Soutenir les familles face à la précarité

Publié le 06/01/2014
France
Soutenir les familles face à la précarité
 

Terreau propice à l’apprentissage de la vie en société, la cellule familiale, quand elle ne se replie pas sur elle-même, permet l’épanouissement de chacun et participe, grâce aux solidarités internes, à la lutte contre la pauvreté.

Il y a cinq ans, le Secours Catholique a mené, à l’occasion de son rapport statistique, une grande enquête auprès de 1 000 parents et de 600 enfants, parmi les 390 000 familles qu’il avait accueillies. Son objectif était de montrer les conséquences de la pauvreté sur la famille. Le résultat fut frappant : sur-responsabilisation des enfants, isolement, amoindrissement de la confiance… Confirmation était donnée que la famille, en tant que structure humaine, est souvent touchée de plein fouet par la précarité.

De fait, les ruptures familiales sont le lot de nombreux parcours de précarité. Cette réalité peut mener les parents à développer des stratégies de repli sur leurs enfants. « Les familles sont souvent obnubilées par l’idée qu’on va leur retirer leurs petits », constate Brigitte Bureau, assistante sociale pour ATD Quart-Monde. D’autres adoptent l’attitude inverse : les enfants deviennent ceux de tout le monde, passent de bras en bras, de maison en maison.

« Dans certaines familles, il n’y a plus d’intimité, note Pierre Davienne, de la communauté spirituelle du Sappel, dans l’Ain. Il est pourtant indispensable que les membres d’une famille puissent se retrouver, surtout s’il y a des enfants placés. Cette reconstruction des liens familiaux est rendue possible par l’accompagnement d’une famille plus large. »

Solidarités familiales

Ce même constat a amené, au Secours Catholique, une évolution dans la façon d’être au service des familles. « Depuis quelques années, nous en sommes venus à parler de “solidarités familiales” plutôt que d’“accompagnement des familles” », explique Brigitte Alsberge, responsable de département de l’association. Ce changement révèle l’importance de la famille dans le processus de socialisation. Creuset des apprentissages élémentaires de la vie en société, elle est aussi le lieu d’apprentissage de l’ouverture vers l’extérieur.

« La fonction implicite de la famille est de préparer à articuler l’intime et le social, rappelle Jacques Arènes, psychologue et psychanalyste. La famille est faite pour être quittée. Mais, pour sortir du clan, il faut des armes, des connaissances, des réseaux. »

« La force de la famille vient de ce que la socialisation s’y opère au quotidien, dans les moindres recoins de l’esprit et du corps, estime Ana Perrin Heredia, chercheur en sociologie au CNRS, qui s’est penchée sur les stratégies de survie élaborées par les personnes en situation de précarité. On y apprend les compétences élémentaires, les stratégies et les astuces : faire les courses, la cuisine, compter… et, plus tard, éviter une situation de surendettement. »

Ces ressources sociales, combinées aux solidarités intra-familiales, sont autant d’outils pour compenser les difficultés. « Prenons le cas d’une femme qui garde les enfants de sa sœur, poursuit Ana Perrin Heredia. Sa sœur l’indemnise de quelques dizaines d’euros et l’emmène en voiture faire des courses dans les grandes surfaces. » Ces économies du quotidien générées par les solidarités informelles – en liquide, cadeaux, services – au sein des “maisonnées”, c’est-à-dire incluant également les échanges hors du toit familial, permettent au réseau familial d’affronter la précarité.

Interactions

Au-delà, les réseaux d’interconnaissance – voisinage, associations, paroisses – ouvrent la possibilité de tisser des “relations d’alliance”. L’enjeu consiste à établir des liens sains, dans la confiance et la réciprocité, pour accompagner chacun dans la restructuration de sa singularité.

« Du fait de notre parcours, ma vie familiale était éteinte. Avec mon mari, nous n’avions plus rien à échanger, raconte Sidiri Hajer, qui fréquente la Maison des familles de Grenoble. Le fait de pouvoir, le soir, lui raconter ma journée à la Maison des familles, de penser avec d’autres, m’a permis d’exister en tant que femme, pas seulement comme sa femme et la mère de notre enfant. »

Les liens avec l’extérieur nourrissent le cercle familial. Les enfants comme les parents ont besoin de dialoguer avec d’autres pour trouver des réponses. « Les familles en grande précarité sont très isolées, elles peinent à suivre la scolarité des enfants, n’ont pas accès au travail, sont regardées négativement. Ce n’est pas si simple de faire famille, reconnaît Brigitte Alsberge. C’est pourquoi il faut apprendre à poser un regard plus fraternel sur ce que font et essaient de faire les parents. Quoi qu’ils vivent, il y a une base de départ sur laquelle s’appuyer pour construire. »

 

Louis Guinamard
Crédits photos : ©Xavier Schwebel/Secours Catholique
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