Un Noël fraternel et solidaire

Un Noël fraternel et solidaire

Publié le 12/12/2016
 

Familles, personnes à la rue, personnes agées, détenues... À l'approche des festivités de fin d'année, le Secours Catholique-Caritas France se mobilise plus que jamais sur l'ensemble du territoire auprès des personnes les plus vulnérables et les plus isolées. Depuis le début du mois de décembre, des milliers de bénévoles organisent repas, soirées, visites à domicile, dans la rue, en prison... afin que chacun puisse vivre Noël dans la fraternité et le lien à l'autre. 

 

Une dimension spirituelle qui nous relie les uns aux autres

par Dominique fontaine, aumônier national du secours catholique-caritas France

 

Nous entrons dans le mois de Noël. Même dans des pays où il y a très peu de chrétiens, on va voir apparaître ici ou là des crèches. Depuis saint François d’Assise, la crèche fait partie du patrimoine de l’humanité. De son patrimoine culturel, certes, mais d’abord de son patrimoine spirituel.

Cette année encore, la crèche va toucher le cœur de millions de personnes, bien au-delà des cercles chrétiens. Un nouveau-né couché dans une mangeoire, entouré de bergers, et qui va changer le monde, vous vous rendez compte ! Un bébé pauvre qui naît au milieu des pauvres et des exclus… Nous sommes loin des palais du pouvoir, de la consommation ou de la finance.

Au Secours Catholique, nous découvrons chaque année combien la crèche de Noël est chère aux plus pauvres. Elle leur parle du sens de la vie, de la dimension spirituelle de l’existence, qui leur permet de tenir dans les épreuves de la vie, de retrouver le courage de vivre, d’aimer, voire de pardonner. Et de découvrir la joie de la rencontre dans la simplicité.
 

Les pauvres et les souffrants sont témoins qu’il faut d’urgence remettre la spiritualité au centre de la vie sociale.

 

Parmi les membres du Secours Catholique qui vont rejoindre les personnes isolées au plus profond de nos campagnes, qui accompagnent ceux qui n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois, qui soutiennent les familles et les enfants fuyant la guerre et la violence, beaucoup disent combien ces rencontres les font grandir dans cette dimension spirituelle qui nous relie les uns aux autres. Les pauvres et les souffrants sont témoins qu’il faut d’urgence remettre la spiritualité au centre de la vie sociale.

La crèche de Noël est un symbole de ce changement auquel nous souhaitons contribuer, avec tous les hommes de bonne volonté. Comme nous l’avons écrit dans notre projet national pour les dix ans qui viennent : « Le Secours Catholique peut aider à la mobilisation des ressources spirituelles de tous, pauvres et riches, croyants ou non, en vue de la transformation de la société. »

À vous toutes et tous, joyeux Noël… devant la crèche avec l’Enfant Jésus, Marie, Joseph et les bergers !

 
Un Noël fraternel et solidaire

Repas de Noël partagé, à Paris

 

Réveillon en Champagne : « Personne n'est laissé au bord du chemin »

Par Natacha Stévenne, responsable de Rév'En'Sol, du comité Aube en Champagne sud

« Depuis onze ans, je passe le réveillon du 24 décembre aux côtés d'une centaine de ceux qui n'ont pas été épargnés par les difficultés de la vie. Sans ce réveillon, précarité et solitude feraient le menu de leur fête.

Aussi, pour que cette soirée s'inscrive dans la magie de Noël et dans un grand moment de fraternité, avec une vingtaine d'autres bénévoles, nous mobilisons toute notre énergie. Quatre mois avant Noël, nous formons notre équipe. Des rencontres toutes les trois semaines dès septembre établissent la responsabilité de chacun dans la chaîne de l'organisation et de la solidarité.

élan de solidarité

Rien n'est laissé au hasard. De la préparation du repas de fête à l'animation, en passant par la cuisine et le service à table, puis le covoiturage pour reconduire à leur domicile tous ceux qui sont trop éloignés pour rentrer à pied, tout est débattu entre nous.

