Dans le Gard, un four à pain mobile au pied des immeubles

Dans le Gard, un four à pain mobile au pied des immeubles

Publié le 25/11/2021
Vauvert
 

Dans sa lutte contre la pauvreté, le Secours Catholique a depuis longtemps choisi d’aller vers ceux qui ont besoin d’aide. A Vauvert, dans le Gard, cet « aller-vers » innove en invitant les habitants des quartiers populaires à descendre de chez eux pour se rassembler autour d’un four mobile.

Dans le quartier des Costières à Vauvert (Gard), la résidence Coudoyer est un ensemble d’immeubles gris perle à quatre étages où vivent quelque 200 foyers. Au centre, un petit parc carré boisé de cèdres et de micocouliers qui, en cette matinée ensoleillée de fin octobre, accueille des visiteurs. Quatre associations ont décidé de venir parler alimentation et santé avec les habitants de ce quartier populaire.

Des tables, des chaises et des barnums sont tirés d’un fourgon et dépliés non loin d’un étrange objet en terre ocre, demi-circulaire, monté sur roue. « Je vous présente le four mobile, annonce un jeune septuagénaire prénommé Jean-Claude en accueillant les premiers habitants. Il a été conçu par un ingénieur du coin, puis assemblé et construit en briques réfractaires par de jeunes stagiaires en insertion. »

« Voyez ! poursuit-il. J’allume le feu, il faut très peu de bois, la flamme arrive directement sur la sole et la forme circulaire du four offre une température uniforme jusqu’au fond du four. Dans une heure, nous atteindrons 300°C. Les pizzas seront cuites en 20 minutes et le pain en une demi-heure ».

 
Dans le Gard, un four à pain mobile au pied des immeubles
© Christophe Hargoues/Secours Catholique
 

Tête enserrée dans un grand turban noir, large sourire sur son visage rond, Fatima porte dans chaque main un plat de tajine aux légumes, les pose près du four, s’arme de la pelle à pizza et enfourne l’un après l’autre les deux plats ronds.

La jeune femme a déjà utilisé ce four, dans un autre quartier, il y a quelques semaines : « Les légumes, c’est ce qu’il y a de plus long à cuire. J’ai recouvert les tajines de papier sulfurisé et ils vont cuire à la vapeur pendant deux heures. Quand ce sera prêt, on les mangera tous ensemble. »

alimentation et santé

Tandis que le four monte en puissance, les associations se préparent à accueillir les habitants. Le Secours Catholique, à l’initiative de ces rencontres en pied d’immeubles, accueille et enregistre ceux qui ont répondu à l’invitation faite il y a quelques jours. Invitation au porte-à-porte par deux membres du Secours Catholique, dont un arabophone, car la cité abrite majoritairement des Français issus de l’émigration maghrébine. Essentiellement des femmes et une multitude d’enfants descendent de leurs appartements.

Les animations aujourd’hui sont consacrées à l’alimentation et à la santé, et elles sont proposées par le Comité départemental d’éducation pour la santé (Codes 30), structure qui participe à la politique de santé du Gard ; par Les petits débrouillards, association qui vise à susciter la curiosité et l’esprit critique des enfants au travers d’expériences scientifiques porteuses de valeurs éthiques ; et par le Centre social de Vauvert, qui, lui aussi, propose un accompagnement personnalisé aux adultes et des lieux ludiques aux enfants.

 
Dans le Gard, un four à pain mobile au pied des immeubles
© Christophe Hargoues/Secours Catholique
 

Les enfants sont nombreux à jouer, à courir et à venir autour des stands. Au stand du Codes 30, la jeune chargée de projets prénommée Manon propose des jeux éducatifs basés sur la connaissance des fruits, des légumes et de l’eau. Une dizaine d’enfants essaient de deviner combien il y a de morceaux de sucre dans les boissons commercialisées.

Dans ce brouhaha enfantin, parviennent quelques réflexions. Un petit garçon dit : « On n’a pas besoin de boire du coca, on peut faire des boissons avec des arômes sans sucre. » Une fillette ajoute : « si on fait attention au sucre, on fait des économies. » Une autre : « Et puis quand on devient vieux, on n’attrape pas le cholestérol. »

petits pizzaïolos

L’essaim de bambins agglutiné autour du stand voisin des Petits débrouillards est plus jeune d’un ou deux ans. Là, Eva l’animatrice, propose de confectionner des sucettes au miel et des bonbons à la gélatine. Ici aussi, il est question de minimiser le sucre.

« Pour les bonbons gélatineux, annonce Eva, il nous faut un peu d’eau, un peu de jus de pomme pour le goût et un gélifiant naturel. » Tour à tour, les enfants versent les ingrédients dans les contenants puis attendent plus ou moins patiemment que les bonbons se solidifient. Une gamine demande à sa maman de prendre la recette en photo car elle veut refaire les bonbons chez elle.

Midi approche et l’atelier des petits pizzaïolos est en pleine effervescence. Quelques bénévoles du Secours Catholique ont préparé de petites pâtes rectangulaires sur lesquelles des enfants tartinent de la sauce tomate et ajoutent divers ingrédients de leurs choix. Les petites pizzas des petits comme les grandes pizzas des grands se succèdent dans le four et, à peine sorties, sont immédiatement partagées et mangées.

 
Dans le Gard, un four à pain mobile au pied des immeubles
© Christophe Hargoues/Secours Catholique
 

A l’ombre des arbres et des barnums, une trentaine de femmes sont maintenant attablées. En voisine, l’une d’entre elle revient vers le groupe avec une marmite pleine d’une soupe aux légumes et aux boulettes de blé qu’elle partage. « Cela fait tellement du bien de sortir de chez nous, dit une de ces femmes. Nous avons peu d’occasion. Les hommes, eux, ils sortent. Ils ont des endroits pour. Mais nous… »

« Ces journées sont des fêtes » dit Sylvie Camand, l’animatrice du Secours Catholique à l’initiative de ces tournées en pied d’immeubles.

 

Les gens viennent, cuisinent et mangent ensemble. C’est l’occasion de parler à la fois de la nourriture, du coût de la vie et des problèmes de santé.

Sylvie Camand

L’opération du Secours Catholique autour du four mobile date de quelques mois seulement. Elle draine aussi quelques habitants d’autres quartiers et devrait trouver prochainement son rythme bimensuel. Elle a été rendue possible grâce à l’aval de la mairie et du financement du four mobile par la « politique de la ville » de Vauvert.

 
Dans le Gard, un four à pain mobile au pied des immeubles
© Christophe Hargoues/Secours Catholique
 

Bruno Soler est le responsable de la politique de la ville de Vauvert. « Il est vrai que nous avons financé le four mobile parce que l’idée du Secours Catholique nous a séduit », dit-il.

« Le four a été construit dans un chantier d’insertion, il consomme peu d’énergie et il participe à la cohésion sociale. De plus, à chaque sortie du four, le Secours Catholique propose une thématique différente. Lors de sa prochaine sortie, il sera question d’emploi, une thématique importante dans les quartiers prioritaires de la ville (QPV). »

Vers 15 heures, le four cesse d’être alimenté. Petits et grands sont désormais rassasiés. Jean-Claude retire du foyer quelques pelles de cendres qui peinent à remplir un seau et prépare le four au repos. Dans quinze jours, il sera de nouveau au centre d’un autre QPV, pour d’autres agapes en pied d’immeubles.

Jacques Duffaut
© Christophe Hargoues/Secours Catholique - Caritas France
Deux mamies sourient bras-dessus bras-dessous
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