Covid-19 : une crise mondiale, des réponses locales

Publié le 04/05/2020
Bangladesh, Brésil, Maroc, Sénégal
 

Aux quatre coins du monde, l’épidémie du coronavirus fragilise les plus démunis. Les partenaires du Secours Catholique agissent pour prévenir la crise sanitaire en sensibilisant les plus pauvres aux gestes barrières. Ils veillent aussi à limiter l’impact de la crise économique en aidant les plus précaires à subvenir à leurs besoins essentiels.

 

Au Sénégal, prévenir pour éviter le pire

 

Au 20 avril, le continent africain enregistrait 20 000 cas et plus de 1 000 décès liés au Covid-19. Mais ces chiffres risquent de n’être que la partie immergée de l’iceberg sur un continent où les systèmes de santé font défaut et où il est difficile de faire des diagnostics. Dans les faits, le coronavirus pourrait y être beaucoup plus répandu.

Le Sénégal enregistrait officiellement, au 4 mai, seulement 1182 cas de contamination et 9 décès, d’après le tableau de bord tenu par la John Hopkins University.

« Les autorités ont conscience qu’elles n’ont pas les moyens comme en Europe de faire face au virus. C’est pourquoi elles ont pris des mesures drastiques (état d’urgence, fermeture des écoles, interdiction des manifestations, couvre-feu) pour limiter les déplacements, même si officiellement le nombre de cas est faible », note Yves Lefort, en charge du Sénégal au Secours Catholique.

1000 volontaires mobilisés

« La grande inquiétude demeure la contamination rapide au sein des communautés », poursuit-il. C’est pourquoi Carita Sénégal, partenaire du Secours Catholique, a mis en place un plan de riposte pour sensibiliser au plus vite les populations aux gestes barrières.

« Nous distribuons des kits d’hygiène avec du savon, explique l’abbé Alphonse Seck, de Caritas Sénégal. Car c’est bien beau de dire aux populations "lavez-vous les mains", mais comment font-elles sans savon ? Nous avons aussi mobilisé 1 000 volontaires pour expliquer le lavage des mains dans les communautés. »,

sensibilisation de proximité

À Caritas Kaolack, dans le sud du pays, l’heure est également à la sensibilisation de proximité. Dans le cadre du projet de gestion et de tri des déchets soutenu par le Secours Catholique et l’Agence française de développement, Caritas envoie des SMS ou passe des appels aux communautés pour leur expliquer les gestes barrières (ne plus se serrer la main, respecter une distance d’un mètre, se couvrir la bouche et le nez avec un masque…).

Dans ce but, des affiches ont également été placardées. Les employés des centres de gestion des déchets ont par ailleurs été équipés de gants, de masques, de bottes et de gel hydroalcoolique. L’objectif est de continuer à collecter les déchets pour éviter une autre crise sanitaire liée à la prolifération des ordures.

 

Brésil : se nourrir ou mourir

 

Sur le continent américain, la situation au Brésil inquiète particulièrement le Secours Catholique avec 101 826 cas et 7 051 morts au 4 mai. « Les autorités brésiliennes nient la crise et sont mauvaises dans la prévention comme dans la protection, regrette Aude Hadley, responsable du pôle Amérique latine et Caraïbes du Secours Catholique. 

Caritas Brésil envoie des messages WhatsApp aux populations qu'elle accompagne pour les inviter à rester chez elles et à se laver les mains. « Mais cela est difficile pour les plus pauvres de se laver sans accès facile à l’eau et de rester à distance les uns des autres quand ils vivent dans des petits espaces, dans la promiscuité », souligne Luis Urrego, en charge du Brésil pour le Secours Catholique.

distribution de nourriture dans les banlieues pauvres

« Les plus fragiles sont aussi les plus affectés par les conséquences économiques et sociales de cette crise », poursuit Aude Hadley. Avec l’arrêt de l’économie, beaucoup ont perdu leur travail dans le secteur informel et se retrouvent en situation d’insécurité alimentaire.

