Chèques-services : « Sans ça, il n'y aurait rien à manger à la maison »

Chèques-services : « Sans ça, il n'y aurait rien à manger à la maison »

Publié le 06/04/2020
Ardennes, Essonne, Meuse
 
En cette période de crise, certains ménages ne peuvent pas, ou plus, subvenir à leurs besoins en alimentation et produits d'hygiène. Pour eux, le Secours Catholique organise sur l'ensemble du territoire la remise de chèques-services. 
Ces tickets, distribués par les bénévoles en lien avec les acteurs publics locaux, viennent pallier la forte diminution de distributions collectives de repas devenues difficiles à organiser dans de bonnes conditions sanitaires. Surtout, ils permettent de faire des courses en supermarché, comme n'importe qui. Exemples dans les Ardennes, dans la Meuse et en région parisienne.
 

Ardennes : « La pauvreté ne s'arrête pas avec le Covid 19 »

Stéphanie, maman seule de trois garçons de 13, 12 et 10 ans, est confinée dans un petit village des Ardennes, à vingt minutes de route de la première ville. Accompagnée par l'équipe du Secours Catholique locale, elle a reçu dans sa boîte aux lettres l'équivalent de 100 euros en chèques-services dont le fonctionnement s'apparente aux chèques déjeuners ou restaurant.

« J'ai pu aller faire les courses au supermarché, au rayon discount. De quoi tenir une petite quinzaine de jours. Sans cette aide, il n'y aurait tout simplement rien à manger à la maison », témoigne la mère de famille.

Allocataire du RSA - qu'elle complète par quelques heures de ménage mensuelles -, elle rencontre des difficultés financières. « J'ai un découvert de 1 000 euros en ce moment. On m'a coupé Internet car je n'ai pas pu payer mon abonnement, ce qui est très handicapant pour le suivi scolaire de mes enfants... Et je sais déjà qu'à peine mon prochain RSA versé, il n'en restera rien. »
 

Les chèques-services, c'est bien, je n'ai pas à montrer ma carte d'identité ou quoi. Je fais mes courses comme n'importe qui.

Stéphanie.

Pour remplir le frigidaire - « trois garçons, ça mange beaucoup, surtout qu'il n'y a plus la cantine le midi » -, la mère de famille compte sur les prochains chèques-services. « Ça me soulage, dit-elle. Par le passé, j'ai déjà bénéficié de bons alimentaires. Mais les chèques-services, c'est bien, je n'ai pas à montrer ma carte d'identité ou quoi. Je fais mes courses comme n'importe qui. »

N'ayant pas de véhicule, Stéphanie doit recourir au covoiturage pour se rendre au magasin. C'est une de ses connaissances qui la dépanne, moyennant une participation de 10 euros aux frais de carburant. Une somme pour Stéphanie, qui n'a pourtant pas le choix. 

 
Chèques-services : « Sans ça, il n'y aurait rien à manger à la maison »
Lors d'une visite de bénévoles à domicile, dans les Ardennes (avant la crise sanitaire).
 

défi

Dans un département rural comme les Ardennes, les freins à la mobilité s'ajoutent à tous les autres problèmes. Et l'acheminement des chèques-services jusqu'aux personnes qui en ont besoin est un défi qu'essayent de relever les équipes du Secours Catholique. 

« Dès le début du confinement et la fermerture de nos permanences physiques, nous avons mis en place un accueil téléphonique. Il fallait réagir très vite car la problématique alimentaire n'est pas nouvelle dans notre territoire, explique Houria Miraucourt, animatrice au Secours Catholique. On savait que la pauvreté ne s'arrêterait pas avec le Covid 19, au contraire. Les personnes ont fait de grosses courses au début de la crise, mais, là, elles arrivent au terme de leurs provisions. On est donc très attentifs aux demandes. »
 

Les personnes ont fait de grosses courses au début de la crise, mais, là, elles arrivent au terme de leurs provisions. On est donc très attentifs aux demandes.

Houria Miraucourt.

Sept bénévoles sont mobilisés dans cette région dite « de la Thiérache » pour déposer les chèques-services dans les boîtes aux lettres. « On prévient la personne qu'on lui laisse le chèque, et si elle a un téléphone portable, elle nous envoie un sms pour nous confirmer qu'elle l'a bien reçu. On s'assure aussi qu'elle a les moyens d'aller jusqu'à un supermarché, et qu'elle dispose d'attestations de circulation, sinon on lui en fournit. » 

Autre enjeu : diffuser l'information aux personnes isolées ou en difficultés. « Nous l'avons transmise aux mairies et aux communautés de communes pour qu'elles la relaient à leur tour », explique Houria, qui ajoute : « L'aspect positif, dans ce qu'on traverse, ce sont les chaînes de solidarité qui se créent. Les travailleurs sociaux se proposent de nous donner un coup de main pour distribuer les chèques par exemple. On est davantage dans l'humain, et ça fait plaisir. »

 

Sud Meuse : des coursiers solidaires pour assurer la distribution

Dans le département de la Meuse, le Secours Catholique est en train de constituer une liste de « coursiers solidaires » en capacité de distribuer des chèques-services dans les boîtes aux lettres, pour suppléer les bénévoles de plus de 70 ans invités à rester chez eux. 

