Bénévoles : confinés mais engagés !

Publié le 10/04/2020
 
« Chacun chez soi, mais pas chacun pour soi », tel est le leitmotiv qui inspire les acteurs du Secours Catholique dans cette période de crise sanitaire.
Les mesures de confinement contraignent la solidarité à renouveler ses formes, et les volontaires, notamment les plus âgés, à adapter leur engagement. Mais ce dernier ne s’éteint pas, au contraire.
Car les plus fragiles ont d’autant plus besoin d’être soutenus, accompagnés et reliés à la société. Portraits d’engagement en temps de coronavirus.
 

Alice, la « maman » des mamans

 

Bénévole à l’Apame (Aide par l’alimentaire pour les mères et leurs enfants) à Paris, Alice accompagne au quotidien des mères de familles migrantes hébergées à l’hôtel.

S’il faut retenir quelque chose d’Alice, c’est son énergie, son dynamisme, son punch. Petite de taille, grande de cœur, la quadragénaire a toujours mille idées à l’heure. Dès le confinement annoncé, elle n’a pas hésité : hors de question d’abandonner les mamans, ces mères de famille hébergées avec leurs enfants à l’hôtel par le 115 et accompagnées par le Secours Catholique de Paris.

D’habitude chaque samedi, elles reçoivent un colis alimentaire doublé d’un soutien moral. Désormais, avec la crise, Alice se rend à leur chambre d’hôtel deux fois par mois pour leur donner des chèques services. « C’est parfois difficile pour moi d’aller les voir, confinées dans un petit espace et vulnérables. Une n’avait mangé que des biscuits depuis trois jours et n’osait pas sortir. Ça prend aux tripes », confie la jeune femme.

Alice a également mis en place des appels vidéo entre les mamans tous les deux jours, en plus du groupe WhatsApp sur lequel les jeunes femmes se confient au quotidien. « Elles mettent ainsi leurs angoisses à la porte », note Alice. Ainsi, la bénévole lance des défis aux mères et leurs enfants comme danser sur telle musique et envoyer ensuite la vidéo au groupe.

 

Elles disent que je les fais tenir avec mon leadership. Mais c’est l’inverse : ce sont elles qui me font tenir avec leurs sourires.

 

Ex-chef scout, Alice a toujours aimé le contact avec les enfants. De son histoire, il faut aussi retenir ces cinq ans passés au Congo Brazzaville dont elle se souvient des couleurs, de l’humanité, de l’amour. Son passé africain la rapproche forcément de ces femmes migrantes, pour la plupart originaires d’Afrique subsaharienne. « Elles m’appellent "Maman Whity", je suis leur maman blanche, à l’africaine », rit Alice.

« Ce qui m’anime, c’est de les voir progresser dans leurs vies, de s’intégrer en France. L’Apame est un tremplin pour le reste », poursuit-elle. Et quand, en ces temps de confinement, elle ne reçoit pas de nouvelles de l’une des vingt mamans qu’elle a accompagnées durant ces trois dernières années, Alice vient aux nouvelles. « Elles disent que je les fais tenir avec mon leadership. Mais c’est l’inverse : ce sont elles qui me font tenir avec leurs sourires », conclut Alice.

Lire aussi « Mamans confinées à l'hôtel : les bénévoles maintiennent le lien »

 

Maryvonne, la protectrice des exclus du Bois

 

Depuis 12 ans, Maryvonne sillonne le bois de Vincennes à la rencontre des sans-abri.

« On fait ce qu’on peut, mais ça me manque de ne plus pouvoir aller au bois », confie Maryvonne. Avec le confinement, la religieuse âgée de 75 ans doit rester chez elle et ne peut plus aller à la rencontre des sans-abri du bois de Vincennes, comme elle le fait habituellement avec d’autres bénévoles du Secours Catholique deux fois par semaine.

