En Guyane, les peuples autochtones oubliés

Publié le 06/06/2019
Guyane
En Guyane, les peuples autochtones oubliés
 

Alors que le gouvernement français a affirmé « l’incompatibilité du projet minier Montagne d’or avec les exigences de protection environnementale », le collectif « Or de question », que le Secours Catholique a rejoint récemment, critique une décision en trompe-l’œil et appelle à l’abandon définitif de tous les projets industriels miniers en cours en Guyane.

Présente sur place, l'association dénonce des projets qui détruisent l’environnement et alerte sur la situation des Amérindiens, « oubliés de la République ».

« Creuser une mine d’or à ciel ouvert à coups d’explosifs entre deux réserves de biodiversité est, de facto, incompatible avec la préservation de la nature » : voici la position du collectif « Or de question », dont le Secours Catholique est membre, qui s’oppose non seulement au projet la Montagne d’or - des multinationales Nordgold (Russie) et Colombus Gold (Canada) - mais aussi à toutes les autres demandes de permis miniers en cours d’examen.

Quand bien même le projet Montagne d’or est écarté, le collectif appelle à l’abandon de tous les autres projets miniers en cours et pointe du doigt les risques environnementaux, rappelant que la Guyane représente à elle seule 50 % de la biodiversité française.

« Les conséquences de l’industrie extractive sont désastreuses pour l’environnement, en termes de déforestation, de pollution des eaux, d’utilisation du cyanure, de production de tonnes de déchets toxiques, de destruction de la biodiversité. » alerte Sara Lickel, chargée de plaidoyer international au Secours Catholique. « Il nous faut protéger l’Amazonie qui est un véritable puits de carbone pour lutter contre les changements climatiques. »

promesse non tenue

« Par ailleurs ces activités d’extraction minière détruisent les zones de vie de milliers de personnes de peuples autochtones : la forêt est leur lieu d’habitat, de chasse, de cueillette, c’est le territoire de leur pharmacopée et de leur vie spirituelle…» s’insurge Jean Coursimault, délégué interrégional de l’Outre-mer pour le Secours Catholique.

De fait, les Amérindiens mais aussi les Bushinengués, qui représentent à eux deux 11 % de la population guyanaise, vivent dans la forêt et le long des fleuves. « Ils n’ont pas été consultés sur ce projet Montagne d’or alors qu’une partie est sur leur territoire » note Joël Da Costa, en charge de l’Amazonie pour le Secours Catholique, rappelant que la France n’a pas ratifié la Convention numéro 169 de l’Organisation internationale du travail relative aux peuples autochtones qui prône leur droit à la consultation.

 

Les Amérindiens sont un peuple oublié en France, ils sont vulnérables et vivent dans une grande précarité.

 

En janvier dernier, le comité onusien de lutte contre les discriminations raciales a rappelé à la République française son devoir d’une consultation préalable des peuples autochtones sur la Montagne d’or. Rappelons par ailleurs, qu’en 2017, après le mouvement social Pou Laguyann dékolé (Pourque laGuyane décolle), l’État français s’était engagé à restituer 400 000 ha de terres aux Amérindiens, une promesse restée lettre morte.

« Les Amérindiens sont un peuple oublié en France, ils sont vulnérables et vivent dans une grande précarité. » analyse Joël Da Costa. De fait, il n’y a pas que l’industrie minière légale qui fait des ravages, il y a aussi l’extraction illégale de l’or qui intoxique les eaux au mercure. Conséquence : les poissons pêchés et mangés par les peuples autochtones sont empoisonnés.

droits fafoués

« Il faudrait aussi s’attaquer à cet orpaillage illégal : la forêt amazonienne et ses peuples sont en danger. »  explique Jean Coursimault. Même la Commission nationale consultative des droits de l’homme tire la sonnette d’alarme.

Dans un rapport en 2017, elle dresse un état des lieux alarmant d’accès au droit aux services de base : au-delà du droit de propriété des terres, les droits à la santé, à l’eau potable, à l’électricité, aux transports, aux communications… sont bafoués, faute d’infrastructures et de services publics présents sur place dans des zones isolées.

Pour accoucher il faut par exemple se rendre à Cayenne un mois avant la date du terme. Le livre « Les abandonnés de la République, vie et mort des Amérindiens de Guyane » évoque en outre un taux de chômage élevé dû au manque de perspectives, mais aussi une acculturation forcée c’est-à-dire une éducation non adaptée à l’histoire et la culture amérindienne.

Épidémie de suicides

Conséquence : la Guyane fait face à une « épidémie de suicides » des Amérindiens, avec une prévalence 17 fois plus élevée qu’en métropole. « Le suicide est l’expression dramatique de la détresse des Amérindiens, face à la grande difficulté de réagir face à ces agressions. Ils se sentent dépossédés de leur culture avec une grande brutalité. » écrit le Docteur Rémy Pignoux, dans le livre « Les abandonnés de la République ».

« Les peuples autochtones sont marginalisés et isolés en Guyane, c’est donc notre rôle à nous, Secours Catholique, d’être auprès d’eux. » estime Jean Coursimault. C’est pourquoi l’association accompagne depuis quelques années la tribu Aloïké, du peuple Wayana, mettant en place un projet de tourisme solidaire, une ludothèque et une bibliothèque.

 

Les peuples autochtones ont une façon de vivre intégrée à la nature qui est un patrimoine pour toute l’humanité.

 

Le village a lui-même connu deux suicides ces quatre dernières années. « On accompagne les habitants dans leur souffrance, et afin de prendre leur vie en main et mettre en valeur leur culture. » explique Eliane Ruster, déléguée de la Guyane pour le Secours Catholique.

En lien avec son partenaire le REPAM (réseau ecclésial panamazonien), le Secours Catholique porte son combat de respect des peuples autochtones dans toute l’Amazonie, Guyane comprise. « Les peuples autochtones ont une façon de vivre intégrée à la nature qui est un patrimoine pour toute l’humanité. » explique João Gutemberg du REPAM. A l’heure des changements climatiques, il est temps de sauver les terres des peuples autochtones et de respecter leurs droits à la consultation – en France aussi.

Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photos : © MaxPPP
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