Françoise, 74 ans, continue de traiter depuis son domicile de Ligny-en-Barrois les dossiers de demande d'aide transmis par les travailleurs sociaux. 

« Jusque là, nous avons eu des cas habituels (impayés, changements de situation induisant une perte de ressources etc.), mais désormais, je crains que nous ayons des demandes liées à la crise et à ses conséquences sur l'emploi. » 

 

Jusque là, nous avons eu des cas habituels. Désormais, je crains que nous ayons des demandes liées à la crise et à ses conséquences sur l'emploi. 

Françoise.

La bénévole s'entretient par téléphone avec les travailleur sociaux lui ayant adressé les demandes, puis avec les personnes en difficultés elles-même, afin de déterminer le volume de chèques- services nécessaires pour tenir une quinzaine de jours. Elle dépose ensuite ces derniers sur le rebord de sa fenêtre. Un coursier volontaire passe les prendre pour aller, à son tour, les glisser dans la boîte aux lettres des bénéficiaires, respectant ainsi les règles sanitaires.

 
Chèques-services : « Sans ça, il n'y aurait rien à manger à la maison »
Lors d'une visite de bénévoles à domicile, dans les Ardennes (avant la crise sanitaire).
 

Une action complémentaire

À Bar-le-Duc, Mireille, confinée, poursuit également à distance l'accompagnement des familles étrangères déboutées du droit d'asile, et donc sans ressources, qui sont hébergées au Cada (centre d'accueil des demandeurs d'asile), et des personnes suivies par le Pôle insertion sociale de la commune ainsi que par le CIAS et la Maison de la solidarité. 

Dans la capitale meusienne, des associations continuent d'assurer des points de distribution alimentaire. L'action du Secours Catholique est donc complémentaire : « Nos chèques-services permettent aux personnes de choisir les produits dont elles ont besoin, notamment des produits frais et d'hygiène qu'elles n'obtiennent pas autrement. »

 

Soisy-sur-Seine : « Des mamans avaient besoin d'acheter des couches »

À Soisy-sur-Seine, petite ville cossue dans l'Essonne, huit bénévoles du Secours Catholique poursuivent l'accompagnement d'une trentaine de familles en difficultés résidant, pour une part, dans un quartier de logements sociaux, et hébergées, pour l'autre part, dans un hôtel social. Quelques personnes isolées en centre-ville, allocataires du RSA, au chômage, ou touchant de petites retraites, sont également suivies. 

« Nous les contactons chaque semaine par téléphone ou sms. Nous les avertissons du dépôt des chèques-services dans leur boîte aux lettres, décrit Geneviève Dellinger, responsable de l'équipe bénévole. La semaine dernière, les familles les attendaient avec impatience, notamment quelques mamans qui avaient besoin d'acheter des couches pour bébés. »

Pour les familles à l'hôtel, les bénévoles procèdent différemment : elles demandent aux personnes de venir à la porte de l'hôtel les unes après les autres, pour leur remettre les chèques en main propre.

en lien avec la mairie

Ces contacts, brefs ou par interphones interposés, permettent aussi de relayer certains problèmes : la panne de télévision, par exemple, pour une partie des familles hébergées à l'hôtel. « C'est problématique quand il y a des ados... On leur avait par ailleurs conseillé de suivre les programmes éducatifs proposés par France 4, ce qui est, du coup, impossible... » 

Afin de coordonner au mieux l'aide apportée aux plus fragiles, le Secours Catholique de Soisy-sur-Seine travaille en lien avec la mairie. « Nous assistons à une réunion deux fois par semaine en visio conférence pour discuter des situations difficiles », explique Geneviève.

La mairie s'est montrée sensible aux difficultés que rencontrent les familles accompagnées par le Secours Catholique. Des colis alimentaires confectionnés par le fournisseur de la cantine scolaire doiventt leur être distribués. « Nous avons conseillé la mairie pour la composition de ces colis car nous connaissons bien les besoins de ces familles, précise Geneviève. Avec les chèques-services en complément, les familles seront tranquilles pour une bonne dizaine de jours. »

 

Lire aussi « Coronavirus : agir en temps de crise »

 

 

Clarisse Briot
Crédits photos : @Sébastien Le Clézio / Secours Catholique ; @Steven Wassenaar / Secours Catholique
Caritas Jerusalem en soutien à Gaza
Plus d'informations
Situations d'urgence en France
# sur le même thème