À Madagascar, une insécurité alimentaire chronique

À Madagascar, une insécurité alimentaire chronique

Publié le 15/06/2018
Madagascar
 

Depuis vingt ans, au sud de Madagascar, il ne pleut plus assez et les paysans n’ont plus de récoltes. Les Caritas locales et internationales tentent d’endiguer l'insécurité alimentaire qui s'installe durablement dans la région.

Mai 2018. Entre Fort-Dauphin et Tuléar, au sud de Madagascar, la saison des pluies vient de s’achever et l’eau manque déjà. Sur la piste défoncée qui relie le chef-lieu du district d’Amboasary à Tranomaro, le père Albano conduit son vieux 4x4.

Il voit défiler des forêts d’épineux, d’euphorbes et de cactus d’où émergent parfois d’énormes baobabs ; il croise quelques zébus en quête de pâture menés par des enfants d’âge scolaire. Le véhicule traverse le lit de rivières au fond duquel serpente un filet d’eau.

Sur le marché, l’offre est maigre

Immergé dans cette brousse hostile, le village de Tranomaro n’est qu’à 60 km d’Amboasary, à trois heures de piste en voiture. Ici, ni eau courante ni électricité. Un petit barrage construit sur la rivière forme un bassin qui tient lieu de lavoir et de bain public.

Au centre du village, un marché couvert. L’offre est maigre : quelques herbes pour agrémenter la soupe et des kilos de “raketas”, ces fruits qui mûrissent droit sur les “raquettes” rondes des figuiers de barbarie.

 

La sécheresse qui sévit depuis bientôt vingt ans est telle que ces cactus nourriciers ne prolifèrent plus. C’est ce que disent les villageois au père Albano. « À part vous, déclare l’un d’eux, personne ne nous vient en aide. »

Le père Albano, trentenaire énergique, a constitué une équipe Caritas. Dès que les réserves touchent à leur fin, Caritas achemine une aide alimentaire aux paroisses dont le père a la charge.

Delphine, paysanne d’une cinquantaine d’années, constate : « Cette année, je n’ai récolté qu’un sac de maïs sur mon champ. En 2001, j’en tirais dix charrettes. » Les autres cultures souffrent aussi.

 

Nous avons le choix entre boire l’eau infestée de la rivière ou mourir de soif.

Mme Sendra.

« Nous manquons d’eau ! » clame l’hôtelière du village, Mme Sendra. « De l’eau potable. L’eau de la rivière est infestée par la bilharziose. » Il s’agit d’une maladie parasitaire due à un ver. Beaucoup de villageois en sont atteints.

« Nous avons le choix, poursuit Mme Sendra, entre boire l’eau de la rivière ou mourir de soif. » L’eau potable se vend en bidons ou par citerne. En forte hausse, le bidon de 20 litres vaut désormais le prix d’un kilo de manioc sec, soit 2 000 ariarys (0,50 €). Une partie de la population se prive de nourriture pour pouvoir boire.

 

Dans d’autres villages autour d’Ambovombe, il existe des réservoirs bâtis sous la présidence Ratsiraka pour capter et stocker l’eau de pluie. En avril, ils étaient déjà vides. « Ils servent de citernes quand les paysans arrivent à faire venir 3 mètres cubes par camion-citerne », explique le père Aziz, récemment en charge de la paroisse d’Ambovombe.

Les journées ne sont plus qu’une quête incessante d’eau et de nourriture. « Les enfants n’ont plus la force de se rendre à l’école. Le ventre creux, ils ont du mal à se concentrer », déplore le catéchiste de Tranomaro.

racines et de “raketas”

Dans tous les villages, rares sont les adolescents qui accèdent à l’école secondaire. Pour gagner un peu d’argent, ils “font” du charbon de bois qu’ils vendent les jours de marché.

À Antsirafaly, village niché au pied de montagnes calcaires du sud de Tuléar, les villageois se nourrissent de racines et de “raketas”. Certains jeunes ont essayé de fabriquer de la chaux en chauffant du calcaire extrait des montagnes voisines. La qualité est médiocre et deux sacs de 50 kg ne leur rapportent pas même l’équivalent d’un euro.

 

Comment développer une région qui espère des cyclones pour avoir de la pluie ? Pourquoi ce pays qui ne connaît pas la guerre voit-il son niveau de vie régresser chaque année ?

Les gens du sud disent que Tananarive se désintéresse de leur sort. Le pouvoir politique, actuellement en campagne électorale, promet des adductions d’eau.

Sur place, les ONG suppléent la carence de l’État malgache. Depuis des années, la Caritas américaine ainsi que le Secours Catholique soutiennent Caritas Madagascar qui, grâce au réseau de l’Église et à ses prêtres, apporte son aide aux zones les plus isolées.

Jacques Duffaut
Crédits photos : © Sébastien Le Clézio / Secours Catholique
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