À Toulouse, « un élan de solidarité extraordinaire » auprès des personnes à la rue

Publié le 25/03/2020
Occitanie
À Toulouse, « un élan de solidarité extraordinaire » auprès des personnes à la rue
Les petits-déjeuners du Raisin. Reportage photo antérieur à la crise sanitaire.
 

Distribution alimentaire et tournée de rue : à Toulouse, depuis le début de la crise sanitaire, le Secours Catholique est l’une des rares associations poursuivant son action auprès des personnes sans abri et sans ressources.

Une mobilisation quotidienne indispensable pour leur fournir de quoi se nourrir et repérer celles qui sont malades ou fragiles. Moyennant des adaptations, et le respect strict des consignes sanitaires.

Si nombre de bénévoles ont dû se mettre en retrait, à cause de leur âge ou de leur santé, l'équipe du Secours Catholique voit arriver de nouveaux volontaires.

« Les gens ont faim. Certains nous appellent au téléphone pour nous dire "on a peur, on n’ose pas sortir et on a faim". C’est la première fois que l’on entend répéter cette phrase », témoigne Marc Beauvais, président du Secours Catholique en Ariège-Garonne et bénévole sur le terrain à Toulouse. Il n’a pas hésité une seconde à s’impliquer fortement dans cette crise inédite : « Nous sommes dans une urgence sanitaire et alimentaire, une situation de catastrophe. »

À l’annonce du confinement, l’équipe toulousaine s’est rapidement organisée afin de continuer à venir en aide aux quelque 200 personnes en errance, migrantes ou non, sans ressources ou isolées qui, d’ordinaire, fréquentent l’accueil de jour L’Ostalada ainsi que les petits-déjeuners du chemin du Raisin.
 

Pour aller plus loin, notre reportage : « Vies de rue, envie d'en sortir »

L’Ostalada a fermé temporairement ses portes afin de ne pas exposer bénévoles et personnes accueillies. Les petits-déjeuners du Raisin, eux, se poursuivent, sur un site à l'air libre à l'arrière de la gare, mais sous une forme adaptée.

 

La personne arrive, se lave les mains au savon de Marseille. Elle prend un café, son colis, et repart.

Andrew Nguyen, coordinateur du pôle errance du Secours Catholique à Toulouse

Terminé le buffet copieux et chaud partagé sur place dans la convivialité. Désormais, pour parer l’urgence en respectant les gestes barrières et les distances minimales, cinq à six bénévoles accueillent les personnes une par une dans l’enceinte du site, chaque matin entre 7h et 9h.

Ils leur délivrent un panier repas froid, confectionné chaque après-midi à partir de produits fournis par la Banque alimentaire, et déposé sur un comptoir abrité. « La personne arrive, se lave les mains au savon de Marseille. Elle prend un café, son colis, et elle repart », explique Andrew Nguyen, coordinateur du pôle errance du Secours Catholique toulousain, qui a mis en place un protocole communiqué à l’ensemble des volontaires.

« Pendant que l’un récupère son colis, le suivant entre pour se laver les mains. Ça se passe bien. Tout le monde est conscient qu’il faut respecter ces règles. », poursuit le bénévole, ancien infirmier urgentiste, qui espère néanmoins l’arrivée prochaine d’équipements de protection, demandés auprès des autorités : masques, gants et gel hydroalcoolique.

 

Beaucoup se terrent dans leurs squats, leurs chambres d’hôtel, leurs abris. Ils ont peur de se déplacer.

Andrew Nguyen

Si tout est fait pour assurer dans de bonnes conditions une distribution alimentaire d’urgence, les bénévoles constatent que le nombre de personnes se présentant aux petits-déjeuners a fortement baissé.

« D’ordinaire, elles sont environ 150 à passer chaque matin. En ce moment, on en voit une cinquantaine seulement, parfois moins encore, relève Andrew Nguyen. Beaucoup se terrent dans leurs squats, leurs chambres d’hôtel, leurs abris. Elles ont peur de se déplacer car elles n’ont pas de formulaire d’autorisation de sortie et sont souvent sans papiers. »

Le Secours catholique d’Ariège-Garonne a ainsi demandé aux préfets que les associations puissent délivrer aux personnes qu’elles accompagnent un laisser-passer, de manière à ce que ces dernières puissent se rendre sans crainte jusqu’aux lieux de distribution alimentaire.

 
À Toulouse, « un élan de solidarité extraordinaire » auprès des personnes à la rue
Tournée de rue du Secours Catholique à Toulouse. Reportage photo antérieur à la crise sanitaire.
 

tournées de rue avec médecin du monde

En attendant, pour aller à leur rencontre et apporter le colis que certains n’osent pas venir chercher ainsi que des formulaires de circulation, les tournées de rue sont maintenues, cinq fois par semaine. Nouveauté : elles sont effectuées avec Médecin du monde, qui en assure le volet hygiène et santé.

« Nous partons à deux voitures, composées de deux binômes chacune. Le service de veille sociale de la Ville nous remonte les signalements en provenance du 115 », détaille Andrew Nguyen. Les bénévoles du Secours Catholique apportent des paniers repas, tandis que Médecin du Monde distribue des équipements de protection et repèrent les éventuels malades ou personnes à risques.

Mais là encore, le constat est le même : les sans-abris habituellement rencontrés lors de ces tournées se font très discrets. « On rencontre en revanche des personnes qui viennent d’arriver à Toulouse, note Marc Beauvais. La ville est connue pour son réseau associatif dense, et certaines personnes quittent sans doute les villes voisines qui ont mis en place des couvre-feux. »

 

Beaucoup de petites associations ont dû suspendre leurs activités. On mutualise nos forces au service du terrain.

Marc Beauvais, président du Secours Catholique en Ariège-Garonne

Pour permettre une continuité de la présence auprès des plus vulnérables, le Secours Catholique toulousain s'appuie sur toutes les bonnes volontés. « L’union fait la force, se félicite le président. Les bénévoles des petites associations qui ont dû suspendre leurs activités nous proposent leur aide. On mutualise nos forces au service du terrain ».

Chaque jour, pour assurer la distribution des paniers repas, leur confection et les tournées de rue, ce sont une quinzaine de bénévoles qui sont sollicités, dont beaucoup de personnes elles-mêmes en situation de précarité, qui tiennent à maintenir leur engagement.

un élan de solidarité

« Le planning est complet pour la semaine, indique Andrew Nguyen. Les bénévoles dont l’âge ou la santé ne permettent pas d’agir se sont mis en retrait. Mais on voit l’arrivée de nouveaux volontaires, notamment des étudiants qui n’ont plus cours et qui souhaitent se rendre utiles. Toute aide est précieuse ! »

« Il y a un élan de solidarité extraordinaire, renchérit Marc Beauvais, et une reconnaissance du rôle du Secours Catholique localement qui est très motivante pour nos équipes ! »

 

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Clarisse Briot
Crédits photos : ©Sébastien Le Clézio / Secours Catholique
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