Migrants : après Calais

Publié le 10/11/2016
Bourges
Migrants : après Calais
 

L’Association des cités du Secours Catholique (ACSC) se mobilise pour accueillir les migrants de Calais. Reportage à Bourges où la Cité Jean-Baptiste Caillaud (CJBC) héberge et accompagne 45 d’entre eux.

Mohamed et Youssef, deux Soudanais de 26 ans, partagent leur appartement avec deux autres compatriotes. Dans ce quartier excentré de Bourges, ils prennent le soleil sur la place qu’entourent plusieurs immeubles de logements sociaux. C'est dans un de ces immeubles qu'ils habitent aujourd'hui. Ils y occupent depuis quinze jours, au troisième et dernier étage, un appartement propre, quatre pièces avec une machine à laver le linge, une cuisine équipée et une salle d’eau. Dans chaque chambre, un lit simple. Dans le salon, un canapé, une table, quatre chaises et un téléviseur accroché au mur.

Mohamed et Youssef font partie des 45 migrants accueillis à Bourges par la Cité Jean-Baptiste Caillaud (CJBC), une des cités de l’Association des cités du Secours Catholique (ACSC). Il faisait nuit quand ils ont débarqué du car, ce lundi 24 octobre, premier jour du démantèlement programmé du bidonville de Calais.

Quatre Koweïtiens, un Erythréen et 40 Soudanais, tous volontaires pour s’éloigner de l’Angleterre. Fatigués et inquiets, ils se sont pliés de bonne grâce aux consignes de leur comité d’accueil. À savoir, remplir un ou deux formulaires et composer des groupes de quatre personnes. Chaque groupe a ensuite été pris en charge et conduit à leur appartement respectif par deux membres de la Cité Jean-Baptiste Caillaud (CJBC). À minuit, tous occupaient une chambre individuelle et détenaient une clé de leur appartement.

À la recherche de 12 grands appartements

Pour la CJBC et sa directrice, Delphine Cotard, cet accueil était un véritable défi à relever. Avertie début septembre de l’opération, la Cité devait trouver une quarantaine de places d’hébergement avant le 1er octobre. À la dite date, « nous étions prêts, se rappelle Delphine Cotard. Avant la fin de l’été, nous avons contacté les trois bailleurs sociaux de la ville de Bourges à la recherche de 12 grands appartements. »

Dans les villes de taille moyenne, la vacance d’une partie des HLM n’est pas rare. En un mois, l’équipe spécialement constituée pour cet accueil, avait sélectionné une dizaine d’appartements F5 proches de la Cité, « à la fois pour privilégier l’indépendance des résidents et pour permettre d’être joints rapidement en cas de besoin », précise Virginie Baltzer-Bardeau, l’adjointe de direction en charge de la maintenance logistique de la CJBC.

Après nettoyage et réouverture des compteurs, chaque appartement a été meublé et équipé du nécessaire. Le tout pour un loyer mensuel de 500 euros.

Les voisins étaient inquiets au début

La Cité, qui emploie 53 salariés et 8 bénévoles, mène de front plusieurs hébergements pour différentes catégories de personnes. À ce titre, elle est depuis octobre 2015 un Centre d’accueil et d’orientation. Ce CAO proposait jusqu’ici 15 places. Avec les 45 places supplémentaires, sa capacité a quadruplé.

Élodie Coudret, chef de service au pôle hébergement de la Cité, craignait la réaction de la population : « Les voisins étaient inquiets au début. Quand ils ont vu combien ces jeunes gens étaient paisibles et gentils, ils ont été rassurés.»

Si l’accueil a été un succès, l’équipe de Delphine Cotard compte bien réussir aussi le volet orientation de l’opération. En deux semaines, une grande partie des migrants ont été évalués en français et sont invités à suivre rapidement des cours que l’ACSC et le Secours Catholique départemental complèteront.

Pour ceux qui n’avaient pas entamé de procédure de demande d'asile à Calais, une procédure a été lancée à Bourges. Une carte de bus leur sera proposée pour qu’ils deviennent vite autonomes dans leurs démarches. Le but étant que les demandeurs d’asile intègrent dans quelques mois un Centre d’accueil des demandeurs d’asile (Cada).

Terrible cette impression de perdre son temps

Parmi les 45 migrants, Moussa, 24 ans, est l'un des rares à parler anglais. Ce jeune Soudanais a appris au cours de son périple à travers le nord de l’Afrique, puis le sud de l’Europe avant d’échouer à Calais où il a passé plus d’un an.

Il sert parfois d’interprète et est heureux de rendre service. À Calais, « il fallait que j’aide, que je me rende utile. Dans la jungle, il n’y avait rien à faire. C'était terrible cette impression de perdre son temps. Je voulais aller en Angleterre poursuivre mes études parce que je parlais un peu la langue. Je poursuivrai mes études en France, mais apprendre le français me prendra encore du temps. »

 

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Crédits photos : ©Gaël Kerbaol / Secours Catholique
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