Rencontre au col du Perthus des Caritas espagnole et française

70 ans : sur le sentier pyrénéen des migrants

Publié le 09/06/2016
Le Perthus
 

Dédiée aux migrants, une des marches d’anniversaire du Secours Catholique a emprunté, le 28 mai dernier, le chemin millénaire qui passe par Le Perthus et relie discrètement l’Espagne à la France.

Hautement symbolique, le chemin ! Emprunté par Hannibal, général carthaginois, en route pour assiéger Rome en 218 avant notre ère, « c’est le même que des Républicains espagnols ont suivi pour fuir la dictature franquiste lors de la “retirada“, explique Marc Lefèvre, président de la délégation du Secours Catholique d’Aude-Roussillon. Il est toujours fréquenté par les migrants d’Europe de l’Est qui vont récolter des oranges dans la région de Valence (Espagne). »

Ces derniers traversent la frontière par ce chemin, puis en rejoignent d’autres, en marge des grands axes, pour éviter la douane, les contrôles et les tracas de l’Administration. Dans l’autre sens, les migrants du Maghreb et d’Afrique sub-saharienne remontent ce chemin pour passer en France et rejoindre le nord de l’Europe.
 

La grande misère de ceux qui ont laissé leur pays pour arriver chez nous.


Ce samedi 28 mai, à 10 heures côté français, deux groupes de 25 marcheurs vont se succéder, à un quart d’heure d’intervalle, pour atteindre le col du Perthus. Depuis peu, il est bétonné pour faciliter l’accès rapide des pompiers en cas d’incendie. À part cette touche de modernité, la nature est belle. Les marcheurs traversent une magnifique forêt de chênes-liège qui rappelle la Corse.

Mado, bénévole de l’équipe de Sigean en charge de la boutique solidaire, trouve cette marche « très émouvante. Elle représente tellement de choses. Elle rappelle la grande misère de ceux qui ont laissé leur pays pour arriver chez nous. Je n’ai pas d’ascendants espagnols, mais l’histoire, on la connaît. »

Outre Pyrénées

Carmen et son mari Javier Badia sont, eux, nés Espagnols mais vivent depuis 40 ans à Perpignan. Carmen est bénévole depuis sept ans dans l’équipe sud de Perpignan où elle écoute et aide les personnes en difficulté. Par solidarité, Javier a suivi sa femme dans cette marche d’anniversaire. Le couple est mû par le plaisir d’aller à la rencontre de leurs compatriotes d'outre Pyrénées.
 

Nous nous considérons comme le fruit et la vitrine du Secours Catholique à l’international.


L’air est doux, le ciel recouvre la montagne de nuages brumisateurs, sans pleuvoir. Parmi les marcheurs, quatre Burkinabés, dont le père Adelphe Rouamba, secrétaire exécutif diocésain de l’Ocades (Caritas Burkina Faso). « Nous avons été invités par le Secours Catholique. L’Ocades a été créée il y a 18 ans et nous marchons sur les pas de Caritas France qui nous a appuyés à nos débuts. Depuis trois ans, nous entretenons un partenariat avec la délégation Aude-Roussillon. Pour nous, le Secours Catholique est un partenaire non seulement financier mais surtout technique, dans le développement socio-économique de nos populations. Nous nous considérons comme le fruit et la vitrine du Secours Catholique dans son action à l’international. »

Vaisseau de pierres fortifié par Vauban

Au col, des ruines attestent du contrôle romain sur la zone et, soudain, apparaît au loin le fort de Bellegarde. Dans la cour de cet immense vaisseau de pierres fortifié par Vauban au 17ème siècle, deux cents personnes, amenées là en autobus, attendent les marcheurs aux sons d’une batucada endiablée. Ensemble, ils pénètrent dans la cour herbeuse que balaie un vent printanier.

 

Enfants et adultes vont alors chanter, danser, se restaurer, jouer puis former un immense “70“ qu’un drone en surplomb immortalisera.
 

J’aimerais qu’il n’y ait plus de frontières


La délégation espagnole n’est pas très nombreuse. Mgr Pardo, évêque de Gérone, le regrette mais lui est heureux d’être de la fête : « J’aimerais qu’il n’y ait plus de frontières pour que la liberté d’aller et venir soit partagée par tous », proclame-t-il en espagnol en écartant les bras. Puis il évoque les liens tissés au fil des ans avec les membres du Secours Catholique de Perpignan : « Nous sommes totalement d’accord, en profonde communion. »

L’évêque de Carcassonne et de Narbonne est du même avis : « Entre la Caritas Gérone et notre délégation locale, il y a des liens forts depuis plusieurs années que nous souhaitons renforcer encore. » Mgr Planet estime que la situation du Centre d’accueil des demandeurs d’asile (CADA) de la région est « calamiteuse » et se console en soulignant « l’excellente pastorale des migrants » de son diocèse.

 

Entre les migrants d'hier et ceux d'aujourd'hui, il n'y a pas grande différence.

 

« Les migrants se comptent parmi les plus pauvres auxquels nous portons secours, mais c’est dans le milieu rural qu’on décèle l’enracinement d’une très grande pauvreté, ajoute l’évêque. Il y a tout un pan de la population, issue de la génération néo-rurale des années 1970, qui a mal vieilli et qui souffre aujourd’hui d’une très grande solitude. »

Ramon Barnera, directeur de Caritas Gérone, souligne les liens étroits entre ses services et la délégation d’Aude-Roussillon. « Nous nous réunissons une fois tous les trois ou quatre mois depuis huit ou neuf ans, dit-il, pour parler de l’immigration. En Espagne, l’Administration a besoin des associations caritatives pour travailler. C’est un peu différent chez vous. Mais l’aide que le Secours Catholique et la Caritas Gérone apportent aux migrants est la même. Ici, au Perthus, nous nous souvenons tous de l’Histoire, et de l’accueil fait aux réfugiés qui fuyaient le franquisme. Entre ceux-ci et ceux d’aujourd’hui, il n’y a pas une grande différence. »

Jacques Duffaut
© Jacques Duffaut - SC/Aude-Roussillon
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