Les bénévoles comme les convives, toutes générations confondues, sont des "habitués" venus de Troyes et ses environs, auxquels se joignent chaque année des "nouveaux" qui auraient été seuls ce soir-là.

Les commerçants se sentent concernés par cet élan de solidarité. Chaque année, traiteur et pâtissier manifestent leur générosité, ce qui soulage le budget de l'équipe ; d'autres "sponsors" offrent les cadeaux.

Depuis deux ans, en assumant la responsabilité de Rév'En'Sol, je m'associe au "rêve" de beaucoup : celui de vivre dans un monde plus juste, plus fraternel, où personne n'est laissé sur le bord du chemin. » 

 

Avec les sans-abris : « J'ai l'impression d'être au bon endroit, au bon moment »

Par Aude Couturier, animatrice des activités de rue à Paris

« Cette année encore, la nuit de Noël, nous irons en voiture à la rencontre des gens qui vivent à la rue. Nous le faisons avec nos équipes de bénévoles toute l'année, mais c'est important d'être aussi présent ce soir-là.

Certaines personnes qui vivent dehors n'ont pas envie de rejoindre les accueils le soir de Noël, ça leur rappelle des mauvais souvenirs, mais du coup, ils sont contents de recevoir notre « visite ». On vadrouille dans Paris et on s'arrête dès qu’on voit une personne installée dans la rue.

 

Nous leur offrons notre écoute et de la chaleur humaine

 

On voit à la fois des habitués et d'autres inconnus. Nous venons avec notre oreille : nous leur offrons notre écoute et de la chaleur humaine. Nous apportons aussi des chocolats ou des gâteaux et viennoiseries offerts par des boulangeries.

Les gens sont touchés qu’on vienne fêter Noël avec eux ! On ne compte pas notre temps. L'an dernier on a par exemple passé une heure avec Philippe au pied du Panthéon. On a aussi partagé une galette des rois avec un groupe et c'était drôle d'avoir des couronnes sur la tête le soir de Noël !

On est là pour la rencontre. J'ai l'impression d'être au bon endroit au bon moment.

Il faut aussi noter que le 25 décembre, de 10 heures à 16 heures, nous organisons un buffet de Noël pour les personnes à la rue à la paroisse Notre-Dame de Clignancourt. Il y a aussi un bal populaire après le repas. On vit de belles choses. »

 

« Quelles que soient la nationalité et la religion de chacun, nous partageons ensemble la joie de Noël »

Par Sœur Monique de la Congrégation de Sœurs de la Croix, en mission auprès de Caritas Alsace

« Avec deux autres sœurs de la congrégation et l'équipe de bénévoles de la "maison" vosgienne Air et vie de Caritas Alsace, nous accueillons tout au long de l'année des personnes qui ont “besoin de souffler”. Pour la troisième année, nous y organisons un "Noël solidaire".

Les "invités" arrivent dès le 23 décembre. Il s’agit de familles d'exilés, de mères seules, de personnes isolées, handicapées…, soutenues par les équipes de Strasbourg et de Mulhouse. L'année dernière, nous avons ainsi accueilli un couple de réfugiés irakiens avec ses trois enfants.

Jusqu'au 25 décembre au matin, quelles que soient la nationalité et la religion de chacun, nous partageons ensemble la joie de Noël, dans la solidarité et la sérénité. Tout le monde est associé aux préparatifs de la fête. Certains décorent le sapin et les tables du réveillon, d’autres préparent une spécialité culinaire de leur pays pour l'apéritif.

 

Partager la richesse des récits avec des exilés qui sont heureux de vivre enfin dans un pays de liberté

 

Avant le repas de fête, nous proposons aux enfants un temps de partage à la chapelle pour mieux comprendre Noël. Tous, adultes comme enfants, sont invités à partager la prière de leur pays dans une grande liberté. Chants, danses, distribution de cadeaux rythment la soirée qui se termine pour ceux qui le souhaitent à la messe de minuit.

