Inondations : le Secours Catholique auprès des sinistrés

Inondations : le Secours Catholique auprès des sinistrés

Publié le 09/11/2015
France
 

Grâce à son réseau de bénévoles, le département Urgences France du Secours Catholique réconforte et accompagne dans la durée les personnes victimes de catastrophes naturelles. Son équipe est actuellement active dans les Alpes-Maritimes suite aux violentes inondations de début octobre. Auparavant, ses dernières opérations l’avaient menée dans les Pyrénées, le Var et à La Réunion.

 

Ouragan à La Réunion, janvier 2014

Le 2 janvier 2014, l’ouragan Bejisa frappait La Réunion. Michelle Vital, responsable urgences du Secours Catholique de l’île, revient sur les problèmes que son équipe a dû résoudre sur le terrain pour venir en aide aux population sinistrées.

 

 

L' équipe Urgences de La Réunion a dû composer dès le début de l’alerte avec un problème de taille : les informations contradictoires communiquées par Météo France. Lorsque, Michelle Vital évoque le sujet, Gérard Bourguet, délégué Urgences de la Guadeloupe, intervient aussitôt : « Notre délégation a eu des réunions avec Météo France à ce sujet. Ils nous ont dit que la trajectoire d’un cyclone est toujours très aléatoire, surtout lorsque sa zone d’action excède cinquante kilomètres. Ils doivent tout le temps réaffiner leur calcul. »

L’œil du cyclone est finalement passé à trente kilomètres des côtes. Une proximité suffisante pour occasionner de gros dégâts matériels : toitures arrachées, zones agricoles ravagées, coupures d’eau et d’électricité… « Ces dernières ont duré parfois dix jours, raconte Michelle Vital. Comme c’était la période des fêtes de fin d’année, les habitants avaient leur frigidaire rempli de nourriture. Ils ont tout perdu à cause des coupures. »

Le Secours a rapidement déployé ses bénévoles grâce à une chaine de SMS.

Le cyclone provoquera la mort d’une personne et en blessera seize autres, principalement des habitants qui tentaient de colmater leur toiture pendant la tempête. Le Secours a rapidement déployé ses bénévoles une fois la tempête terminée grâce à une chaine de SMS. Puis il a installé son poste de coordination dans la commune de Saint-Leu, l’une des quatre villes les plus touchées par la tempête.

« La mairie a été formidable. Elle nous a fourni une grande salle et s’est occupée de la logistique. En 2009 – coïncidence –, notre équipe avait d’ailleurs fait son exercice d’urgence à Saint-Leu. Le curé de la commune nous a dit : “Et bien, n’est-ce pas là un signe du ciel ?” »

Peu d’assurances habitation

103 bénévoles du Secours Catholique ont ensuite rendu visite à 168 familles sinistrées, leur distribuant au besoin des matelas, des couvertures et de la nourriture. Mais une mauvaise surprise les attendait. La majorité des familles ne possédaient pas d’assurance habitation, soit parce que les maisons avaient été construites sans permis de construire valable, soit parce que les habitants n’en faisaient pas une priorité. « À l’avenir, on réfléchit à des actions de sensibilisation pour expliquer l’importance d’une assurance habitation. C’est primordial », soupire Michelle Vital.

Une belle expérience humaine.

Le Secours Catholique s’est partagé le travail avec l’association ATD Quart Monde. Cette dernière s’est chargée de constituer des dossiers de demande d’indemnisation pour les pêcheurs. Beaucoup ayant vu leurs outils de travail dévastés. Le Secours Catholique s’est lui occupé d’aider la profession des agriculteurs, elle aussi très touchée.

Si les jours qui ont suivi le cyclone ont parfois été éprouvants, Michelle Vital ne regrette pas les efforts déployés : « C’était une belle expérience humaine. Notre action a d’ailleurs été saluée par beaucoup de gens. »

 

Inondations dans les Alpes-Maritimes, octobre 2015

Mardi 6 octobre, la délégation des Alpes-Maritimes et l’équipe Urgences France du Secours Catholique, ont entamé une première évaluation des dégâts et des besoins dans les communes sinistrées par les inondations du week-end. Témoignage de Anne Degreff, bénévole de l’équipe Urgences France.

