Réfugiés : une voie légale d'accès pour les plus vulnérables

Réfugiés : une voie légale d'accès pour les plus vulnérables

Publié le 06/07/2017
France
 

Les premiers réfugiés à emprunter un “couloir humanitaire“ vers la France sont arrivés le 5 juillet à Paris en provenance du Liban. Cette migration légale et sécurisée est le résultat de longues négociations entre plusieurs organisations caritatives chrétiennes (dont le Secours Catholique - Caritas France) et le gouvernement français.

Mercredi 5 juillet, le vol régulier d’Air France en provenance de Beyrouth est attendu à 19h45. A son bord, quatre familles particulièrement vulnérables, douze Syriens et trois Irakiens, chrétiens et musulmans, réfugiés au Liban. Dans un salon de réception en bout de terminal aéroportuaire, une centaine de personnes les attendent, impatientes de voir enfin le fruit de leurs efforts.

La communauté Sant’Egidio, à l’origine de cette opération, a déjà mis en place un couloir humanitaire en Italie. En France, Sant’Egidio s’est associé à la Fédération d’entraide protestante, à la Fédération protestante de France,  à la Conférence des évêques de France et au Secours Catholique. « Depuis trois ans, toutes les églises se mobilisent en vue de prendre en charge les réfugiés et les accompagner vers l’intégration », témoigne Emmanuelle Seyboldt, présidente de l’Eglise protestante unie.

 

 

Si c’est possible, nous viendrons accueillir tous les autres réfugiés jusqu’au dernier.

Dans un coin de la salle, Mira, Matilda et Thomas, respectivement 13, 11 et 7 ans, préparent des dessins sur lesquels ils inscrivent “ Bienvenue “ en français et en arabe phonétique. « Nous allons les offrir aux enfants syriens » explique Mira. Florita, une des mamans, explique que les enfants de la communauté Sant’Egidio ont l’habitude de rencontrer des personnes âgées exilées pour qui le jour de leur arrivée en France est gravé à jamais dans leur mémoire. « Si c’est possible, nous viendrons accueillir tous les autres réfugiés jusqu’au dernier. »

L’accord signé en mars 2017 par les organisations chrétiennes et le gouvernement prévoit d’accueillir 500 réfugiés sur 18 mois. Un accord rendu possible grâce à l’engagement de paroisses et de citoyens s’engageant à héberger et à accompagner les nouveaux arrivants.

François Le Forestier est de ceux-là. Sarthois ayant vécu six ans en Syrie, à Qaryatayn, ville entre Damas et Palmyre, c’est dans cette ville qu’il a rencontré sa future femme. C’est de cette ville qu’arrivent un couple de quadragénaires et leur fils de 18 ans. François Le Forestier les attend pour les conduire au Mans dans l’appartement que le presbytère de sa paroisse leur réserve.

Tout est prévu : « Avec les vacances d’été, les membres de la Fraternité chrétienne Sarthe-Orient, à laquelle j’appartiens, seront moins nombreux pour les accompagner. Aussi, nous allons nous appuyer sur la vingtaine de familles de Syriens arrivées par d’autres dispositifs et déjà installés au Mans. Après l’été, un accompagnement plus complet reprendra, avec cours de français, participation hebdomadaire à une table ouverte, chorale, scouts, et même une mise à disposition de l’église de la Visitation, pour que les chrétiens parmi eux puissent célébrer la messe en arabe. »

Outre Le Mans, les autres réfugiés seront reçus au Havre, à Nîmes, à Pau et à Fontainebleau.

 

Il faut aller beaucoup plus loin et ne pas s’en tenir à 500 personnes.

Véronique Fayet, présidente du Secours Catholique-Caritas France

Avec un peu de retard, les quinze voyageurs arrivent sous les applaudissements. Intimidés, émus, ils sont suspendus aux lèvres d’une interprète qui se démultiplie pour leur rendre compréhensible les nombreuses marques de sympathie.

Véronique Fayet leur souhaite la bienvenue au nom des 68 000 bénévoles du Secours Catholique et relève que « c’est en conjuguant les efforts des associations aux services de l’État qu’il a été possible d’aboutir à une immigration sûre et légale. Nous avons démontré que c’était possible. Il faut aller beaucoup plus loin et ne pas s’en tenir à 500 personnes. »

Malgré un voyage éprouvant, les visages affichent la satisfaction d’avoir atteint une terre en paix. Les plus âgés tentent de ne pas penser au passé laissé derrière eux. Un des hommes se lève pour exprimer le sentiment général. Il remercie, se dit conscient des efforts fournis pour mettre sur pied ce couloir humanitaire dont ils sont les premiers à bénéficier. Il conclut son intervention en disant : « Cette nuit, pour la première fois depuis sept ans, je vais pouvoir bien dormir. »

Jacques Duffaut
Crédits Photos: © Élodie Perriot
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