À Saint-Brieuc, une escale pour les familles

À Saint-Brieuc, une escale pour les familles

Publié le 30/10/2020
Saint-Brieuc
 

Depuis trois ans, le Secours Catholique de Saint-Brieuc gère un accueil de jour pour familles en difficulté. Cet accueil assuré par une équipe de bénévoles répond à l’urgence d’une population souvent migrante, privée de besoins fondamentaux. NDLR : Reportage réalisé avant la crise Covid-19. En cette période de reconfinement, le lieu réserve son ouverture aux services essentiels : l'accès aux douches et à la laverie.

Il est 9 heures au clocher de la Maison diocésaine de Saint-Brieuc que déjà quelques mamans et quelques couples entourés d’enfants s’engouffrent dans l’aile gauche de ce grand bâtiment art-déco en pierres grises. Nous sommes mercredi, un des quatre jours de la semaine où ils peuvent venir à l’Escale des familles, un accueil de jour pour enfants et parents en difficulté.

L’Escale des familles est un vaste appartement en rez-de-chaussée, composé de grandes pièces, dont une cuisine/salle à manger, ainsi que de plus petites qui servent de salle de repos, de bureaux et de buanderie/salle d’eau.

Un lieu où se ressourcer

L’endroit peut simultanément accueillir jusqu’à 50 personnes. Situé dans un quartier populaire où toutes les écoles alentour sont classées en Réseau d’éducation prioritaire, « l’Escale reçoit quelques familles françaises démunies mais principalement des familles étrangères, en majorité albanaises et géorgiennes, explique Danièle, qui vient tous les mardis participer bénévolement à la vie de l’accueil.

« Ici, c’est ouvert à tous. Au départ, quand ceux qui viennent poussent la porte, c’est par désespoir. On leur a indiqué l’endroit comme un lieu où se ressourcer. »

Seul accueil de jour à Saint-Brieuc pour familles à la rue ou vivant en chambre d’hôtel, « l’Escale offre aux enfants un grand espace de jeux bien équipé, indique Alice, jeune femme qui a choisi de faire ici son service civique. Quant aux parents ils trouvent ici la possibilité de cuisiner, de laver leur linge, de prendre une douche ou simplement de se reposer, ce qu’ils ne peuvent pas faire là où ils vivent. »

 

Cela me fait plaisir de voir mes enfants jouer, et cela me fait du bien de voir du monde.

un papa fréquentant l'Escale
 

« Nous venons de temps en temps pour manger », confie Maximo, Angolais d’une trentaine d’années. Le samedi à midi, l’Escale offre le repas à ceux qui viennent ; les autres jours, tous apportent ce qu’ils peuvent et cuisinent ensemble.

Assis sur un des canapés de l’entrée pendant que sa femme, congolaise, a rejoint d’autres femmes dans la cuisine, le dernier de leurs trois fils dans les bras, Maximo se distrait des va et vient des adultes et du jeu des enfants dans la pièce voisine.

« Moi, je travaille. Je ne viens pas aussi souvent que ma femme. Les enfants veulent tout le temps venir ici. Ils le réclament. Ils aiment jouer avec les autres enfants. Cela me fait plaisir de les voir jouer. Cela me fait du bien de voir du monde. »

cours de français

Rousso, Georgienne de 37 ans vient, elle, deux fois par semaine faire sa lessive et prendre une douche. Dans un français hésitant, Rousso explique qu’elle est à Saint-Brieuc depuis trois ans, ayant fui son pays pour des raisons familiales, politiques et sécuritaires. « C’est difficile à cause de la corruption », résume-t-elle.

Dans un coin de la pièce de jeux, Danièle donne à présent un cours de français à Yona, une Albanaise venue avec son mari et leur fils de deux ans. « J’étais enseignante avant d’être en retraite, dit Danièle. J’ai demandé à ce qu’on puisse faire un peu d’enseignement de français ici. Il y a des associations dans la ville qui donnent des cours de français, mais quand il y a des enfants petits, comme ici, les parents ne peuvent pas aller à ces cours. »

 

Ce mercredi de février 2020, alors que l’épidémie de coronavirus n’a pas encore confiné le pays, bénévoles, parents et enfants se mélangent dans ce havre de paix rempli d’ustensiles de cuisine et de jouets.

« Moi, je viens le mercredi parce qu’il y a beaucoup d’enfants. Vous savez, je suis père de six enfants, dont quatre adultes. Je suis même grand-père deux fois, revendique Laurent, fidèle bénévole de 54 ans, handicapé en fauteuil électrique, et excellent pâtissier. Ce matin j’ai fait deux gâteaux différents pour une quinzaine d’enfants. Ce n’est pas parce que je vis en fauteuil que je dois rester enfermé à la maison. Moi, avec mon fauteuil, j’amène un peu de folie. Je viens pour m’occuper et aider les autres. »

 

Les familles reviennent parce qu'elles se sentent bien ici !

Laurent, bénévole

Avec sa bonne humeur communicative, Laurent attire et fédère autour de lui mamans et enfants. Ouvertement athée, il respecte toutes les religions et tous les accueillis le respectent et admirent autant ses talents de cordon bleu que la manière dont il s’enquiert de la situation de chacun, de leur histoire.

« Dernièrement, nous avons eu trois bonnes nouvelles, lance-t-il à la cantonade. Trois familles ont été régularisées. On aurait pu croire qu’elles ne reviendraient plus ?  Mais si ! Elles reviennent parce qu’elles se sentent bien ici. »

 

Comme Laurent, une trentaine de bénévoles se partage l’animation des quatre journées d’ouverture hebdomadaire. « Confier un tel accueil à une équipe de bénévoles, il n’y a guère que le Secours Catholique qui sache faire, explique Annette Paous, l’animatrice du Secours Catholique en charge du territoire sur lequel se trouve l’Escale. C’est la raison pour laquelle le diocèse s’est adressé à nous. »

En arrivant au Secours Catholique, il y a six ans, Annette Paous a hérité du projet en gestation. « Le diocèse voulait implanter ici une action de solidarité qui réponde à un besoin du territoire et qui soit porté par un acteur de la société civile », se souvient-elle.

Elle rencontre alors les partenaires locaux et notamment l’association Adalea, structure de la ville en charge des questions d’urgence. Ensemble, ils constatent qu’il n’existe pas sur Saint-Brieuc de lieu d’accueil pour adultes avec enfants.

psychologue

Subventionnée par la Direction départementale de la cohésion sociale, et grâce aux financements trouvés par le siège national du Secours Catholique, l’Escale voit le jour en 2017. L’accueil bénéficie de l’intervention régulière d’une psychologue et d’un travailleur social et tourne plutôt bien grâce aux bénévoles.

Isabelle, bénévole depuis l’ouverture, joue aux cartes dans la grande salle avec trois enfants de 7 à 11 ans. Elle évoque la journée du samedi précédent, quand « une famille de Kosovars, un couple et ses trois enfants adolescents aux yeux hagards, est arrivée à l’Escale. Ils avaient faim, froid et besoin de se laver. Leur stress était perceptible. Nous les avons nourris, ils se sont lavés et reposés. La maman s’est endormie dans une petite pièce isolée, les enfants étaient contents d’être au chaud et de pouvoir jouer. »

Jacques Duffaut
© Gaël Kerbaol/Secours Catholique - Caritas France
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