Jean-Marie Delarue : « Actuellement, la sortie de prison facilite la récidive »

Publié le 16/09/2014
 

Jean-Marie Delarue a été contrôleur général des lieux de privation de liberté durant six ans, jusqu’au 13 juin dernier. Il a cédé la place à Adeline Hazan, nommée à cette fonction le 17 juillet. Il nous livre son analyse concernant la mission de réinsertion de la prison aujourd’hui.

Pensez-vous que la réforme pénale va permettre d’assurer une meilleure réinsertion des personnes sortant de prison ?

La réinsertion comporte deux aspects principaux. Le premier est de mieux organiser l’après-sortie de prison. Et c’est l’un des objectifs de la loi (au moment où cet article est rédigé en juin, ndlr). Par exemple, en prévoyant un rendez-vous obligatoire aux deux tiers de la peine entre le condamné et le juge d’application des peines, on se met en mesure de mieux définir avec l’intéressé les conditions de sa sortie.

En revanche, je ne crois pas que le projet aille assez loin sur le deuxième aspect de la réinsertion, c’est-à-dire l’exécution de la peine proprement dite. Au cours de celle-ci, les personnes sont complètement infantilisées. Ce n’est pas en brisant les prisonniers que nous pourrons les aider à se réinsérer. Au contraire, c’est en les rendant plus adultes, plus responsables. Le projet de loi ne s’inquiète pas de ces conditions de vie carcérale, pourtant essentielles à la préparation de la réinsertion.

Quelles sont vos préconisations pour mieux accompagner les sortants de prison ?

Il faut rendre la prison responsable de ce que deviennent ses pensionnaires. Aujourd’hui, elle n’existe que pour les conserver sous clé et, à leur sortie, elle n’est plus responsable d’eux.

Par ailleurs, il me semble essentiel de progresser dans la communication de l’univers carcéral avec l’extérieur. La prison est une rupture. Le détenu rompt avec ses proches, avec son travail, avec sa vie quotidienne. Bien entendu, on ne conçoit pas une prison qui ne conduirait pas à ces ruptures. Je propose, entre autres, qu’un entretien avec les proches du condamné soit prévu le jour de son incarcération, afin de mieux le connaître et de savoir ce qu’il faut faire à son égard. La deuxième mesure proposée à ce sujet est l’installation d’Internet en détention, évidemment contrôlé.

Enfin, j’insiste sur l’importance de prendre au sérieux les personnes qui sont en détention. Nous devons faire attention à l’expression des détenus, individuelle et collective.

Ne croyez-vous pas que parallèlement à la réforme pénale, tout un travail de pédagogie devrait être mené auprès des Français pour qu’ils comprennent la réalité de leur système pénal et carcéral ?

Je crois en effet qu’il faut que les citoyens aient une vision juste de la population carcérale. On s’emploie à faire croire que la prison est le lieu de gens extrêmement dangereux. Oui, il y a ce type de personnes en détention, mais de façon très minoritaire. Sur 68 600 détenus, 2 000 sont condamnés à de très longues peines. La durée moyenne d’un emprisonnement aujourd’hui est de onze mois.

Cela signifie que la plupart des détenus sont en prison pour des faits certes condamnables, mais incomparablement moins graves qu’un homicide ou un viol. Par ailleurs, la population qui se trouve en prison est aussi celle qui est la plus pauvre de notre société.

Enfin, je crois qu’il est indispensable de convaincre l’opinion publique du fait que lorsque les gens sont mal préparés à leur sortie de prison, on facilite les risques de récidive. Les conditions de vie carcérale y contribuent. La sortie de prison telle qu’elle est aujourd’hui facilite la récidive.

Notes:

[1] Il a cédé la place à Adeline Hazan, nommée à cette fonction le 17 juillet 2014.

Clémence Véran-Richard
© CGLPL
Les barreaux d'une prison donnant sur un espace vert
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