Les barreaux d'une prison donnant sur un espace vert

Prisons et personnes détenues

 

Aumônier des prisonniers de guerre avant de fonder le Secours Catholique, Mgr Jean Rodhain a toujours soutenu les personnes incarcérées.

Autre forme de pauvreté, la privation de liberté reste une préoccupation majeure de l’association dans sa défense des droits humains en prison, dans son aide à la réinsertion et dans son implication auprès des pouvoirs publics pour faire progresser la législation pénale.

Chaque année, plusieurs milliers de personnes détenues bénéficient de l’aide du Secours Catholique-Caritas France ; deux tiers des délégations locales de l'association interviennent dans les prisons présentes sur leurs territoires.

 

Pour de meilleures conditions de détention

Pour éviter l’isolement et la désocialisation de certaines personnes détenues, les bénévoles du Secours Catholique visitent les prisons, établissent des correspondances épistolaires, distribuent des colis à Noël et proposent des animations ponctuelles.

Sans correspondance,
j’ai un sentiment de manque.

L'évasion épistolaire d'un détenu en Moselle.

Face au dénuement matériel de nombreuses personnes incarcérées, le Secours Catholique apporte une aide financière ou vestimentaire.

Le Secours Catholique s’implique aussi, seul ou collectivement, en signalant, au Contrôleur général des lieux de privation de liberté ou par voie de presse, les dysfonctionnements qu’il constate au sein des établissements pénitentiers.

L’association est particulièrement vigilante quant aux impacts des réformes carcérales et judiciaires envisagées sur la situation concrète des plus vulnérables en détention, telles les personnes âgées, les personnes malades, les personnes illettrées, les personnes étrangères.

Le Secours Catholique aide les aumôniers et leurs collaborateurs dans leur tâche : maintenir une relation, coûte que coûte, avec les hommes et les femmes incarcérés et leur apporter un appui spirituel. Les aumôniers, eux, transmettent aux bénévoles de l’association les demandes des détenus et détaillent leur situation personnelle : dénuement, moral en berne, liens distendus avec leur famille…

 
Prisons et personnes détenues
Reportage

Un colis de Noël pour les détenus

 

Pour un maintien des liens familiaux

La privation de liberté affecte la vie de la famille toute entière. Considérant le maintien des liens familiaux comme étant une des clés de la réinsertion, le Secours Catholique s’engage aux côtés des personnes détenues et de leurs familles pour que leur droit de visite soit respecté et facilité.

Les familles se déplacent souvent de loin pour venir voir leur proche en détention. Des bénévoles du Secours Catholique les aident à organiser leurs trajets ou à trouver un hébergement temporaire sur place.

Puis, avant le parloir, l’attente au sein de la prison est parfois longue. Pour épauler les familles dans ces moments difficiles, des bénévoles de l’association les accueillent dans des lieux dédiés, à l’intérieur de la prison ou à proximité.

À Riom dans le Puy-de-Dôme, cela se fait dans une ancienne camionnette stationnée devant la prison. Autour d’un café et de jeux pour les enfants, les bénévoles prennent le temps d’écouter les peurs et d’apaiser les tensions avant la rencontre, à la fois attendue et redoutée.

 
Prisons et personnes détenues
Diaporama sonore

Corentin, 20 ans, bénévole auprès des familles de personnes détenues

 

Pour une meilleure réinsertion

Le Secours Catholique contribue à la réinsertion des personnes libérées avec ou sans aménagement de peine. Des équipes de bénévoles assurent une prise en charge des personnes très précaires à leur sortie. Elles les aident à trouver une solution d’hébergement et à satisfaire, en urgence, leurs besoins essentiels (manger, s’habiller…), puis les accompagnent pour qu’elles retrouvent leur autonomie en les épaulant dans l’accès à leurs droits (obtention de la carte d’identité, du RSA, accès à l’emploi…).

Pour favoriser la réinsertion et la sortie anticipée des personnes incarcérées, le Secours Catholique propose aussi des formations à la lecture, à l’écriture et au calcul.

Ceux qui finissent leur peine ont besoin d’un appui fraternel pour reprendre leur place dans la société.