Ce rendez-vous de Noël est pour moi, comme pour l'équipe, l'occasion d'un grand bonheur, celui de partager la richesse des récits, des souvenirs, « des leçons de vie qui font réfléchir » avec ceux des plus fragiles, des exilés, si joyeux, qui ne possèdent rien mais sont si heureux de vivre enfin dans un pays de liberté. »

 
Un Noël fraternel et solidaire
Un choeur de jeunes filles dans l'église de Bahmo, en Birmanie
 

En Birmanie, Noël auprès des déplacés

Depuis la rupture du cessez-le-feu en 2011 entre la Tatmadaw (armée birmane) et l’armée d’indépendance kachin (KIA), le père Paul, directeur de Caritas Bahmo (Myanmar) avait pris l’habitude d’organiser des messes de Noël pour les personnes déplacées par le conflit. Mais, « cette année nous serons obligés d’être encore plus discrets, dit-il ; nous organiserons de petites célébrations dans chaque camp de déplacés.»

Malgré l’arrivée au pouvoir du parti d’Aung San Suu Kyi, fin 2015, la situation ne s’est pas améliorée dans l’Etat Kachin, au nord est de l’ancienne Birmanie, où la population est à majorité chrétienne (3/4 baptiste, ¼ catholique). « Cela fait six ans que nous nous restreignons, dit le père Paul, mais cette année, c’est pire. Circuler sur les routes est devenu très dangereux. »

Le parti nouvellement aux affaires n’a aucune autorité sur l’armée (qui conserve une minorité de blocage au parlement). « Le pouvoir en place n’arrive pas à arrêter la guerre. »

Messe de minuit avec un choeur de jeunes

L’aide alimentaire des Caritas locales auprès des camps de déplacés est, elle aussi, restreinte voire impossible à acheminer. De nombreux camps de déplacés souffrent de pénurie alimentaire. Le père Paul observe, désarmé, que de nombreux déplacés se risquent à fuir le pays et passent la frontière chinoise.

Malgré ces conditions, le père Paul célèbrera une messe de minuit dans la grande église de sa paroisse, à Bahmo, avec un chœur de jeunes garçons et filles ainsi qu’un spectacle. Par mesure de sécurité, les déplacés n’y assisteront pas mais ils seront au centre de toutes les prières.

 

Au Mali, les jeunes aux côtés des plus pauvres

Par Théodore Togo, secrétaire général de Caritas Mali

« À Bamako, les jeunes des mouvements catholiques sont actifs dans les 11 paroisses. Nous avons eu l'idée de travailler avec eux en leur donnant un coup de pouce financier.

Nous allons nous réunir et décider ensemble quelles personnes ils visiteront à la veille de Noël les 23 et 24 décembre. L'idée est d'aider les plus démunis et de leur offrir des temps de convivialité.

Les jeunes iront ainsi voir des enfants des rues, des femmes seules, des prisonniers et des malades dans les hôpitaux. Outre ce temps de partage, ils leur apporteront des vêtements, du savon et des bons plats préparés auparavant.

Car Noël, c'est la fête de tout le monde, même des plus pauvres et même au Mali, un pays majoritairement musulman. »

 

En Turquie, une prière pour les migrants

Chaque année depuis 5 ans, une cérémonie est organisée par l’Église catholique avec la Caritas turque et d’autres associations. Cette « prière de solidarité pour les migrants » a lieu à l’église syrienne catholique d’Istanbul.

Ce temps spirituel manifeste l’unité du petit groupe de chrétiens présent en Turquie, aux sensibilités religieuses diverses (catholiques romains, membres de l’Eglise catholique syriaque, de l’Église catholique chaldéenne…) et aux origines géographiques variées (Syrie, République démocratique du Congo, Irak…). Ce temps est aussi une « journée du souvenir » : ici beaucoup de chrétiens sont des migrants.

Durant la cérémonie, des prières et des psaumes sont prononcés ou chantés en anglais, arménien, turc, ou grec, mais aussi dans les langues des étrangers : arabe, lingala, swahili… Congolais, Syriens, Irakiens, Turcs… chantent à l’unisson « Douce nuit, sainte nuit ».

Marie-Hélene Content, Yves Casalis, Jacques Dufaut, Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photos : ©Patrick Delapierre, ©Xavier Schwebel, ©Elodie Perriot, ©Christophe Hargoues / Secours Catholique
portrait de famille
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