Alors, elle prend son mal en patience et tente d’appeler ceux dont elle a le numéro de téléphone. « Ça n’est pas facile car ils changent souvent de numéro », explique la bénévole. Elle a réussi à joindre Djamel et Momo qui lui ont dit que les associations ne passent plus dans le bois, qu’ils sont de fait un peu « perdus », mais que « ça va ».

un « coup de coeur » pour ceux du bois

Dans une autre vie, Maryvonne était aide-soignante. Elle en a gardé un regard médical et une grande attention aux autres. Pour elle, d’habitude, hors de question de ne pas aller au bois : « Ils nous attendent et savent qu’on passe. On prend le café chez Momo, on discute avec Sandra, ils se soucient aussi de nous. Ils font partie de ma vie », raconte celle qui parle même d’un « coup de cœur avec les gens du bois » qu’elle aurait eu il y a douze ans.

Mais pour l’heure, Maryvonne se fait du souci pour Prince et pour « les Géorgiens » dont elle n’a pas de nouvelles. « Ils ne peuvent plus faire la manche en ce moment. Comment survivent -ils ? », se demande-t-elle. Elle va contacter d’autres associations pour obtenir les numéros de téléphone des autres sans-abri, en attendant de pouvoir retourner les voir.
 

Voir notre diaposonore : « Dans le bois de Vincennes, simplement être là »

 

Anne-France, le professeur de cœur

Bénévole à Guyancourt, en banlieue parisienne, Anne-France accompagne des enfants dans leur scolarité.
 

Tous les jours du lundi au vendredi, à 15 heures, Anne-France, 58 ans, a rendez-vous par vidéo avec Alimatou. Pendant 1h30, elle aide la jeune fille scolarisée en sixième à faire ses devoirs à distance, en ce temps de confinement.

« Alimatou aime bien me voir à l’écran, une relation s’est développée. C’est presque familial. Chaque bénévole prend en charge un élève depuis le début du confinement mi-mars. Des liens particuliers se nouent », relève Anne-France.

Alimatou aime bien me voir à l’écran, une relation s’est développée.

D’habitude, elle chapeaute l’équipe de bénévoles de Guyancourt. Ceux-ci accompagnent chaque mercredi après-midi un enfant différent.

« Beaucoup d’élèves viennent de milieux sociaux défavorisés. Les trois quarts des parents ne peuvent pas suivre scolairement leurs enfants car ils sont analphabètes ou n’ont pas les notions nécessaires. Nous leur montrons qu’ils ont malgré tout un rôle dans le suivi », estime Anne-France.

de petits rayons de soleil

De fait, en plus de l’accompagnement scolaire, l’équipe a mis en place un atelier de soutien à la parentalité pour « prendre soin de la famille ».  L’ancienne professeure de dessin n’oublie pas pour autant son but ultime : « Outre savoir lire écrire et compter, l’objectif principal est que les  enfants aient confiance en eux. »

Et pour développer ce lien privilégié avec des enfants de familles souvent d’origine étrangère, Anne-France s’appuie sur ses seize années passées en Allemagne : « Cette période m’a apporté une ouverture. En famille, nous avons appris à nous adapter à une autre culture. »

Mais pour l’heure, en attendant la fin du confinement, Anne-France se réjouit de voir que, grâce au groupe de discussion mis en place sur WhatsApp, les relations entre bénévoles, enfants et familles continuent : « Les parents nous envoient des photos des enfants, de ce qu'ils font en dehors du travail scolaire, pâtisserie, bricolages... De petits rayons de soleil ! »
 

Lire aussi : « L'accompagnement scolaire en "mode" numérique »

 

François, le grand-père attentif

 

François est bénévole au Secours Catholique depuis plus de vingt ans. À Sainte-Foy-les-Lyon, il accompagne des familles en difficulté.