 

« Ce qui me marque le plus, par rapport à nos interventions précédentes dans l’Aveyron en 2014 ou en Haute-Garonne en 2013, c’est que les personnes que l’on a rencontrées pour l’instant sont très choquées. Même lorsqu’elles ne sont pas sinistrées, elles sont bouleversées par le nombre de morts.

Par ailleurs, les dégâts sont assez impressionnants. On voit des routes qui se sont effondrées, des arbres déracinés. Nous sommes dans des zones urbaines, très construites. Les accès pour déblayer sont donc compliqués, cela prend du temps. La solidarité s’organise, il y a beaucoup de dons : de linge, de vêtements, d’ustensiles de cuisine…

Définir précisément les zones d’intervention et les effectifs nécessaires.

Notre mission à nous est de repérer les zones réputées comme étant économiquement et socialement faibles - les logements HLM, les campings avec location à l’année, les habitats précaires en bord de fleuves ou de rivières - pour y évaluer les dégâts. Depuis ce matin, et jusqu’à jeudi, organisés en équipes de deux, nous faisons le tour des communes sinistrées. Le but de cette première évaluation est de pouvoir définir précisément les zones d’intervention et les effectifs nécessaires pour le dispositif d’urgence que l’on devrait lancer dimanche.

Les personnes auprès de qui on intervient sont souvent éloignées des institutions.

À partir de la semaine prochaine, des équipes de bénévoles rendront visite aux habitants sinistrés pour leur apporter un soutien moral. Comme il y a eu beaucoup de véhicules cassés, ils s’assureront aussi que les personnes n’ont pas de problème de mobilité. Les personnes auprès de qui on intervient étant souvent éloignées des institutions, les bénévoles s’assureront également qu’elles sont informées des aides publiques dont elles peuvent bénéficier, qu’elles y ont accès et qu’elles en font la demande. »

 

Inondations dans le Var, janvier 2014

Quand tous les autres sont repartis, quand l’isolement et la détresse se font sentir le plus souvent, les bénévoles du Secours Catholique sont là pour écouter, rassurer, réconforter. Une journée avec un binôme de bénévoles venus en renfort de la région parisienne pour rencontrer et aider les sinistrés des inondations dans les communes de La Londe et de Bormes-les-Mimosas.

 
Inondations : le Secours Catholique auprès des sinistrés

Diaporama sonore
« On n’imagine pas la violence que ça peut être »

 

Inondations à Saint-Béat, juin 2013

Fin janvier 2014, la Garonne a de nouveau menacé le village de Saint-Béat situé en Haute-Garonne, gravement éprouvé par la crue du 18 juin 2013. Depuis huit mois, le Secours Catholique est sur place.

 

Janvier 2014. Sur le trottoir étroit qui borde la rue principale de Saint-Béat (Haute-Garonne), Bertrand Ricard, bénévole au Secours Catholique, retrouve Michel Weistroffer devant son ancienne boucherie. Il est accompagné d’Edyta Matejko, recrutée par la mairie pour coordonner les secours après les inondations d’il y a huit mois.

Sur le mur, à l’intérieur de l’échoppe, un trait noir tracé au marker indique 2,15 m, le niveau de la crue du 18 juin dernier. Le magasin a été nettoyé mais « l’eau remonte par capillarité quand il pleut, explique le boucher-traiteur. Je ne peux plus payer le loyer. Alors j’envisage de me reconvertir en rôtisseur ambulant ».

La mairie accorde des aides à ceux qui veulent remonter leur boutique. Mais sans boutique, Michel Weistroffer n’y aura pas droit. « L’aide du Secours Catholique est destinée à faciliter la reprise des activités professionnelles, mais n’est pas conditionnée, elle, par la réouverture du magasin sur les lieux mêmes où il se trouvait avant le sinistre, précise Bertrand. Nous voulons empêcher la mort de l’économie locale en soutenant tous les commerçants qui ont été sinistrés. »

Les deux campings, moteurs économiques du village, sont déserts.

