Afrique : « Ça n’est pas le coronavirus qui va nous tuer, c’est la famine »

Publié le 23/11/2020
Centrafrique, Madagascar, Sénégal
Afrique : « Ça n’est pas le coronavirus qui va nous tuer, c’est la famine »
 

Jusqu’à présent, l’Afrique a plutôt été épargnée par la crise sanitaire du coronavirus. En revanche, le continent est fortement touché par les conséquences économiques et sociales de la crise. Chômage, perte de revenus, difficultés à se nourrir : aux quatre coins de l’Afrique, les habitants souffrent. Exemple en République Centrafricaine, à Madagascar et au Sénégal.

« Avec la crise du coronavirus, j’ai perdu mon contrat dans un cabinet d’études. Je me suis retrouvée sans salaire à devoir vendre des beignets à 4 heures du matin pour survivre », témoigne Jacky, jeune Sénégalaise de Dakar. En raison de la mise à l’arrêt de l’économie, des milliers d’Africains se sont en effet retrouvés au chômage. Et le secteur informel, qui représente dans nombre de pays africains plus de la moitié du PIB et fait vivre l’essentiel de la population, a particulièrement été touché.

« Les marchés étant fermés, les commerçants ne peuvent plus vendre. Comme les habitants n’achètent plus de meubles ou de quincaillerie, les artisans se retrouvent aussi sans revenus. Tous les petits métiers du secteur informel se sont retrouvés privés de ressources », explique l’abbé Alphonse Seck, secrétaire général de Caritas Sénégal (1).

« La fermeture des routes, liée aux restrictions de déplacements, a empêché l’écoulement des produits agricoles pour les marchés locaux, ce qui a causé beaucoup de pertes pour les éleveurs et les agriculteurs », poursuit Liantsoa Andrianavelomanana de la Caritas Antsirabe à Madagascar (1).

hausse des prix

S’ajoute à cette perte de revenus une hausse des prix des produits de première nécessité. « Avant la pandémie, un sac de haricots me coûtait 30 000 francs CFA auprès des fournisseurs. Maintenant je dois débourser 50 000 francs CFA pour le même sac », témoigne Christelle (2), une Centrafricaine.

Conséquence de la crise économique et sociale sans précédent : les Africains n’arrivent plus à s’acheter à manger et souffrent de la faim. « On ne mange pas bien à la maison », confie ainsi  Bryan, un enfant centrafricain. « On constate de sérieux problèmes d’alimentation ici ou là », confirme l’abbé Alphonse Seck de Caritas Sénégal. « Les Malgaches ont peur de mourir de faim et non du virus. Ils disent que ça n’est pas le coronavirus qui va les tuer, c’est la famine », rapporte Lucie, présidente de la Caritas locale de la paroisse Sainte Famille à Antsirabe, à Madagascar.

 

Je suis maintenant incapable de faire scolariser mes enfants. La misère nous envahit.

Simone, centrafricaine

Autre conséquence : les Africains ne peuvent plus payer les frais scolaires de leurs enfants et ont arrêté de les envoyer à l’école. « Je suis maintenant incapable de faire scolariser mes enfants. La misère nous envahit », déplore Simone (2), une autre Centrafricaine. « On a constaté un accroissement des enfants à la rue, qui se sont mis à faire du commerce ambulant en vendant de petites choses », note encore Liantsoa Andrianavelomanana à Madagascar. 

renoncement aux soins

Avec la perte de revenus, les Africains ont aussi renoncé à se soigner et on remarque ici ou là un accroissement d’autres pathologies comme le paludisme. « Mon frère est décédé suite à une intervention chirurgicale mal soignée du fait que tout le monde se préoccupe de la covid 19 », témoigne Christelle, en Centrafrique.

Avec cette chute des revenus, ces difficultés à se nourrir, à se soigner, à scolariser les enfants, le désespoir gagne les Africains et « on constate du coup une recrudescence flagrante de l’insécurité. Cela va des petits vols aux attaques en plein jour », déplore Liantsoa Andrianavelomanana de Caritas Antsirabe à Madagascar. 

aides financières et sensibilisation

Face à cet accroissement de la précarité, les partenaires du Secours Catholique agissent. À Madagascar, Caritas Antsirabe a distribué des produits de première nécessité comme du riz, et également des fournitures scolaires et des aides financières pour permettre la scolarisation des enfants.

Au Sénégal, Caritas a mis en place des transferts monétaires pour permettre aux habitants d’acheter à manger mais également des produits d’hygiène. « Ça ne sert à rien de demander aux Sénégalais de se laver les mains : on prêche dans le désert s’ils ne peuvent pas acheter de savon », explique l’abbé Seck. Enfin en RCA, ATD Quart-Monde (1) sensibilise les plus démunis aux gestes barrières, installe des lave-mains dans les quartiers, et apporte une aide financière personnalisée aux familles.

 

On était déjà pauvre avant, on l’est encore plus maintenant .

Liantsoa Andrianavelomanana, d'une Caritas de Madagascar

La pandémie menace la survie des familles fragiles et la vie devient de plus en plus difficile. « On était déjà pauvre avant, on l’est encore plus maintenant », résume Liantsoa Andrianavelomanana. Les Africains s’enfoncent dans la pauvreté, comme le formule Gertrude, en Centrafrique : « C’est comme si tu mettais le couteau dans une plaie qui n’est pas guérie. »

 

(1) Les associations citées sont des partenaires du Secours Catholique Caritas France
(2) Le prénom a été changé

Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photos : ©Maggie Andresen for CRS
Caritas Jerusalem en soutien à Gaza
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