Confinement oblige, François et son équipe de bénévoles de Sainte-Foy-les-Lyon, dans le Rhônes, ne peuvent plus recevoir les familles qu’ils accompagnent toute l’année. Seule la distribution de colis alimentaires se poursuit deux fois par mois en partenariat avec l’association Aide matérielle morale.

Mais François, 81 ans, doit rester confiné en raison de son âge. Alors il appelle régulièrement les familles : « On prend de leurs nouvelles, on maintient le lien, elles ont besoin de sentir qu’on pense à elles et qu’elles ne sont pas seules. » Car le confinement n’est pas simple dans leurs conditions de logement, certaines sont à quatre dans un petit espace. « Elles aussi prennent de nos nouvelles, c’est réciproque », renchérit Élisabeth, une autre bénévole.

 

On prend de leurs nouvelles, on maintient le lien, elles ont besoin de sentir qu’on pense à elles et qu’elles ne sont pas seules.

 

Après une carrière dans les ressources humaines, François a auparavant été bénévole auprès des sans-abri à Paris, avant d’accompagner, à Lyon, des familles en difficulté et de mener avec elles un projet de vacances.

« Partir en vacances est extraordinaire pour elles, ça leur change les idées », souligne-t-il. Celui qui offre toute son affection de quasi grand-père aux enfants des familles n’en tire que des bénéfices : « On donne beaucoup mais on reçoit aussi. C’est gratifiant. »

 

Roselyne, la cheffe de chœur de derrière les barreaux

 

Roselyne a mis en place une chorale avec les personnes détenues de la maison d’arrêt de Bapaume, dans le Pas-de-Calais.

Depuis le début du confinement, Roselyne ne peut plus aller à la maison d’arrêt de Bapaume, dans le Pas-de-Calais, où elle se rendait chaque jeudi après-midi pour chanter avec les personnes détenues. Elle se contente donc d’attendre, tout en appelant des anciens détenus avec qui elle a gardé contact suite à son activité de chorale.

Il y a ainsi Joël qui ne se plaint pas du confinement : « C’est quand même pas la prison, on peut sortir ! » Il y a aussi Jean qui l’appelle tous les soirs pour, dit-il, ne pas la laisser tomber. Et puis Jean-Marc, qui lui donne des « leçons de foi » en lui envoyant des textes pour méditer.

Roselyne prend le temps de bavarder avec chacun. « Un lien d’amitié s’est créé avec eux. Ça n’est pas mon problème de savoir ce qu’ils ont fait pour être en détention », estime-t-elle.

 

Ils disent que je suis leur deux heures de soleil dans la semaine et je ne veux pas les décevoir. 

 

Auparavant, la septuagénaire écrivait à des personnes détenues, sous pseudonyme. Puis un jour, la professeure de chant a décidé de passer derrière les barreaux. Depuis sept ans, elle chante ainsi Gainsbourg, Brel ou Aznavour avec les détenus de Bapaume.

« Ils disent que je suis leurs deux heures de soleil dans la semaine et je ne veux pas les décevoir. Je suis attendue les jeudis. J’ai tellement de retour de gentillesse et d’attention. Un jour, ils m’ont même envoyé une carte pour mon anniversaire », raconte la cheffe de chœur.

« j’aimerais savoir ce qu’ils deviennent »

Mais en cette période de confinement particulièrement difficile pour les personnes détenues qui se voient privées de visites et d’activités, Roselyne s’inquiète pour ses chanteurs : « Je n’ai plus de liens, j’aimerais savoir ce qu’ils deviennent. »

Alors elle va écrire au SPIP, le Service pénitentiaire d'insertion et de probation, pour savoir si elle pourrait correspondre avec eux… En attendant de pouvoir chanter de nouveau à la maison d’arrêt de Bapaume.
 

Lire aussi : « En prison, la musique crée du lien »

Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photos : © Christophe Hargoues, © Elodie Perriot, @Steven Waassenaar, ©Xavier Schwebel/Secours Catholique
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