Alexandre, bénévole : « Je sais ce que les personnes à la rue vivent, j’étais à leur place »

Haute-Garonne
Chapô
Bénévole responsable de l’équipe de tournées de rue du Secours Catholique à Toulouse, Alexandre, 38 ans, est un ancien sans-abri. Tout en se reconstruisant, il s’investit pleinement auprès des personnes à la rue.
Paragraphes de contenu
Texte
ostalada
Alexandre se prépare à aller en "maraude", à L'Ostalada, un accueil de jour du Secours Catholique à Toulouse. 

« J’ai dormi à la rue une première fois en 2013 pendant deux mois. C’est à ce moment-là que j’ai connu le 115 et le principe des "maraudes". Le fait de discuter avec des "maraudeurs" a été utile pour moi alors j’ai décidé d’en faire à mon tour. Depuis, je participe à des "maraudes".

Je me suis retrouvé sans-abri pour la deuxième fois en octobre 2022. Je dormais dans ma voiture. Je venais quasiment tous les matins à L’Ostalada prendre un petit-déjeuner et j’ai fini par y rester. C’est de là que j’ai commencé à me reconstruire : j’ai trouvé une place dans un foyer, puis un logement. J’ai aussi retrouvé du travail, je suis mécanicien. Aujourd’hui, je travaille à mon compte.

En même temps, je file un coup de main à L’Ostalada. Je viens à l’accueil de jour le matin pour le service du petit-déjeuner. Je gère également les livraisons de la Banque alimentaire, je trie les stocks. Je suis présent à quasiment toutes les "maraudes". Les tournées de rue ont lieu à Toulouse et ses alentours quatre soirs par semaine.

Les "maraudes", c'est surtout un moment pour créer du lien. 

C’est surtout un moment pour créer du lien avec des personnes à la rue dans le but de les revoir et de les accompagner. En général, on sert de premier contact. On est là pour les aiguiller vers les bonnes structures, les interlocuteurs adéquats en fonction de leur situation. Et si je n’ai pas de réponse à leur apporter, je peux m’appuyer sur le guide d’urgence réalisé par le Samu social.

Beaucoup passent devant les personnes à la rue sans un regard, sans leur dire bonjour. On est souvent les seuls à qui ils peuvent parler. Dans la rue, on rencontre aussi des personnes réfractaires ou méfiantes, soit parce qu’elles n’ont pas l’habitude d’être abordées soit parce qu’elles ont été déçues par le passé. Dans ce cas-là, il faut parfois insister. Petit à petit, à force de nous revoir, elles finissent par s’ouvrir un peu.

Le fait d’avoir moi-même vécu à la rue, on en parle. Ça change nos rapports aussi. Je sais où ils en sont, je sais ce qu’ils traversent parce que j’étais à leur place il y a quelques mois. Je sais comment les aborder, quelle posture prendre. Par exemple, quand ils sont assis par terre, je me mets accroupi pour être à leur hauteur, pour les regarder dans les yeux et ne pas leur donner l’impression que je suis au-dessus d’eux.

Quand on ne voit plus les personnes qu’on avait l’habitude de rencontrer en "maraude", on se dit qu’elles s’en sont peut-être sorties. C’est difficile de garde le lien. Une fois, j’ai revu une personne rencontrée pendant une tournée de rue, il m’a dit qu’il avait retrouvé un logement et du travail. Ça m’a rendu heureux. »

Lire aussi notre reportage : À la rencontre des personnes sans-abris à Toulouse

Crédits
Nom(s)
Djamila Ould Khettab
Fonction(s)
Journaliste
Nom(s)
Eléonore Henry de Frahan
Fonction(s)
Photographe
Pour rester informé(e)
je m'abonne à la newsletter