À l’exception d’un estaminet qui vend aussi du vin et des produits du terroir (rouvert trois semaines après l’inondation pour accueillir le Tour de France), tous les autres commerces implantés sur l’artère principale sont fermés. Le gérant du bureau de tabac est parti se reconvertir au métier de chaudronnier. La banque qui vient juste d’installer un nouveau distributeur reste close.

Les deux campings, moteurs économiques du village, sont déserts. Le camping public sera déplacé sur les flancs de la montagne. Quant au camping privé, des problèmes pratiques et juridico-administratifs restent à régler avant la reprise d’exploitation sur place ou ailleurs.

La catastrophe a coïncidé avec le début de la saison estivale. L’équipe des urgences du Secours Catholique, composée de cinq personnes début juillet, s’était rapidement renforcée d’une centaine d’autres bénévoles et de personnes accueillies de Haute Garonne et des départements voisins. Une aide efficace qui fut aussi un soutien moral pour tous ceux dont les biens avaient été détruits.

Juriste de formation, Bernard explique les clauses de contrats d’assurance.

Après le départ des premiers urgentistes, Bertrand Ricard a pris le relais. Habitant à Montespan, à une heure de route de Saint-Béat, son rôle est d’assurer une permanence tous les jeudis dans cette partie française du val d’Aran. Juriste de formation, il conseille, explique les clauses de contrats d’assurance, écoute et propose des solutions.

À Fos, dernier village avant la frontière espagnole, Bertrand a rendez-vous ce dernier jeudi de janvier avec Eugenio Hernandez, jeune Espagnol, marié et père de deux enfants en bas âge. « Nous avions acheté la maison il y a cinq ans et nous venions juste de terminer les travaux, explique Eugenio, quand la Garonne est venue détruire tout le rez-de-chaussée. »

Depuis, le ménage loue un appartement dans le haut de Fos. Il est en difficulté financière car Eugenio a cessé son travail pour se consacrer à plein temps à la réhabilitation de leur maison. Mais les assurances attendent les conclusions de l’expert. Et l’expert refuse les devis présentés par Eugenio.

La survie du village dépend de sa quinzaine de commerces.

« Certains experts profitent de la faiblesse psychologique des personnes sinistrées, renchérit Bertrand, outré que ce couple n’ait pas encore été indemnisé. Dorénavant, je suggèrerai d’être présent quand les experts viendront estimer les dégâts. »

Pour aider au redémarrage de l’économie, le Secours Catholique a confié à Bertrand, en lien avec la délégation Ariège-Haute Garonne, l’utilisation d’une enveloppe de 50 000 euros, spécialement débloquée pour venir en aide à tous les commerçants sinistrés. Car la survie du village, dont la population s’érode depuis le 19e siècle (de 1 500 en 1850, elle est aujourd’hui en deçà de 400), dépend désormais de sa quinzaine de commerces.

 

Thierry Cuenot : « Prendre du temps dans l’urgence »

Thierry Cuenot, le responsable du département urgences France du Secours Catholique, fait le point sur les actions menées ces derniers mois par son département.

Quelles catastrophes récentes ont mobilisé le département urgences France du Secours Catholique ?

Nous avons déclenché le dispositif d’urgence en Pyrénées-Gascogne et en Ariège-Garonne en juin 2013 après les inondations qui ont touché Lourdes, Argelès-Gazost ou encore Saint-Béat. Le dispositif a été à nouveau déployé le 2 août en Dordogne, après un important orage de grêle.

Nous étions présents à La Réunion par l’intermédiaire de notre équipe urgences sur place après le passage du cyclone Bejisa le 2 janvier 2014. Puis nous nous sommes mobilisés dans le Var pour les inondations du 19 janvier dernier.

