Élections au Mali : dans la peau d'un observateur

Publié le 12/12/2016
Mali
Élections au Mali : dans la peau d'un observateur
 

Le 20 novembre 2016, les Maliens étaient appelés aux urnes pour élire leurs maires. Des élections plusieurs fois reportées depuis la crise de 2012, en raison de l'insécurité qui sévit dans le pays. Notre journaliste Cécile Leclerc-Laurent a participé à la mission d'observation électorale organisée par Caritas Mali. Elle raconte.

 

Dimanche matin, 8h. Quelque 80 bureaux de vote ont été installés dans l'école Aminata Diop de la commune IV de Bamako. Le bureau n° 67 est l'un de ceux érigés dans la cour, sous des bâches protégeant du soleil. Casquette et tee-shirt “Caritas Mali”, badge officiel de la Céni (Commission électorale nationale indépendante), me voici observatrice des élections.

À mes côtés, un président et quatre assesseurs, ainsi qu'un délégué de la Céni et des délégués des partis politiques. L'urne en plastique est scellée sous mes yeux. Elle est vide. Un assesseur affiche les listes électorales comportant une photo pour chaque électeur, et prépare l'encre qui servira à faire émarger les électeurs avec l'index, dans ce pays où 70% de la population est analphabète. À 8h10, le bureau ouvre officiellement.

 

Les observateurs indépendants permettent d'éviter les magouilles et les scandales.

Keïta, une électrice

 

Caritas Mali a déployé 428 observateurs (dont 71 superviseurs) dans les 21 000 bureaux de vote du pays. L'ONG est même présente dans certaines régions à risques du nord. Déjà, en 2013, lors des précédentes élections présidentielle et législatives, Caritas avait observé les scrutins. Depuis plusieurs semaines, grâce au soutien d’universitaires, elle forme des volontaires à l'observation d'un scrutin libre et transparent.

Ainsi, un formulaire précis m'a été remis : les bureaux de vote ont-ils ouvert à l'heure ? Manque-t-il du matériel électoral ? Le dépouillement se déroule-t-il sans fraudes ? Dans le bureau n° 30, Toussaint assume son rôle avec sérieux. Il m'explique avoir vérifié que l'isoloir était bien placé dans un lieu confiné, et regardé chaque fois qu'un électeur votait qu'il ne glissait bien qu'un seul bulletin dans l'urne. Il note aussi dans son rapport avoir observé des délégués de certains partis faire pression sur des électeurs dans la cour de l'école.

Déjà observateur en 2013, il est convaincu que la présence de Caritas contraint les présidents et assesseurs des bureaux à faire en sorte que tout se passe correctement. C'est aussi l'avis de Keïta, électrice d'une cinquantaine d'années : « Les observateurs indépendants permettent d'éviter les magouilles et les scandales. » « Il en faudrait d'ailleurs plus », renchérit Youndoussou, un électeur.

 

campagne de sensibilisation

À 12h, le siège de Caritas bat son plein. Les organisateurs reçoivent des SMS avec des comptes-rendus de tout le Mali. On sait par exemple déjà que le taux de participation est plutôt élevé à Gao, ou encore que les électeurs se plaignent d'une mauvaise organisation à Medinakoura dans la commune II de Bamako.

Théodore Togo, secrétaire général de Caritas Mali, se félicite : « En observant ces élections communales, on montre à la population qu'elle doit être actrice de la construction démocratique. » Et pour cause, les observateurs étaient aussi, ces dernières semaines, des sensibilisateurs. Ils ont parcouru les marchés du pays afin d'expliquer le rôle d'un maire au Mali et de sensibiliser à l'importance de ces élections. Un petit guide a même été rédigé avec un comité d'experts.

Parmi eux, Yoro Dabo, professeur spécialiste de la gouvernance : « Il est important d'impliquer les citoyens pour qu'ils soient conscients de leur développement. Un maire a en charge la gestion de l'eau, les écoles, la sécurité, ce n'est pas rien. »

18 h. Il fait nuit. Les bureaux de vote ferment. Dans le bureau 67, les assesseurs dépouillent les bulletins à la lumière de torches. Je vérifie que le nombre d'électeurs ayant émargé correspond au nombre de bulletins. Au siège de la Caritas, les superviseurs compilent les rapports des observateurs et rédigent des comptes rendus assortis de recommandations à la Céni et aux partis politiques.

 

La lutte contre la pauvreté a besoin de la démocratie.

Théodore Togo, secrétaire général de Caritas Mali

 

Deux jours plus tard, Caritas publie une déclaration. Elle se félicite de la bonne tenue générale du scrutin mais déplore certains cafouillages (ouverture tardive de bureaux, enlèvement de matériel électoral dans le nord) et un taux de participation relativement faible (autour de 30 % selon la presse). Début décembre, elle remet une série de recommandations à la Céni en vue des prochaines élections.

Issaga Kampo, premier vice-président de la Céni, estime que la mission de Caritas « aide à la tenue d'élections libres et transparentes et améliore la qualité du processus électoral ». Caritas Mali compte en tout cas ne pas s'arrêter là : « La lutte contre la pauvreté a besoin de la démocratie, estime Théodore Togo, seule une bonne gouvernance permet le développement des communautés. »

 

Veiller à la tenue d'un scrutin démocratique

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Cécile Leclerc-Laurent
Crédit photos : @Xavier Schwebel / Secours-Catholique
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