Georges Frinault, capitaine solidaire

Publié le 24/05/2020
Ille-et-Vilaine
Georges Frinault, capitaine solidaire
 

Après une vie professionnelle consacrée aux chantiers navals, Georges Frinault a mis sa retraite au service de la solidarité avec les plus fragiles, sans pour autant oublier son amour de la navigation et de la camaraderie.

À cinq kilomètres en aval de Dinan (35) sur la Rance, le village de Taden prête sa berge à une poignée de péniches en hibernation. L’hiver n’est pas fini mais trois hommes s’affairent déjà autour de La Bienveillante, péniche bleu et blanc qui, depuis trois ans, cabote l’été sur les canaux de Bretagne, accueillant à son bord des personnes en situation de handicap physique, mental ou social.

À l’origine de ce bateau solidaire, Georges Frinault. Né en 1949, cet homme grand et toujours svelte, n’a jamais quitté des yeux le monde des bateaux. Tôt, son père passionné de mer l’initie à la voile. Il fait ses études à l’École centrale de Nantes, en Loire-Atlantique, devient responsable de fabrication aux Chantiers de Normandie à Grand-Quevilly avant d’être nommé directeur adjoint des Ateliers et chantiers de la Manche (ACM) à Saint-Malo, puis responsable de Saint-Malo naval (SMN) où il supervise la construction de thoniers, ferries et autres paquebots de luxe.

Introduire une dose de solidarité

« J’ai eu la chance de partir en préretraite à 56 ans, se souvient Georges Frinault. Un de mes copains voulait construire un voilier avec moi. » L’opportunité l’enchante.

Quand il était en activité, les contraintes administratives le tenaient éloigné des ateliers de constructions : la construction du voilier soigne cette frustration. Et puis l’usage du contreplaqué et de la colle époxy dont est fait le voilier est une technique nouvelle pour lui, habitué à l’acier. Enfin, Georges songe depuis des années à introduire une forte dose de solidarité dans son activité.

Cette solidarité s'illustre d'abord par le mode de financement, participatif, du bateau. Elle se manifeste également d'une autre manière :  « À la retraite, je me suis engagé au Secours Catholique et au Samu social de Saint-Malo. Mon idée était de permettre à des personnes en difficulté de naviguer avec nous. » Quand le voilier de 10 mètres de long, conçu pour naviguer en haute mer, prend le large, Georges propose une sortie à quelques personnes du Secours Catholique.

 

J’ai entendu une petite voix me disant : « Et ton chantier solidaire ? »

 

« Lors de cette sortie, nous avions pris le vent dans la figure toute la journée et le soir nous étions tous très fatigués. J’ai quand même proposé une veillée de prières. L’un d’entre nous avait apporté sa guitare et connaissait des chants religieux. Quand j’ai regagné ma couchette, je n’avais plus sommeil. C’est alors que j’ai entendu une petite voix me disant : "Et ton chantier solidaire ? Cela fait cinq ans que tu es retraité, faudrait peut-être y penser". »

En 2011, l’idée fait son chemin. Le voilier hauturier a permis de tester avec succès la coque en époxy et le financement participatif. La navigation avec des personnes en difficulté aussi a été testée. « Quand vous avez un jeune qui disjoncte et que vous êtes au large, pas facile à gérer. D’où l’idée de la péniche qui navigue près des rives. S’il y en a un qui disjoncte, on peut le débarquer avec son éducateur à la première écluse. »

Les personnes du Secours Catholique qui avaient navigué sur le voilier s’enthousiasment aussitôt pour le prochain bateau solidaire et le représentant du Secours Catholique de Rennes est le premier à soutenir Georges. Il lui fait un chèque de 20 000 euros. L’association "La péniche de Saint-Malo“ est créée.

 

 
Georges Frinault, capitaine solidaire
Georges Frinault sur La Bienveillante
 


Faut-il encore savoir quoi faire. « Les copains venaient tous les trois mois pour me faire plaisir mais aucun n’y croyait vraiment. Un ami architecte a fait les premières ébauches à partir du cahier des charges que j’avais établi. Parmi les contraintes, je voulais un bateau léger, une propulsion électrique et la possibilité de disposer de dix couchettes. »

En 2013, la construction de la péniche débute. Vingt-cinq bénévoles vont travailler à plein temps pendant trois ans. En 2016, la péniche est mise à l’eau et rebaptisée La Bienveillante. Elle navigue depuis sur les canaux et rivières bretons du printemps à l’automne. À ce jour, plus de 1 200 personnes ont navigué sur La Bienveillante, dont 800 venues par la biais du Secours Catholique.

Solidaire mais terrestre

Georges habite toujours Saint-Malo. Récemment, il a aménagé dans une maison plus petite. Veuf depuis cinq ans, ses cinq enfants volent aujourd’hui de leurs propres ailes. Quand La Bienveillante a été terminée, ses compagnons lui ont demandé : « Qu’est-ce qu’on fait après ? Un autre bateau ? ».

La dernière innovation de Georges reste solidaire mais terrestre. Il s’agit d’un jardin « qui marche du feu de Dieu, dit-il. Je l’ai voulu exactement dans le même esprit que la péniche. C’est-à-dire que ceux qui sont “en forme“ encadrent de jeunes handicapés, des personnes au chômage longue durée ou des gens qui dépriment. Le jardinage fait un bien fou. Une dame en dépression qui vient au jardin m’a dit récemment : “vous m’avez sauvé la vie“. »

Jacques Duffaut
Crédits photos : ©Gaël Kerbaol / Secours Catholique
Deux mamies sourient bras-dessus bras-dessous
Plus d'informations
Lien social et lutte contre l'isolement
# sur le même thème