Garder le lien : « ils veulent juste savoir si je vais bien »

Publié le 17/12/2020
Hérault, Marne, Yvelines
Garder le lien : « ils veulent juste savoir si je vais bien »
Marwan et Simone se téléphonent régulièrement.
 

Ils s’appellent Marwan, Simone, Mariam, Hélène, Christelle et Chantal. Ils se téléphonent régulièrement pour prendre des nouvelles, maintenir le lien, éviter l’isolement des plus fragiles. Témoignages croisés.

 

À Montpellier

Simone, appelante « En temps normal, nous avons un café solidaire convivial qui rassemble des personnes migrantes le vendredi après-midi. Il y a aussi bien des demandeurs d’asile que des réfugiés ou des déboutés. Lors du premier confinement, tous se sont retrouvés démunis, sans trouver de quoi manger et nous leur avons distribué des chèques-services.

Ce deuxième confinement a été vécu différemment : leurs besoins alimentaires sont comblés, mais ils se sentent très isolés. Ils nous le disent : « c’est en train de nous détruire. » Alors on multiplie les coups de fil et les SMS. Par le téléphone, on garde le lien et on se réconforte.

Les souffrances sont grandes, car ça dure et on ne sait pas quand ça va s’arrêter. On s’appelle au moins une fois par semaine. Le plus difficile, c’est pour les déboutés : la peur s’installe, alors qu’avec le café, on les ancrait dans une dynamique d’intégration. »

Marwan, appelé  « Je reçois au moins un coup de fil par semaine d’un bénévole. Ça me remonte le moral. Le Secours Catholique, c’est comme ma deuxième famille en France, car la mienne est restée au Yémen. On parle au téléphone de ce qu’on vit, des obstacles que l’on rencontre avec le confinement.

 

Se téléphoner m’apporte de la joie. C’est comme une séance de relaxation.

 

Je ressens davantage la solitude avec ce deuxième confinement et recevoir ces coups de fil m’offre un espace dans lequel je peux partager mes émotions sans être jugé. Se téléphoner m’apporte de la joie. C’est comme une séance de relaxation. J’ai besoin de partager ce moment avec quelqu’un qui s’intéresse à moi.

Au Secours Catholique, ils veulent juste savoir si je vais bien. Et puis garder le lien me permet de pratiquer le français. De temps à autre on fait aussi une conférence téléphonique tous ensemble. On appelle ça « groupe de parole en humanité ». On  s’entraide les uns les autres et ça marche dans les deux sens : migrants - bénévoles ou bénévoles - migrants. »

 

À Versailles

Hélène, appelante  « Pendant le premier confinement, je passais déjà des coups de fil. Quand j’ai joint Mariam en mars, elle m’a dit : « vous êtes la première personne qui pense à moi ». Ça m’a touchée. Alors depuis ce deuxième confinement, j’appelle une quinzaine de personnes régulièrement. Je passe parfois des matinées au téléphone. Ma première question est : « comment ça va ? ».

On parle des personnes, de leurs soucis, on essaie de répondre à leurs besoins ponctuels. Je leur dis de m’appeler en cas de problème. Par exemple une mère de famille s’est retrouvée sans gazinière, avec impossibilité de cuisiner pour ses enfants. J’ai tout fait pour lui retrouver un four.

J’essaye d’apaiser les personnes que j’appelle, de leur donner confiance. Leurs journées sont longues et j’essaye de faire en sorte qu’elles ne s’enferment pas dans leur stress. Je les encourage. »

 

Recevoir ces coups de fil me donne du courage. J’ai quelqu’un à qui parler.

 

Mariam, appelée  « " Mariam est-ce que ça va ? " Rien que d’entendre cette phrase me fait du bien. J’ai quelqu’un qui se soucie de moi, alors que moi je me soucie de mes enfants et que je suis sans famille ici, puisque je viens de Guinée. Recevoir ces coups de fil me donne du courage. J’ai quelqu’un à qui parler.

J’ai ainsi pu dire que j’avais des difficultés à trouver à manger et les bénévoles m’ont trouvé une pizzeria qui m’offre deux pizzas tous les jeudis. J’ai aussi dit que je ne savais pas faire des attestations de déplacement et une bénévole est venue me montrer. Le Secours Catholique est un grand soutien pour moi. »

 

À Reims

Chantal, appelante « Ce deuxième confinement est moins difficile à vivre que le premier, mais le problème c’est l’épuisement : « quand est-ce qu’on va pouvoir revivre normalement ? » se demandent les personnes que l’on accompagne. Du coup, je les appelle régulièrement toutes les deux semaines.

Elles ont besoin d’une oreille attentive, d’un réconfort. Beaucoup veulent être rassurées. Par exemple, une dame me confiait qu’elle avait peur car elle n’arrivait plus à payer son loyer. Je l’ai rassurée en lui parlant de la trêve hivernale. D’autres personnes ont besoin d’être orientées vers des organismes d’aide alimentaire ou vers l’assistante sociale. Je les rassure et les conseille lors de mes coups de fil. »

 

Une dame me confiait qu’elle avait peur car elle n’arrivait plus à payer son loyer. Je l’ai rassurée en lui parlant de la trêve hivernale.

 

Christelle, appelée  « Les bénévoles m’appellent au moins une fois par semaine. Ça m’apporte de la force moralement pour avancer. Ça me donne aussi une bonne écoute. C’est d’autant plus vrai que je viens de traverser une période de santé compliquée. Je me sens moins seule avec ces appels. Ça me fait un bien fou de me sentir soutenue. Ça limite la casse durant ce deuxième confinement. »

 

Propos recueillis par Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photos : © Christophe Hargoues / Secours-Catholique
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