Des vacances au ski, pour respirer

Des vacances au ski, pour respirer

Publié le 15/04/2022
France
 

Fin mars, une douzaine de résidents de la cité Notre-Dame, un centre d’hébergement et de réinsertion sociale géré par Cités Caritas à Paris, ont participé à un séjour de vacances à Villard-de-Lans (Vercors). L’occasion de se changer les idées et de créer du lien.
 

Il neige. En-bas, à Villard-de-Lans, c’était encore de la pluie, mais à la descente du télécabine qui nous a menés à 1 550 mètres d’altitude, ce sont bien des flocons qui tombent. Inespéré, au regard de la journée de la veille, plombée par une pluie fine qui a rendu les pistes terriblement collantes et accentué les manques de neige.

« Mashbold, tu es sûr que ça va aller ? » Faroudja Abdat, 44 ans, animatrice socio-culturelle, ne cache pas son inquiétude : « C’est surtout le brouillard qui m’embête. Ce n’est pas dangereux, au moins ? »

Purée de pois

De son côté, Mashbold, la cinquantaine passée, mais heureux comme un gamin, s’élance déjà sur la piste bleue, à la poursuite de ses trois compères du jour : Fabien, 29 ans, originaire des Ardennes, Fahim, Algérien de 37 ans, et Mourade, 38 ans, de Tchétchénie.

Il en faudrait plus pour entamer leur enthousiasme. Sans doute la météo dantesque ajoute-t-elle d’ailleurs un peu de sel à l’aventure : le froid, le vent, la purée de pois… « C’est physique, ça fait du bien ! On en profite ! Surtout qu’il n’y a personne sur les pistes », sourit Fahim, les joues rougies par l’air vif.

 

« Profiter » sonne comme un mot d’ordre pour la douzaine de participants à ce séjour dans le Vercors. Tous sont résidents de la cité Notre-Dame, un centre d’hébergement et de réinsertion sociale géré par Cités Caritas à Paris (dix résidents sur le site de la Comète, dans le 7e arrondissement, qui accueille 118 personnes seules et couples sans enfants ; deux autres, plus autonomes, habitent dans des logements passerelles, dans le 14e arrondissement, qui accueillent 22 personnes).

Pendant les six jours sur place, chacun ira à son rythme, bien sûr : ski pour les uns, randonnées à raquettes ou balade tranquille au village assortie d’un café en terrasse pour les autres…

Mais tous partagent une même envie de vivre pleinement l’instant, de mettre à distance « les soucis », au moins pour quelques jours... même s’ils ne sont « jamais très loin », concède Frédéric, 52 ans, en plein litige professionnel. « On peut dire que cela fait six ans que je n’ai pas pris de vraies vacances », témoigne Fabien, hébergé depuis neuf mois rue de la Comète.

 
 

Depuis qu’il a quitté le foyer où il a grandi, à sa majorité, Fabien a « pas mal vagabondé ». Formé comme soudeur, il n’a jamais trouvé de situation stable, a travaillé comme peintre en bâtiment, dans la maçonnerie. Sans compter les malheurs familiaux, qui ne l’ont pas épargné.

« Aujourd’hui, je remonte la pente, confie-t-il. Ce séjour représente beaucoup pour moi : ici, c’est calme, on voit des animaux… Je me sens mieux qu’à Paris. J’oublie la pollution, la nicotine, je me vide l’esprit, je me ressource. »

Comme Fahim, Fabien, n’en est pas à sa première sur les skis, et possède suffisamment de technique pour se faire plaisir, et même se lancer sur les pistes noires.

Yacouba, en revanche, en restera à l'initiation proposée par Éric Diétry, travailleur social à la cité Notre-Dame. Car il s'agit pour lui d'une première  : « Depuis que je suis arrivé en France, en 2004, je n’étais jamais sorti d’Île-de-France », relate cet Ivoirien de 49 ans. Comme Mohamed, 24 ans, et Kenza, 22 ans, originaires d'Oran, en Algérie, Yacouba n’avait jamais vu la neige ! 

 
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John, 40 ans, congolais
 

Depuis 2015, l’équipe accompagnatrice de la cité Notre-Dame a organisé pour ses résidents une quinzaine de séjours de ce genre : des voyages à la mer, des séjours en pension complète ou bien en demi-pension, où les participants s’investissent dans les courses et la préparation des repas, des semaines mêlant repos et actions bénévoles…

Après deux années d’interruption à cause de la pandémie de Covid-19, l’équipe a pu enfin mettre sur pied ce nouveau projet, dont le coût de 7 800 euros est financé à 80 % par l’Association nationale des chèques-vacances (ANCV).

« Les 20 % restant sont le résultats d’actions menées par les résidents : préparation et vente de gâteaux, confection de sacs et de pochettes en tissu ; on a aussi lancé un appel au don pour les équiper en vêtements chauds », détaille Faroudja, qui a organisé les premières réunions dès le mois d’octobre. Le journal L'Équipe a également donné 800 euros pour financer ce séjour.

 

Ils vivent quelque chose ensemble, chacun doit trouver sa place dans le groupe. Ces vacances, c’est de l’insertion sociale.

Évangelos Vettas, assistant social

Grâce au partenariat avec l’ANCV, qui met à disposition de la cité un budget annuel de 60 000 euros, les résidents peuvent aussi être accompagnés pour des projets de vacances individuels. 

« Le but des séjours collectifs, c’est de rompre l’isolement, explique Évangelos Vettas, 35 ans, assistant social au sein de la structure. La plupart des participants se connaissent, parce qu’ils sont hébergés sur le même site, mais au quotidien, cela se résume parfois à échanger un "bonjour". Ici, ils vivent quelque chose ensemble, chacun doit trouver sa place dans le groupe. Ces vacances, c’est de l’insertion sociale. »

 
 

De retour des pistes, l’ambiance dans la navette est détendue. À travers les vitres embuées, les passagers regardent le soir tomber sur la station. Une fois le matériel rangé au local, on se dirige vers le lieu d’hébergement, le gîte Sport et Nature, au hameau des Clots, où les résidents côtoient un second groupe d’une dizaine d’enfants issus d’un institut médico-éducatif en Bretagne.

Au programme ce soir, après une tisane et une douche chaude pour se délasser de la bonne fatigue : quelques parties de tennis de table et de baby-foot musclées, la traditionnelle raclette et une soirée de quizz en équipe – le lendemain, ce sera bowling.

 

Le groupe que nous avions emmené est rentré de vacances avec l’envie de s’investir dans la vie de la cité.

Évangelos Vettas

« Il y a de la solidarité », se réjouit Fahim. Des liens se créent : des liens d’amitié, de convivialité, voire l’envie de construire quelque chose ensemble :

« Une année, le groupe que nous avions emmené est rentré de vacances avec l’envie de s’investir dans la vie de la cité. Ils ont constitué une équipe et ont été élus pour un an au conseil de vie sociale (CVS), où ils ont été très actifs », se souvient Évangelos.

« Pour nous aussi, dans notre mission d’accompagnement, ces séjours sont importants. À la cité, quand on reçoit les résidents dans notre bureau, avec la vitre en plexiglass, cela n’est pas évident de créer un climat de confiance. Ici, ils se confient avec une facilité déconcertante. J’ai l'impression de les découvrir. »

Adrien Bail
Photos : © Xavier Schwebel / Secours Catholique
Deux mamies sourient bras-dessus bras-dessous
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