Bénévole #2 : le banquier à crédit

Publié le 06/09/2019
Bénévole #2 : le banquier à crédit
 

Ancien cadre bancaire, Bernard Guiot coordonne pour le Secours Catholique le microcrédit à destination des ménages en difficulté. Il raconte comment, au contact de leurs problématiques, son regard a évolué.

Bernard Guiot se souvient avec précision du jour où il a décidé de « changer de bord ». C’était en juin 2009, lors d’une réunion avec le Secours Catholique.

Ce cadre bancaire, alors responsable de l’économie sociale et solidaire au Crédit mutuel de Bretagne (CMB), fait le point ce jour-là sur le partenariat noué en 2004 entre la banque et l’association autour du microcrédit. Lorsqu'il annonce qu’il prend une retraite anticipée, Alain Bernard, du Secours Catholique, lui propose de "coordonner chez nous le microcrédit dans le Finistère” »

À 56 ans, le banquier breton s’imagine mal profiter de sa retraite chez lui « assis dans un fauteuil à regarder la télévision, feuilleter la presse ou lire des bouquins ». Il accepte. Il a l’avantage de très bien connaître le sujet : c’est lui qui a négocié, pour le CMB, la mise en place en quinze ans d’une vingtaine de dispositifs de microcrédit avec le Secours Catholique et d’autres organisations.

Bernard Guiot est aussi familier du milieu associatif. « Dès que j’ai commencé à travailler, je me suis investi bénévolement », précise-t-il. 

 

On fait confiance à la personne et on lui permet de se sentir considérée.

 

En arrivant au Secours Catholique, cet ancien cadre ne débarque donc pas sur une autre planète. Néanmoins, « mon regard a changé », confie-t-il. En 2004, déjà, en se penchant sur le microcrédit, il avait pris conscience du « nombre important de personnes qui n’ont pas accès au crédit classique, ou alors dans des conditions exorbitantes ».

Cinq ans plus tard, en passant du côté associatif, il réalise à quel point, pour beaucoup de ménages, la gestion du budget est un vrai casse-tête « à cause de la faiblesse ou de l’irrégularité de leurs revenus ». Il regrette que cette réalité ne soit pas mieux perçue par un bon nombre de collaborateurs de son ancien milieu professionnel. « Les personnes qui ont des incidents bancaires sont trop souvent présumées incapables de gérer leur argent. On ne leur fait donc pas confiance et elles se retrouvent exclues du système. Alors qu’il suffirait de leur proposer des conditions et un accompagnement adéquats. »

Lorsque Bernard Guiot vient négocier, avec sa “casquette” Secours Catholique, pour un ménage en difficultés bancaires, certains conseillers sont un peu désorientés. « Ils savent qu’il ne faut pas me prendre pour un lapin de trois semaines », dit-il en riant.

Au Secours Catholique, il lui faut parfois convaincre des vertus du microcrédit. « Certains bénévoles sont plutôt dans une logique de don, d’autres préféreraient un prêt à taux zéro, plutôt qu’à 0,75 % comme nous le proposons. » Pour Bernard Guiot, ce taux d’intérêt, même minime, est utile. « On met la personne dans la situation d’un client “classique”, déclare-t-il. On lui fait confiance et on lui permet de se sentir considérée. »

Lire des témoignages sur l'exclusion bancaire

Benjamin Sèze
©Laurent Guizard / Secours Catholique
Trois hommes admirent leur récolte de salade
Plus d'informations
Économie solidaire
# sur le même thème