Parfois, nous appuyons des délégations sans déclencher de dispositif d’urgence. Nous leur apportons des conseils, des outils. Mais nous ne nous déplaçons et n’ouvrons pas toujours de poste de coordination. En 2013, nous sommes ainsi intervenus sur une dizaine de petits sinistres, principalement des inondations isolées.

Quel type d’actions menez-vous sur place ?

Un réseau de 60 000 bénévoles comme le nôtre ne pouvait qu’intéresser les services de l’État. En 2006, le ministère de l’Intérieur nous a délivré un premier agrément qui nous accorde les compétences pour deux missions en temps de crise : le soutien aux populations sinistrées et l’encadrement des bénévoles.

Nous apportons d'abord une écoute, un réconfort moral, puis un accompagnement dans la durée.

Certaines associations font de la formation aux gestes de premiers secours, d’autres ont des chiens entraînés en cas de tremblements de terre. Ce n’est pas notre travail. Notre soutien aux populations se traduit par une action de visites à domicile, toujours en binômes. Nous apportons une écoute, un réconfort moral à ces personnes, puis des aides financières si nécessaires rapidement. Nous les accompagnons ensuite dans la durée.

L’encadrement de bénévoles signifie que nous pouvons les mobiliser sur le terrain, même s’ils ne sont pas toujours formés. Nous les formons sur place, à condition qu’ils restent plusieurs jours.

Combien de temps le Secours Catholique reste-t-il dans les zones sinistrées ?

Le plus longtemps possible, jusqu’à la fin des besoins. À Saint-Béat par exemple, nous continuons à suivre les personnes sinistrées, notamment les artisans et commerçants. Nous sommes également toujours présents dans l’océan Pacifique plus d’un an après le passage du cyclone Evan sur l’île de Wallis, en décembre 2012.

Nous soutenons encore financièrement une association paroissiale sur place qui réhabilite des habitations pour des familles rencontrant des handicaps physiques, mentaux ou sans ressources financières.

Certains habitants sont toujours en litige avec l’État.

Nous sommes enfin toujours attentifs à la situation des populations touchées par la tempête Xynthia en 2010. Les délégations de Vendée et de Charente-Maritimes nous ont demandé de ne pas clôturer notre soutien. Certains habitants sont en effet toujours en litige avec l’État. Ils ont vu leur maison détruite car située en zone inondable.

Quels sont les défis à venir ?

Nous aimerions établir une cartographie des risques de catastrophes naturelles et industrielles en France et dans les DOMs, à l’image des analyses sociales de territoire que nous encourageons à faire dans chaque délégation.

Nous souhaitons également mettre en place plus de formations de sensibilisation à la culture de l’urgence pour les bénévoles de notre réseau, ainsi que des formations à l’écoute.

L’urgence attire souvent de nouveaux bénévoles après une catastrophe, mais qui ne sont pas toujours formés. Les visites à domicile nécessitent d’écouter aussi avec ses yeux. L’écoute est une activité qui demande des efforts. Il faut savoir distinguer, entendre et écouter. À ce titre, il est intéressant d’avoir des bénévoles déjà formés à l’écoute.

Les visites à domicile nécessitent d’écouter aussi avec ses yeux.

Dans le Var, nous avons eu plusieurs bénévoles qui venaient d’autres délégations et des paroisses proches : visiteurs de prison, accompagnants autour du deuil... J’aime l’idée de pouvoir développer des passerelles entre nos différents mouvements de pastorale sociale pour vivre une démarche commune de solidarité.

En général, les bénévoles du Secours Catholique sont habitués à recevoir les personnes en difficulté, en les accueillant notamment dans nos accueils de jour ou de nuit. Le département urgence fonctionne différemment puisque l’on va vers les personnes sinistrées à leur domicile. C’est une autre démarche complémentaire, qu’il nous faut encourager.

Pierre Wolf-Mandroux, Jacques Duffaut, Benjamin Sèze
Crédits photos : ©Élodie Perriot / Secours Catholique, ©MaxPPP
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