À Bordeaux, les résidents d'un squat inquiets face au coronavirus

Publié le 03/04/2020
Bordeaux
À Bordeaux, les résidents d'un squat inquiets face au coronavirus
 

À Bordeaux, le Secours Catholique ravitaille, le temps du confinement, les résidents d'un squat, en produits alimentaires et sanitaires. Le but : leur permettre de ne pas sortir pour éviter au maximum l'introduction du coronavirus dans ce lieu où une quinzaine de personnes vivent dans une grande promiscuité et des conditions d'hygiène préoccupantes. 

Une heure et quinze minutes. Ce vendredi matin 3 avril, Emmanuel Delfino a battu un record personnel : celui du temps passé dans un supermarché. Dans une grande surface de la banlieue de Bordeaux, l’animateur du Secours Catholique, ganté et masqué, jongle entre deux Caddies remplis à ras bord.

« Je suis crevé », confie-t-il, en plaisantant. Il arrive enfin au bout de la longue liste de denrées alimentaires et de produits d’hygiène dressée par les résidents d’un squat du quartier Saint-Michel, à Bordeaux. Le lieu héberge une quinzaine de personnes sans ressources depuis le début duconfinement. « Ils ont alerté un de nos bénévoles, Gilles, qui les suit régulièrement. Ils n’avaient plus rien à manger », raconte Emmanuel.

promiscuité

Vu les conditions sanitaires du lieu et la promiscuité entre ses résidents, « si l’un d’eux attrape le coronavirus, la situation peut devenir très compliquée, explique l’animateur du Secours Catholique. C’est pour cela que nous avons convenu avec eux d’un ravitaillement à partir de leurs besoins, plutôt que de leur donner des chèques-services et qu’ils prennent des risques en sortant faire des courses. »

 

11h30. Emmanuel se gare devant le squat, rue Causserouge. L’immeuble est un bâtiment municipal désaffecté. Prévenu par Emmanuel de son arrivée, Souma, l’un des résidents, se présente sur le pas de la porte. Le déchargement peut commencer en respectant les distances et les gestes de sécurité.

Le lieu hébergeait jusqu’à il y a quinze jours une vingtaine de mineurs étrangers isolés. « La plupart d'entre eux n'avaient encore entamé aucune procédure auprès du Conseil départemental pour faire reconnaître leur minorité », explique Laure, bénévole de Médecins sans frontière (MSF) à Bordeaux. Alerté par MSF, le Département a sorti ces adolescents du squat et les a orientés vers des hôtels pour les protéger du coronavirus. 
 

Nous aussi, nous devrions être protégés. Nous sommes aussi des humains .

Naby.

Parmi les quinze personnes restantes rue Causserouge, la majorité sont des ressortissants d’Afrique de l’Ouest déboutés de leur demande d’asile. « Cela fait deux ans que nous vivons ici, sans papiers et donc sans possibilité de travailler », explique Naby, 26 ans, originaire, comme Souma, de Guinée.

En cette période de crise sanitaire, ils se sentent laissés pour compte. « Nous avons aidé les autorités en hébergeant des mineurs que nous accompagnions dans leurs démarches, en servant d’interprètes, en faisant le lien avec les avocats… », considèrent-ils. 

« Ils sont venus chercher les jeunes pour les mettre à l’abris, et nous, on nous laisse ici. Ce n’est pas normal », estime Souma, amer. « Pourquoi ne sommes-nous pas également hébergés ailleurs pour être protégés du virus ?, interroge Naby. Nous sommes aussi des humains. »

Les deux Guinéens sont anxieux, tout comme leurs proches, assurent-ils : « Au pays, nos parents s’inquiètent beaucoup. »

 

Pour limiter les risques de contamination, les résidents ont mis une distance d’un mètre cinquante entre les lits, le squat n’accueille plus de nouvelles personnes et il est demandé à chacun de ne pas sortir.

Mais cette dernière règle est dure à faire respecter par tout le monde. « Certains ne peuvent pas rester en place, regrette Naby. On a un gars qui a des problèmes d’alcool. L’alcool est interdit dans le squat, alors il sort en disant qu’il va acheter des cigarettes et il rentre à 22h. Que peut-on faire ? »

« Si au moins nous étions hébergés à deux ou trois, nous pourrions gérer, insiste Souma. Mais ici nous sommes quinze, avec une seule douche et un seul WC ! Si l’un de nous tombe malade, nous le serons tous. On préfère prévenir avant qu'il ne soit trop tard. »

Benjamin Sèze
Crédits photos : ©Sébastien Le Clézio / Secours Catholique
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