Continuer à apprendre le français pour sortir de l'isolement

Publié le 08/04/2020
Essonne
Continuer à apprendre le français pour sortir de l'isolement
 

Pour les étrangers qui vivent en France, apprendre le français est un investissement important pour sortir de l'isolement social dans lequel les confine la barrière de la langue. En cette période de cantonnement lié au coronavirus, ne pas rompre cet apprentissage est devenu une priorité pour les équipes de formateurs du Secours Catholique. Dans l'Essonne, les cours hebdomadaires ont été maintenus grâce à la vidéo-conférence. Reportage en ligne.

Le futur simple, « c’est pour parler de l’avenir, de vos projets de voyages, par exemple, des pays que vous allez visiter », explique Olive, bénévole au Secours Catholique de l’Essonne, aux six élèves qui, en cet après-midi du mois d’avril, suivent le cours d’apprentissage du français.

À défaut de pouvoir se réunir, comme chaque semaine, dans les locaux de l'association, à cause du coronavirus, le groupe se retrouve, cette fois-ci, par écrans interposés pour une séance donnée via Meet, une application de vidéo-conférence.

« Avenir », « projet », « voyage »… ces quelques mots résonnent étrangement après trois semaines d’un confinement dont on ne voit pas le bout. La jeune formatrice revient d’ailleurs à des ambitions plus raisonnables : « Aujourd’hui, nous allons plutôt nous intéresser au futur proche qui sert à exprimer ce qui va arriver dans quelques minutes, quelques heures ou quelques jours. Exemple : "Dans quelques heures, je vais aller faire des courses". »
 

Je suis très triste chez moi, je m’ennuie.

Sherin, demandeur d'asile afghan.

Sherin, lui, va sûrement aller courir autour de chez lui, à Bondoufle. Ensuite, il fera un coup de ménage, puis regardera des vidéos pour apprendre le français, raconte ce demandeur d’asile afghan âgé de 23 ans. « Je suis très triste chez moi, je m’ennuie », confie-t-il au reste du groupe.

Sentiment partagé. Daiana regarde beaucoup la télévision et des vidéos sur Youtube. Son mari, mécanicien, part travailler toute la journée. Il en profite pour faire les courses. Elle, habituellement, fais des ménages chez des particuliers. Mais son activité est suspendue à cause du coronavirus. Elle reste seule dans leur appartement, à Lisses, « tous les jours, toute la journée »,  insiste la jeune Brésilienne.

Pour tromper la solitude, dans son studio d’une cité universitaire évryenne, Harshita, indienne, étudiante en Maths, s’initie à la calligraphie. De son côté, Paulina, mexicaine et jeune-fille au pair à Mennecy, lit beaucoup et écrit sur ce qu’elle ressent durant cette période particulière.

 

 
Continuer à apprendre le français pour sortir de l'isolement
À droite Mathilde et Joseph, deux formateurs. À gauche, Paulina et Daiana, apprenantes.
 

 

Pour ces expatriés, loin de leur pays, de leur famille et de leur amis, le confinement agit comme une deuxième couche sur un sentiment d’isolement social déjà existant « du fait, notamment de la barrière de la langue », explique Daiana.

L’inquiétude des proches qui observent depuis l’étranger l’évolution de la situation en France est source de stress. « Ma famille m’appelle toute la journée pour me dire de ne pas sortir », témoigne Harshita. « Moi aussi, rebondit Sherin. Ils ont peur que je prenne le bus ou le métro. »
 

Ma famille m’appelle toute la journée pour me dire de ne pas sortir.

Harshita, étudiante indienne.

Parfois, c’est l’inverse. Paulina dit avoir très mal vécu, lors des premiers jours du confinement en France, le décalage qu’elle observait avec le Mexique où elle avait l’impression que le gouvernement et la population n’avaient pas pris la mesure du danger. « J’étais angoissée pour ma famille. »

Bol d'air

Dans ce contexte, le rendez-vous vidéo proposé par l'équipe d'apprentissage du français du Secours catholique de l’Essonne est comme un bol d’air. « À force de vivre recluse, j’oublie que je ne suis pas la seule dans cette situation, confie Paulina, avec un brin d’autodérision. Voir les autres et constater que tout le monde vit la même chose, cela fait du bien psychologiquement. »

Tous confirment. « Au moins on continue d’avoir une vie sociale. Et puis aujourd’hui, j’ai pu parler le français », ajoute Daiana. Pratiquer la langue pour ne pas rompre la dynamique d’apprentissage, « c’est très important », souligne Zadran, lui aussi demandeur d’asile afghan. Car « si tu veux travailler, te faire des amis, ou même seulement pour faire tes courses ou tes démarches auprès de l’administration, il faut pouvoir t’exprimer dans la langue du pays où tu vis », explique le jeune homme de 25 ans.

Progresser en français pour rompre l’isolement, Zadran pense déjà à l’après confinement. La première chose qu’il fera ? « Avec mes amis, nous préparerons à manger et nous ferons la fête ! »

 

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Benjamin Sèze.
Crédits photos : ©Anaïs Pachabezian / Secours Catholique
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