Caroline, bénévole au "30", un accueil de personnes condamnées à la prison ferme à Strasbourg.

L’association « Lire pour en sortir », créée en juin 2014 et soutenue par le Secours Catholique, anime ainsi un programme de lecture. L’occasion pour les personnes détenues d’acquérir des savoirs de base et de développer un lien social à travers l’accompagnement du bénévole. La participation à ce programme, qui traduit un effort de réinsertion, peut permettre une réduction de peine.

Favorable à toutes les mesures pouvant favoriser la réinsertion, le Secours Catholique travaille en partenariat avec les services de la Justice et les autres services publics concernés, en lien avec les aumôneries et l'ensemble du tissu associatif local.

Les équipes du Secours Catholique peuvent accueillir, voire contribuer à l'hébergement des personnes bénéficiant d'un aménagement de peine (en libération conditionnelle, en placement extérieur, portant un bracelet électronique ...), ou exécutant une sanction en dehors de la prison : travail d'intérêt général, réparation pénale, stage de citoyenneté...

L'objectif est que la personne accompagnée vers la réinsertion retrouve une place citoyenne dans la communauté et devienne à terme autonome.

 

Contre la surpopulation carcérale et pour une meilleure réinsertion : des solutions alternatives

Le Secours Catholique appelle les chrétiens et les Français en général à changer de regard sur le milieu carcéral. Dans les délégations concernées, il invite le public à réfléchir sur la condition des prisonniers et sur les actions à mener auprès des personnes se trouvant en prison.

L’association agit aussi auprès des dirigeants politiques pour faire évoluer la politique pénale. Elle a été associée aux travaux du ministère de la Justice lors de la mise en chantier de sa réforme pénale de 2014 (loi Taubira sur la prévention de la récidive et l’individualisation des peines). La loi finalement votée ne répond que partiellement à ses demandes.

Le Secours Catholique milite avec d’autres associations pour une justice soucieuse de réduire la surpopulation carcérale et de réussir la réinsertion, notamment en développant les peines alternatives à l’incarcération.

On le voit dans les statistiques : les courtes peines, soit la majorité des peines prononcées, sont particulièrement « désinsérantes » et augmentent le risque de récidive, par rapport à une alternative bien cadrée avec le concours des associations.

Ce n’est pas en brisant les prisonniers que nous pourrons les aider à se réinsérer. Au contraire, c’est en les rendant plus adultes, plus responsables.

Jean-Marie Delarue, ancien contrôleur général des lieux de privation de liberté.

Ainsi, plutôt que la construction de nouvelles places de prison, qui coûtent très cher à construire et à faire fonctionner, le Secours Catholique défend l'idée d'utiliser davantage les sanctions alternatives à la détention.

Il demande par ailleurs à l'administration pénitentiaire l'instauration d'un statut d' « intervenant associatif extérieur ». L'idée est de faciliter aux acteurs associatifs l'accès aux personnes détenues, à la fois pour contribuer à la préparation à la sortie, mais aussi pour des activités conviviales en détention.

Tous les ans, enfin, l'association participe fin novembre aux Journées Nationales Prison où elle plaide pour qu’émerge en prison un véritable droit d’expression pour les personnes détenues.

 

À l’international

Dans de nombreux pays, les conditions déplorables de détention - la surpopulation, les violences multiples, le manque de formations et l’absence de toute politique de réinsertion - nient à la fois la dignité humaine et la possibilité d’envisager un avenir après la prison.

En lien étroit avec ses partenaires étrangers, et notamment les Caritas des pays de l’Est (Russie, Ukraine, Kirghizstan, Albanie, Kosovo), le Secours Catholique dénonce les conditions de détention et intervient auprès de nombreux gouvernements pour une refonte de leurs politiques pénales, notamment celles des mineurs.

En Mauritanie, la Caritas, soutenue par le Secours Catholique-Caritas France, assure un accompagnement social et psychologique des personnes détenues, dans les villes de Nouakchott et Aleg. Elle leur propose des formations (cours de langues, alphabétisation, informatique, électricité…) et un suivi juridique.

Crédits photos : © Élodie Perriot / Secours Catholique © Gaël Kerbaol / Secours Catholique
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