Parrainage de proximité : un parrain pour bien grandir

Publié le 30/10/2014
Loire-Atlantique
Parrainage de proximité : un parrain pour bien grandir
 

Dans la ville de Nantes, Lisa, 11 ans, est parrainée par Jocelyne et René, retraités depuis peu. Épanouissement et partage de savoirs sont au rendez-vous.

À Nantes, une petite fille sort de l’école. C’est un jeudi. Il est midi. Menue, la peau mate et les cheveux bouclés retenus par un serre-tête, Lisa, 11 ans, se jette dans les bras d’une femme qui l’attend devant le portail de l’école. « Mina ! » s’exclame-t-elle en souriant. La femme, âgée d’une soixantaine d’années, la serre contre elle, l’embrasse et lui demande si elle a passé une bonne matinée. Une scène banale de tendresse entre une grand-mère et sa petite-fille. Pourtant, Lisa et Jocelyne n’ont aucun lien de parenté. Elles ne se connaissent que depuis sept mois. Elles sont marraine et filleule. Mina, c’est le doux surnom que Lisa a choisi pour Jocelyne, celle-ci préférant réserver celui de Mamie à ses futurs petits-enfants.

René, le mari de Jocelyne, les attend pour le déjeuner hebdomadaire, presque devenu une tradition. À table, tous trois discutent, se racontent leur semaine et rient beaucoup. La petite fille, l’air malicieux, se balance sur sa chaise, enchantée des attentions de Jocelyne et René.

S’investir durablement auprès d’un enfant

Ce trio attendrissant s’est rencontré par le biais du Secours Catholique en octobre dernier. Jocelyne, à la retraite depuis trois ans, souhaitait consacrer une partie de son temps aux enfants. « Je fais déjà de la lecture dans des écoles mais je voulais m’investir plus personnellement », dit-elle. Elle entend parler du parrainage de proximité, se renseigne sur les associations qui le proposent et c’est finalement le Secours Catholique qui lui présentera Lisa.

« Le parrainage de proximité s’adresse à toute personne prête à s’investir durablement auprès d’un enfant pour l’aider à grandir et à bien se construire, explique Françoise Maurice, bénévole au Secours Catholique nantais et en charge des parrainages. Depuis 2009, nous comptons 25 parrainages toujours en cours. Trois nouveaux seront constitués cet été. »

À la délégation du Secours Catholique de Loire-Atlantique, Jocelyne rencontre Anne Dujardin, une bénévole, qui lui pose de nombreuses questions pour s’assurer de son sérieux. Elle deviendra la référente de leur parrainage. « Mon rôle est de conseiller les parrains et d’intervenir en cas de difficulté, précise la bénévole. Heureusement, je ne suis pas seule pour gérer cela. L’équipe du Secours Catholique me soutient. »

Après un premier entretien réussi avec Nawal, la mère de Lisa, Jocelyne et René rencontrent la petite fille. Tout de suite, le courant passe et depuis les parrains et l’enfant ne se quittent plus. Vacances à la mer, week-ends à la campagne pour la cueillette des champignons, fêtes de l’école, anniversaires... Toutes les occasions sont bonnes pour se retrouver. Aux prochaines vacances, Nawal se joindra à eux.

Le parrainage, un engagement citoyen

« J’étais très proche de mes grands-parents lorsque j’étais plus jeune. Je ne voulais pas que Lisa soit privée de ce type de relation », confie la maman de Lisa. Divorcée, elle n’a pour famille que sa sœur qui vit à Paris et sa mère, au Maroc et qu’elle ne voit qu’une fois par an. Un véritable besoin de relation sociale se faisait sentir.

« Le parrainage de proximité, ce n’est pas une question de pauvreté. N’importe qui peut être parrainé, explique Brigitte Alsberge, responsable du département Solidarités familiales au Secours Catholique. Parrainer un enfant, c’est un véritable engagement citoyen. » En Loire-Atlantique, le Secours Catholique répond à la demande de familles isolées sans soutien familial. « La majorité des enfants parrainés vivent au sein de familles monoparentales, précise Françoise Maurice. Malheureusement, le nombre de parrains n’est pas suffisant pour répondre à la demande des familles. » Une dizaine d’enfants sont encore en attente d’un parrainage. Pour Lisa, Nawal, Jocelyne, René, Anne, Françoise et d’autres encore, le pari est réussi. Tous se déclarent enrichis par ce parrainage.

Un vrai manque de bénévoles partout en Europe

Randolf Gränzer, coordinateur d’un réseau européen de parrainage

« En Europe, l’Angleterre, la France et l’Allemagne sont les piliers du parrainage. J’ai travaillé à créer une vision européenne de cette pratique, mais je n’y suis pas parvenu car chaque pays dispose d’un système social différent. De fait, le parrainage s’adapte au système en place et ne peut pas se dupliquer d’un pays à l’autre. En revanche et malheureusement, tous les pays qui pratiquent le parrainage ont en commun le manque de parrains.

Dans mon pays, l’Allemagne, le mouvement s’est développé en 1998. Une Caritas locale avait constaté, d’un côté, un manque de lien social chez des familles monoparentales et, de l’autre, un besoin chez les retraités de s’investir solidairement. Sans le savoir, l’association a lancé le parrainage de proximité, une pratique qui existait depuis cent ans aux États-Unis. Désormais ce sont les grandes associations comme Caritas, le Secours populaire allemand ou encore la Diaconie qui l’organisent. Le gouvernement a donné des moyens à cette initiative. Mais la crise a poussé aujourd’hui les pouvoirs publics à supprimer la ligne budgétaire qui lui était attribuée.

En Allemagne, le parrainage ne se limite pas à celui d’un enfant par un adulte sur ses temps de loisirs. Il existe sous quatre formes : le parrainage de proximité, le parrainage scolaire – un adulte aide un enfant dans sa scolarité –, le parrainage familial – des parents sont aidés dans leur rôle de parents – et enfin le parrainage d’emploi – un adulte soutient un jeune dans sa recherche d’emploi. Au total, environ 35 000 personnes sont ainsi parrainées. »

Clémence Véran-Richard
Crédits photos: © Gaël Kerbaol/Secours Catholique
Deux mamies sourient bras-dessus bras-dessous
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