Fin de la trêve hivernale : une épée de Damoclès pour des centaines de milliers de personnes

Publié le 30/03/2017
France
Fin de la trêve hivernale : une épée de Damoclès pour des centaines de milliers de personnes
 

Avec l'achèvement de la trêve hivernale le 31 mars, ce sont 10 000 places d'hébergement pour les personnes à la rue qui ferment et des familles qui sont menacées d'expulsion de leur foyer. Une réalité qui révèle une fois de plus l'urgence de résoudre la crise du logement en France.

Gwen, âgé d'une quarantaine d'années, a eu un lit, un toit et des repas ces trois derniers mois dans un des centres d'hébergement ouverts au cours de la période hivernale à Paris : « Cela m'a permis de me poser et d'avoir moins de soucis au quotidien. Mais fin mars, je vais devoir rechercher tous les jours un endroit où dormir et de quoi manger. Le combat recommence. » Comme Gwen, ce sont 10 000 personnes qui risquent de retourner à la rue, autant que le nombre de places ouvertes chaque année en dispositif d'urgence hivernale et qui ferment le 31 mars*.

Le Secours Catholique de Paris remarque d'ailleurs à la fin de cette trêve une augmentation du public dans ses accueils de jour et ses tournées de rue. « Les personnes que l'on voit alors sont fragilisées ! », témoigne Aude Couturier, animatrice à la délégation de Paris. « Elles perdent leur dignité retrouvée pendant les mois d'hiver, et rechutent alors qu'elles avaient pris goût à un sentiment de stabilisation. »

« C'est toute l'année qu'on a besoin de ces hébergements dignes et stables ! Il faut arrêter cette politique de gestion au thermomètre. On ne meurt pas plus à la rue l'hiver que l'été », s'insurge Matthieu Hoarau, chargé de projet « De la rue au logement » au Secours Catholique.

 

Il n'y a pas assez d'hébergement pour les personnes à la rue

Christian Séguin, Secours Catholique d'Avignon

De fait, même si 40 000 places pérennes d'hébergement ont été créées sous le quinquennat de François Hollande, leur nombre total ne dépasse pas les 121 000, alors qu'on estime que 143 000 personnes sont sans domicile, selon la Fondation Abbé Pierre. Témoin de ce malaise : le standard du 115 est débordé, un appel sur deux à ce numéro d'urgence reste d'ailleurs sans solution proposée aux personnes.

« On a l'impression de s'adresser à un mur », raconte Christian Séguin, responsable des bénévoles de l'accueil de jour du Secours Catholique à Avignon. « Les gens sont d'ailleurs désabusés et nous disent que ça ne sert à rien d'appeler le 115 ! Le problème est qu'il n'y a pas assez d'hébergement pour les personnes à la rue. »

 
Fin de la trêve hivernale : une épée de Damoclès pour des centaines de milliers de personnes
 
 
 
Pas de trêve

au bois de Vincennes

 

La peur de l'expulsion

Autre conséquence de la fin de la trêve hivernale : les plus d'un million de personnes en situation d'impayés de loyer ou de charges risquent d'être expulsées de leur logement et de se retrouver elles aussi à la rue. En 2014, ce sont ainsi 126 000 ménages qui ont reçu une décision de justice prononçant l'expulsion pour impayés de loyer. « On rencontre à l'accueil de jour des gens qu'on avait connus avant qu'ils ne trouvent un logement et qui reviennent nous voir pour qu'on les aide, avec l’ACSC (Association des cités du Secours Catholique), à régler le problème des arriérés de factures. Ils sont paniqués à l'approche du 31 mars », poursuit Christian Séguin.

Face à cette réalité, le Secours Catholique défend l'idée d'un moratoire temporaire sur les expulsions sans relogement avec dédommagement des propriétaires, ainsi que l'application de l'encadrement des loyers prévu par la loi ALUR dans les métropoles. En effet, dans le parc privé, ceux-ci ont augmenté de 47 % en dix ans !

Pour une vraie politique du logement

Dans les deux cas, la fin de la trêve hivernale met en lumière un même problème : la crise du logement en France. Si la politique d'hébergement est à bout de souffle, c'est parce que cette mise à l'abri, qui était censée être provisoire, dure – d'où l'engorgement du 115 – en raison justement du manque de solutions de logements pérennes et notamment de loyers abordables.

« La réponse de l'État qui consiste à créer quelques nouvelles places en hébergement d'urgence ne fait que pallier un déficit, analyse Matthieu Hoarau. En réalité, il faudrait agir sur les causes, plutôt que sur les conséquences, et avoir une vision globale de la rue au logement. Il faut transformer l'hébergement d'urgence en un véritable tremplin entre la rue et l'insertion. »

« L'urgence sociale est aujourd'hui dans l'incapacité de jouer son rôle de filet de sécurité et de permettre le rebond des personnes, faute de solutions de sortie », poursuit Éric Pliez, président du Samu social de Paris, dans une lettre ouverte au préfet de la région Île-de-France.

Pour cela, le Secours Catholique et ses partenaires prônent des solutions pérennes de logement, notamment : la construction de 150 000 logements sociaux par an – contre 120 000 l'an passé – dont 60 000 très sociaux ; la captation de 50 000 logements privés conventionnés sociaux ; l'augmentation de nombre de places en CADA (centre d'accueil pour les demandeurs d'asile) ; la mobilisation des 2,6 millions de logements vacants. Tout cela permettrait aux personnes à la rue où depuis trop longtemps hébergées d'accéder à un logement, de se poser, de reprendre confiance, et de vivre dignement… sans épée de Damoclès au-dessus de leur tête.

* Auxquelles s'ajoutent ponctuellement en hiver 5 000 places en cas de déclenchement du plan Grand froid.

 
Fin de la trêve hivernale : une épée de Damoclès pour des centaines de milliers de personnes
 
 
Un peu de chaleur

pour ceux de la rue

Cécile Leclerc-Laurent
Crédit photo : © Xavier Schwebel / Secours Catholique-Caritas France
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