Réfugiés syriens : de la guerre à la lutte pour survivre

Publié le 28/08/2015
Jordanie
Une grand-mère et sa petite fille réfugiées syriennes en Jordanie.
Une grand-mère et sa petite fille réfugiées syriennes en Jordanie.
 

Après quatre années d’une crise qui n’en finit plus, le peuple syrien est exsangue. 3 millions de personnes ont fui vers les pays voisins : Liban, Turquie, Jordanie… C’est dans ce dernier pays que se porte notre regard sur les conditions de vie de ces réfugiés urbains et sur le travail incessant de Caritas Jordanie pour les aider à se reconstruire loin de chez eux.

Dans ce petit pays de 6,5 millions d’habitants, 650 000 réfugiés syriens sont officiellement enregistrés par le Haut Commissariat aux réfugiés.

Selon un récent rapport de l’organisation onusienne, deux tiers d’entre eux vivent en dessous du seuil national de pauvreté, et un ménage sur six se trouve dans des conditions d’extrême pauvreté, avec moins de 40 dollars par personne et par mois. Plus de la moitié de cette population a moins de 17 ans.

Des chiffres, toujours. Des chiffres impersonnels, certes essentiels pour éclairer un contexte, mais insuffisants pour nous faire prendre conscience des réalités individuelles qu’ils recouvrent.

Pour atteindre le plus grand nombre, les acteurs de Caritas Jordanie opèrent au sein de sept centres répartis sur le territoire, mais vont aussi à la rencontre des personnes qui, majoritairement, désertent les grands camps installés à proximité des frontières. 84 % d’entre elles préfèrent en effet tenter de reconstruire leur vie dans la capitale ou les centres urbains du pays.

Ainsi à Zarqa, au nord-est de la capitale Amman, non loin du centre d’accueil de la Caritas locale, une équipe mobile vient rendre régulièrement visite aux familles installées dans des logements souvent précaires.

Des visages

Et derrière les chiffres apparaissent des visages. Ceux notamment des membres de cette famille rassemblée autour de Huria, une grand-mère de 71 ans. Depuis 2013, elle assume seule la charge de sa fille aînée handicapée et de ses cinq petits-enfants dont les parents ont péri sous les bombes.

Originaires de Homs, ils ont fui les bombardements sans rien emporter, pour rejoindre le camp d’accueil de Zaartari géré par le HCR dans le nord de la Jordanie afin de faire soigner l’un des enfants blessé par balle.

Depuis qu’ils ont quitté le camp, ils occupent deux pièces rudimentaires avec pour seul équipement des matelas posés à même le sol et un petit réchaud.

L’histoire de cette famille ressemble hélas à toutes celles que les équipes de la Caritas jordanienne rencontrent au quotidien. Elle laisse entrevoir l’ampleur de la tâche dans un contexte où l’afflux des réfugiés syriens ne se tarit pas et met à rude épreuve les capacités du pays à y faire face.

Ils arrivent sans rien

L’avancée des djihadistes, la brutalité des combats et la peur les poussent à tout quitter. Ils arrivent sans rien, s’installent le plus souvent dans des quartiers populaires et survivent dans des conditions misérables, côte à côte avec les Jordaniens.

Les différents centres d’accueil du pays reçoivent une majorité de réfugiés et s’organisent pour couvrir leurs besoins essentiels. « Grâce à l’intervention de Caritas, nous avons pu trouver ce logement à Zarqa. Chaque mois nous recevons une aide pour payer notre loyer de 150 euros et un bon pour faire nos courses », explique Huria.

À ce dénuement s’ajoute souvent une grande solitude liée à l’absence de contacts avec l’extérieur, que tentent de rompre les équipes mobiles qui sillonnent les quartiers. « Elles effectuent des petits travaux d’entretien, installent l’électricité, distribuent des couvertures, des poêles ou des combustibles en hiver et des kits d’hygiène… », explique Suhail qui coordonne leurs activités à Zarqa. Elles nouent souvent des liens qui permettent d’aller au-delà de cette prise en charge de base.

À l’écoute des souffrances cachées

Surmonter la maladie ou les traumatismes subis n’est pas une priorité, lorsqu’il faut faire face à la nécessité de garder un toit et de se nourrir. Pourtant, les besoins sont immenses.

Au centre Caritas de Zarqa, le docteur Walid reçoit jusqu’à 30 patients par jour. « Je soigne des maladies chroniques comme le diabète ou des pathologies liées au manque d’hygiène ou à la promiscuité, comme la gale. » Les médicaments sont délivrés gratuitement, en accord avec une pharmacie du quartier.

Les cas les plus graves sont orientés vers les hôpitaux d’Amman qui travaillent en partenariat avec Caritas. Dans le centre, une attention particulière est portée aux enfants. Souvent déscolarisés, ils peuvent venir jouer, dessiner ou suivre des cours d’anglais ou d’arabe pour les plus grands, dans un petit havre de paix.

En ce qui concerne les adultes accueillis, un référent spécifique leur offre un accompagnement et un suivi personnalisés. Il peut rapidement proposer une aide psychologique et offrir l’oreille attentive d’un professionnel aux réfugiés qui, seuls, ont du mal à trouver la force d’affronter les peurs subies, la perte ou l’éloignement de leurs proches, un quotidien instable et un avenir incertain.

« Je n’y pense pas, confie Huria dans un sanglot. Pourtant, mon plus grand rêve serait de voir mes petits-enfants reprendre le cours de leur vie en Syrie et y vivre en sécurité. » Pour cela elle s’en remet à Dieu : « Al hamdoulilah », répète-t-elle.

Pour aller plus loin : voir notre dossier « Migrants : défendre la dignité »

Hélène Valls
Crédits photos : ©Elodie Perriot/Secours Catholique
Deux femmes discutent
Plus d'informations
Migrants
# sur le même thème