« To be or not », quand seize migrants de Calais montent sur scène

« To be or not », quand seize migrants de Calais montent sur scène

Publié le 25/11/2016
France
 

Seize migrants, accompagnés par le Secours Catholique de Calais, ont monté une pièce de théâtre dans laquelle ils racontent leur parcours depuis chez eux jusqu’en France.

Il fait nuit. Ils s’agrippent à la taille, au torse, au cou ; ils nouent leurs bras, ils tanguent au gré de la houle, regards creusés par la peur de sombrer. Du bateau surchargé, ils tentent d’apercevoir les côtes d’un continent en paix. Certains tombent et se noient. Alors, même la mer se tait.

Cette scène poignante fait partie de « To be or not », pièce de théâtre créée à partir du récit de seize migrants. Seize étrangers devenus acteurs pour redonner à vivre - avec un saisissant sens de l’abnégation - les épreuves qu’ils ont traversées.

Par gestes et avec un minimum de mots, ils disent à leurs hôtes français d’où ils viennent, qui ils sont, et combien il leur en a coûté pour venir jusqu’à eux. Mi-novembre, ils étaient en tournée à Paris et sa région pour cinq représentations.

Dans la peau d'un autre

Afghans, Iraniens et Soudanais, ces seize hommes ont fui leur pays avant d’échouer à Calais où ils ont rencontré le Secours Catholique. Parmi les nombreuses activités proposées par l’association, ils ont choisi l’atelier théâtre. « Juste pour s’évader, pour entrer dans la peau d’un autre, confie Mohamed*, l’un d’entre eux. Car, au début, ce n’était pas une pièce. »

 

To be or not : quand des migrants montent sur scène

To be or not : quand des migrants montent sur scène
En images
 

« Progressivement l’idée de monter une pièce s’est imposée », explique Hisham Aly, initiateur des ateliers théâtre et un des animateurs de l’accueil de jour. Ce jeune franco-égyptien, chirurgien dentiste de formation, se consacre depuis plus d’un an à adoucir la vie des migrants.

Maîtrisant aussi bien le français et l’anglais que l’arabe, Hisham est l’ami, le frère, le complice de tous les déracinés de Calais. « Pour eux, c’est une sorte de catharsis, dit-il, à propos de la pièce. Il fallait les aider à mener à bien ce projet. »

l’Européen frileux et soupçonneux

Trois comédiens professionnels, Grégory Barco, Laura Clauzel et Bertrand Degrémont se sont portés volontaires pour mettre en scène le spectacle. L’un d’eux, Bertrand, dit : « Notre priorité, c’était eux, ces jeunes migrants. Ils voulaient rendre publique cette pièce. Nous les avons aidés à le faire. »

Jason, un jeune Calaisien de 16 ans, qui voulait « comprendre la situation des migrants autrement que par les médias », s’est également branché au projet. Dans la pièce, il représente à lui tout seul l’Européen frileux et soupçonneux. Dans la vie, il est l’ardent défenseur des migrants auprès de sa famille et de ses camarades de lycée.

Présentée pour la première fois à l’université d’été des Jeunes du Secours Catholique (Young Caritas), la pièce est née quelques semaines avant le démantèlement de la « jungle » de Calais. La troupe allait-elle exploser ? Le Secours Catholique a demandé à la préfecture de maintenir la cohésion du groupe. La préfète a accepté.

Hébergés à Croisilles, au sud est d’Arras, ils s’efforcent de s’intégrer au plus vite. Le 11 novembre, ils ont rendu hommage aux victimes d’une guerre qu’ils n’ont pas connue mais qu’ils imaginent plus facilement que d’autres.

Ils ne cherchent plus à passer en Angleterre. « Nous voulons rester en France, disent-ils, pour faire ce que nous ne pouvions pas faire dans notre pays : des études et vivre librement. »

* Pour des raisons de sécurité, le nom des personnes migrantes n'est pas précisé.
 

Le chant d'Omar

Mercredi 16 novembre, deux acteurs de la pièce, Omar et Altaeeb, étaient invités avec Laura Clauzel, comédienne professionnelle qui a participé à la mise en scène, à l'émission Traffic de Radio Libertaire. Chanteur au Soudan, Omar a improvisé une chanson, accompagné par Laura. Extraits.

 
« To be or not », quand seize migrants de Calais montent sur scène
Omar chante accompagné par Laura sur Radio Libertaire
Jacques Duffaut
©Steven Wassenaar/Secours Catholique
Deux femmes discutent
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