« "Soit le coronavirus nous tue, soit c’est la famine" : voici des paroles d’habitants que nous rapporte notre partenaire MST, le mouvement des sans terre, qui distribue actuellement des légumes et des aliments de première nécessité dans les banlieues pauvres des grandes villes comme Sao Paulo ou Brasilia », raconte Luis Urrego,

inquiétude pour les peuples autochtones

Le Cimi (conseil indigéniste missionnaire), autre partenaire de l’association, s’inquiète quant à lui pour les populations indigènes qui sont très fragiles en raison de leur difficultés d’accès aux soins. Le Cimi approvisionne les communautés autochtones en nourriture et demande à ce que les barrages routiers qu'elles ont mis en place pour s’isoler, et ainsi se protéger, soient respectés par les autorités.

 

Bangladesh : une pauvreté exacerbée

 

Le continent asiatique est fortement touché par l’arrêt de l’économie et en particulier de l’industrie textile. Au Bangladesh, plus de 3 milliards de dollars de commandes ont été annulés par les marques européennes de prêt-à-porter. Conséquence : des dizaines de milliers d’employés sont menacés de chômage et risquent de tomber dans la pauvreté.

Officiellement, le Bangladesh enregistrait 10 143 cas et 182 morts au 4 mai. Mais les partenaires locaux du Secours Catholique redoutent le pire. Selon eux, « il y a peu de cas officiels car peu de moyens de détection à disposition, et aussi un système de santé défaillant, explique Mathilde Girardot en charge du Bangladesh pour le Secours Catholique. Comme le pays est très dense, nos partenaires redoutent une crise sanitaire doublée d’une crise humanitaire en raison de l’arrêt de l’économie. »

fonds d'urgence pour les travailleurs à l'arrêt

Pour faire face à cette éventualité, Caritas Bangladesh agit sur les deux tableaux, économique et sanitaire. D'une part, l'association distribue, des brochures de prévention et des kits d’hygiène. D'autre part, elle a débloqué des fonds d’urgence pour transférer de l’argent aux plus démunis (paysans, conducteurs de pousse-pousse, restaurateurs, etc.).

« Les gens souffrent d’insécurité alimentaire en raison de l’absence de mesures politiques de la part du gouvernement et de la montée des prix », alertent ses responsables. 

OKUP, un autre partenaire du Secours Catholique, s’inquiète, lui, d’un possible retour forcé des travailleurs migrants Bangladeshis depuis les pays du Golfe, et demande aux autorités d’assurer une protection aux rapatriés. L’association distribue également des coupons alimentaires d’urgence aux familles de migrants qui se voient désormais privés des revenus de la diaspora.

 

Maroc : migrants en danger

 

Le Maroc est confiné depuis le 20 mars dernier. Les chiffres officiels font état de 5 000 cas et 177 morts dus au coronavirus au 4 mai. Sur place, Caritas Maroc, partenaire du Secours Catholique, s’inquiète pour les migrants qui vivent dans le pays.

« Ils cohabitent dans des espaces réduits jusqu’à saturation. La forte promiscuité des lieux et leur insalubrité sont autant d’éléments qui font du confinement un risque de contamination », s'alarme Caritas Maroc.

C’est pourquoi l’association leur distribue des kits d’hygiène et de protection, et a mis en place un numéro d’urgence avec un suivi médical pour les malades.

assistance psychologique

Les migrants sont aussi impactés sur le plan économique. « Ils travaillent d’habitude dans le secteur informel ou vivent de la mendicité. Conséquence : ils n’ont actuellement plus aucune source de revenus et beaucoup sont expulsés de leur logement qu’ils n’arrivent plus à payer », explique Lou Zaïd Chavanne, en charge du Maroc pour le Secours Catholique. Caritas Maroc apporte là aussi une réponse en distribuant des bons d’achats alimentaires et des aides financières pour payer le loyer.

Que ce soit à Tanger, à Casablanca ou Rabat, « les migrants disent ne pas avoir peur du virus car ce qu’il vivent est pire », observe la Caritas. L’association propose donc une assistance psychologique par téléphone pour réduire l’impact de la crise sur la santé mentale des migrants.

Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photos : ©Caritas Sénégal ; ©Caritas Brésil ; ©Biplob Biswas, Khulna Region ; ©Caritas Maroc
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