Julia : le soulagement du logement

Publié le 03/03/2017
Ile-de-France
Julia : le soulagement du logement
 

Kurde yézidi d’origine géorgienne, Julia a émigré en France avec sa famille en 2009. S’en sont suivies 7 années de galère, d’hôtels en hôtels. Grâce à l’aide du Secours Catholique, elle a par la suite pu bénéficier du droit Dalo, obtenir un logement social et se poser. Enfin.

« Vous êtes reconnus prioritaires Dalo et devez être logés d’urgence » : lorsque Julia a reçu cette lettre le 15 juillet 2015, elle a eu du mal à y croire. Cette fois, c’en était peut-être fini de la vie à l’hôtel !

Huit mois plus tard, en mars 2016, Julia, son mari et leurs trois enfants alors âgés de 13, 12 et 10 ans déménagent dans un logement social, un T 4, à Noisy le Grand. « J’ai été tellement soulagée ! Chaque enfant avait un petit coin pour lui et allait enfin pouvoir inviter ses amis à la maison. Surtout, on n’avait plus de déménagement en vue. Fini le stress ! »

Parcours du combattant

Julia revient de loin. Le « parcours du combattant » commence en Géorgie. Kurde yézidi, elle évoque des difficultés au quotidien, un sentiment de discrimination, notamment à l’école et sur le marché du travail, et surtout « des problèmes pour mon mari ».

Des affaires avec la mafia, un chantage financier, des menaces pour leurs vies ? « C’était devenu trop dangereux de rester. Ça été difficile de prendre la décision de tout quitter pour nous retrouver sans rien et recommencer à zéro. »

En 2009, ils débarquent en France, appellent le 115 et se retrouvent hébergés à l’hôtel : Mantes-la-Jolie, Bobigny, Paris, Noisy le Grand… Julia en oublie sûrement, une vingtaine voire plus en 6 ans, estime-t-elle.

« C’était sale, souvent petit et sans cuisine, on devait sans arrêt déménager. Les enfants avaient honte et c’était dur pour eux de changer d’école, de copains, de maîtresses. En tout, ils ont connu 5 écoles primaires ! »

Pendant ce temps, Julia et son mari apprennent le français avec « Maison pour tous » et s’accrochent. Après avoir essuyé un refus de leur demande d’asile, ils vivent avec la peur au ventre d’être expulsés. « C’était un cercle vicieux : sans titres de séjour, je ne pouvais pas trouver de travail ; et sans travail, on ne pouvait pas avoir de logement ».
 

On devait sans arrêt déménager. Les enfants avaient honte et c’était dur pour eux de changer d’école, de copains, de maîtresses.


Finalement, en 2014, son mari obtient un titre de séjour valable un an et renouvelable chaque année ; de même pour elle quelques mois plus tard. Ils déposent alors leur première demande de logement social en juillet 2014.

Comme il leur faut une domiciliation, Julia se tourne vers le Secours Catholique de Rosny- sous- Bois. Elle fait la connaissance de bénévoles d’une permanence Dalo qui lui expliquent que, selon la loi de 2007, toute personne mal logée a droit à un logement décent. « Je ne connaissais pas ce droit. Ils nous ont aidés à faire une demande Dalo début 2015 avec le langage qu’il fallait ».

Premier refus en avril 2015 : « Je n’ai pas compris pourquoi ils ont refusé. On vivait alors à 5 dans une petite chambre d’hôtel. Les enfants ne pouvaient pas faire leurs devoirs et nous nous reposer ».

 

Vacances et appartement

Parallèlement, Julia cherche du travail avec Pôle Emploi, « dans n’importe quelle branche, j’étais motivée pour apprendre ». Elle décroche un stage, puis un CDD dans la vente, dans un magasin de vêtements pour enfants à Rosny-sous-Bois.

Le 1er juin 2015, elle signe un CDI à temps partiel (30 heures) : « Je n’y croyais pas, j’étais très contente ! » Son mari, quant à lui, enchaîne les contrats aidés et continue d’apprendre le français. Avec le Secours Catholique, ils déposent alors un recours devant la Commission de médiation Dalo de Seine Saint Denis. Cette fois, ça marche !

Il ne reste plus qu’à attendre une proposition de logement de la préfecture. Julia sait que cela peut durer, « mais on a eu de la chance, on a eu cet appartement en mars 2016 ». Surtout, cette même année, l’été, Julia et sa famille partent en vacances avec le Secours Catholique au Barcarès, dans le sud de la France : « C’était une première pour nous, on a oublié tous nos problèmes, c’était une vraie pause et on en avait besoin. »
 

C'est le jour où on a pu commencer à avoir une vie stable.


Elle en reparle le sourire aux lèvres… avant de reprendre un air sérieux : « Parfois, j’ai du mal à croire que tout ça est derrière nous, j’ai toujours une petite peur au fond de moi… » 

Alors elle pense aux enfants, aux  félicitations de leurs professeurs,  à son dernier, le garçon, qui ne parle que le français et ne comprend ni le kurde, ni le géorgien, et aussi à « tous ces gens gentils qui nous aident », en particulier cette amie française qui amène parfois les enfants au musée.

«Il y a beaucoup de solidarité en France. On ne nous regarde pas comme des étrangers, contrairement à la Géorgie. Ici, peu importe la couleur de peau ! » 

Le 5 mars 2017, le Secours Catholique fête les 10 ans de la loi Dalo Julia, elle, fêtera les 1 an dans son appartement le 9 mars : « Le jour où on a pu commencer à avoir une vie stable ! » 

 

10 ans de Dalo

Depuis le 5 mars 2007, et l’adoption à l’unanimité de la loi Dalo (droit au logement opposable), l’État est officiellement garant du droit au logement et a de ce fait une obligation de résultat. Il doit faire reloger ou héberger toutes les personnes reconnues prioritaires qui ne sont pas en mesure d’y accéder par leurs propres moyens.

Ce droit est dit « opposable », c’est-à-dire que le citoyen dispose de voies de recours : un recours amiable devant une Commission de médiation, un recours contentieux devant le tribunal administratif. Ainsi, en 10 ans, plus de 120 000 ménages ont été relogés dans toute la France.

Pour faire appliquer ce droit et aider les personnes dans leurs démarches, le Secours Catholique dispose d’une quinzaine de permanences Dalo, principalement en Ile-de-France. Dans cette région, 60% des personnes accompagnées par l’association sont reconnues prioritaires, contre environ 30 % de l’ensemble des requérants hors Secours Catholique. Mais dans les faits, seule une personne sur quatre est relogée.

Actuellement, 55 000  ménages reconnus prioritaires Dalo attendent toujours d’être relogés en France.

 

Manuel pratique pour l'application du Dalo et Daho en Ile de France

Manuel pratique pour aider les associations qui agissent en faveur des droits au logement et à l'hébergement opposables, en tant que représentantes de la société civile.
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Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photos : ©Christophe Hargoues / Secours Catholique
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