qui lui permettrait de percevoir 80 % de son salaire brut). Elle a essuyé un refus et a fait appel en mars dernier. Elle est donc toujours en attente, là aussi à cause du confinement.

La crise sanitaire a également stoppé ses soins de kiné pour son mal de dos. « Mes problèmes de santé se sont aggravés, j’attends toujours de faire une cure médicale dans des thermes », grimace-t-elle, désignant la ceinture qui lui permet de maintenir son dos.

Sandra et Océane devant leur maison à Liesle.

Sa fille aînée, Océane, a quant à elle été interrompue dans sa recherche d’emploi dans la restauration. « Je n’ai obtenu aucune réponse pendant le confinement, précise la jeune fille. Et depuis, avec la crise économique post coronavirus, c’est compliqué de trouver, car les restaurants ne font plus que la moitié de leur chiffre d’affaires à cause de la distanciation sociale à respecter, et ils n’embauchent plus. »

Sandra espère pourtant qu’ Océane décrochera un travail « au moins pour payer sa voiture et son téléphone, ça nous soulagerait », souffle-t-elle. La jeune fille avait terminé ses études dans les soins des chevaux en 2019. Puis, ne trouvant pas d’emploi dans cette branche, elle avait décidé de se lancer dans des missions d’intérim dans la restauration. Elle aussi espère gagner rapidement son autonomie.

Quant au dernier, Elias 14 ans, son voyage scolaire en Angleterre a été annulé. « Quel dommage ! Ça n’était pas cher. Sinon on n’a pas l’occasion de partir », regrette Sandra. Le collégien a eu quelques difficultés à faire ses devoirs pendant le confinement.

« Ça m’a un peu inquiétée, je ne pouvais pas l’aider en langues notamment », affirme Sandra qui précise également qu’il a fallu nourrir ses deux enfants, alors que d’habitude elle paie la cantine bon marché au collège pour Elias.

« Heureusement qu’il y avait la Banque alimentaire et les Restos du Cœur ! Car j’ai remarqué que dans les commerces, les prix ont augmenté. Le kilo de saucisses est ainsi passé de sept euros à dix ! », relève Sandra qui doit compter chaque dépense.

Elias a eu quelques difficultés à faire ses devoirs pendant le confinement. Je ne pouvais pas l’aider en langues notamment.

Alors pour faire face à cette situation, la maman et sa grande fille ont cousu et vendu des masques, ce qui leur a permis de mettre un peu d’argent de côté.

La Liesloise ne s’est pas coupée du monde : elle n’a pas hésité, pendant le confinement, à rendre service à ses voisins en allant chercher les courses et les médicaments à la pharmacie pour deux “mamies” du village.

« Pour moi, la solidarité devait primer. On faisait déjà ça avant, c’est pas pendant le confinement qu’on devait changer ». Et un grand sourire illumine son visage.

Sandra n'a pas hésité à rendre des services à ses voisins en allant chercher les courses et les médicaments à la pharmacie par exemple.

Sandra poste sur sa page Facebook ses infos et ses galères.

éclairage
L’entraide pendant le confinement
L’expérience du confinement a différé selon les conditions de logement, mais aussi selon la composition du voisinage et des services qui s’y échangent. Malgré des échanges de services qui sont restés aussi nombreux qu’avant le confinement, le sentiment d’isolement dans la population française a plus que doublé.
4 Français sur 10

disent avoir rendu un service de voisinage dans leur quartier. 3 sur 10 disent en avoir reçu.

L’échange de services ne protège pas du sentiment d'isolement qui a bondi de 16 à 38%.

46% des plus de 75 ans

ont reçu un service de voisinage durant le confinement contre 30% le mois avant le confinement.

Enquête Coconel « Logement et Conditions de vie », réalisée par l’Institut national des études démographiques (Ined), par internet du 30 avril au 4 mai 2020