Après les attentats de Conflans et de la basilique Notre Dame à Nice

Publié le 30/10/2020
France
Après les attentats de Conflans et de la basilique Notre Dame à Nice
 

Ne perdons ni le courage, ni la mesure ​

Faisons de la fraternité la clé de voûte de notre mobilisation

 

Nous sommes traversés d’effroi à la suite des attentats perpétrés dans la basilique Notre-Dame à Nice, quelques jours après l’assassinat de M. Samuel Paty à Conflans. Nos pensées et notre profonde compassion vont tout d’abord vers les victimes, vers leurs familles, vers leurs proches. 

Quels mots trouver face à une telle barbarie qui vise des femmes et des hommes au simple motif qu’elles enseignent ou qu’elles prient ; une barbarie qui vise les fondements de notre société : la liberté de croire et la liberté d’expression.

Après la première réaction de sidération, nous tenons à vous partager quelques mots : notre grande affliction, notre colère aussi, notre appel enfin à renforcer notre mobilisation pour la fraternité, en France et dans le monde.

Notre affliction

Notre affliction, car nous sommes toutes et tous profondément affectés et secoués par cet attentat qui va à l’encontre de tout ce qui nous réunit. Nous pensons aux victimes, bien évidemment. Nous pensons aussi à toutes celles et tous ceux qui, musulmans pratiquants ou de culture, se sentent humiliés de voir leur foi ainsi trahie et salie. Nous pensons aux communautés chrétiennes, notamment à Nice, qui se sentent menacées. Nous pensons encore à toutes les personnes croyantes, ou non croyantes qui agissent au sein des équipes du Secours Catholique, bénévoles et accueillies, dans la délégation de Nice et dans tous les autres territoires et régions. 

Soyons et restons unis et fidèles à ce que nous voulons être, chacune et chacun avec sa propre foi ou croyance : des bâtisseurs de fraternité ! 

 

Une sourde colère 

Nous ressentons aussi une sourde colère qu’il nous faut dépasser. Une colère contre cette idéologie qui, en faisant référence à une religion qu’elle trahit, en vient à appeler au meurtre, à la barbarie, à la perte de tout respect de la personne humaine.

Le Grand Imam d’Al-Azhar, Ahmed al Tayeb, et le Pape François dans leur document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune ont déclaré conjointement que « les religions n’incitent jamais à la guerre et ne sollicitent pas des sentiments de haine, d’hostilité, d’extrémisme, ni n’invitent à la violence ou à l’effusion de sang. Ces malheurs sont le fruit de la déviation des enseignements religieux, de l’usage politique des religions et aussi des interprétations de groupes d’hommes de religion qui ont abusé – à certaines phases de l’histoire – de l’influence du sentiment religieux sur les cœurs des hommes pour les conduire à accomplir ce qui n’a rien à voir avec la vérité de la religion […] ».

Nous sommes inquiets de constater la capacité d’influence de cette idéologie et pensons à toutes celles et tous ceux qui, cherchant une place ou un sens à leur vie, pourraient se sentir attirés. Comment réparer la société et les esprits, pour éviter qu’ils et elles ne sentent proches, tolèrent voire adhèrent à cet obscurantisme fanatique ?

Ces questions sont celles de toute la société, et doivent aussi être les nôtres. Personne n’a de réponse toute faite. Et nous mesurons le danger de solutions simplistes qui pourraient faire fi de nos valeurs et de nos principes. Attention à ce déferlement de prises de positions à l’emporte pièce !  Car c’est le but même de ces terroristes de semer la division. Ne perdons pas la mesure, ni notre discernement ! 

Dans ce climat anxiogène, nous appelons chacun à résister aux réactions par trop émotionnelles ; à refuser les discours ou les mesures qui ne feront que rajouter de l’humiliation, de la stigmatisation, de l’exclusion ; à combattre les obscurantismes de toutes sortes qui invitent nos sociétés, et chacun d’entre nous, à se ranger et à se réduire à une identité, et à se construire les uns dans la peur des autres, les uns contre les autres. 

Notre conviction profonde 

Nous réitérons notre conviction profonde : ces obscurantismes, nous les combattrons en agissant avec toutes celles et tous ceux qui se sentent marginalisés, oubliés, exclus, afin que chacun se sente réellement reconnu et apprécié, dans le respect de sa dignité et de ses droits, en tant que personne, dans son individualité propre, irréductible à une couleur de peau, à une croyance, à une nationalité ; 

En s’attaquant en profondeur aux causes des pauvretés et des souffrances qui affectent des millions de personnes, victimes des inégalités sociales et économiques, des dégâts provoqués par la destruction de l’environnement, des régimes autoritaires qui les stigmatisent ou les privent de leurs droits et libertés fondamentales ;

En privilégiant, sans naïveté, l’écoute, la nuance, la réponse proportionnée, la pondération et la maîtrise des émotions qui peuvent parfois nous submerger.

Dans ces moments de grande émotion, nous appelons à ne pas rester dans la peur ou la sidération. 

Rappelons-nous ce que dit le Pape dans sa dernière encyclique : la « source de dignité humaine et de fraternité se trouve dans l’Évangile de Jésus-Christ. C’est de là que surgit pour la pensée chrétienne et pour l’action de l’Église le primat donné à la relation, à la rencontre avec le mystère sacré de l’autre, à la communion universelle avec l’humanité tout entière comme vocation de tous » (FT §277).

Ensemble, espérons et restons mobilisés, puisons à cette source et faisons de notre combat pour la fraternité la clé de voûte de toute action.
 

Crédits photos : ©Christophe Hargoues / Secours Catholique
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