Jardin partagé : un samedi au vert

Publié le 28/07/2017
Ile-de-France
 

Un jardin où respirer, cultiver la terre et bien manger. Un jardin, surtout, où passer du temps ensemble. Celui de Montreuil, en banlieue parisienne, est un oasis pour un petit groupe d'habitués de la maison Saint-Ambroise du Secours Catholique (Paris), dont des personnes en situation de grande exclusion.

 
Jardin partagé : un samedi au vert
« On respire l'air frais ici, loin du béton et de la pollution »
 

Nul besoin de frapper : comme tous les samedis, le portillon du jardin Notre-Dame des murs à pêche, à Montreuil, est ouvert. La parcelle luxuriante s’étire en longueur, cernée par les vestiges des murs, classés au patrimoine, qui ont abrité la culture des fruitiers ayant fait la renommée de la ville.

Aujourd’hui, le jardin vit au rythme des retrouvailles d’un groupe fréquentant la maison Saint-Ambroise du Secours Catholique, à Paris. 

Delphin fait le tour du propriétaire. Arrivé comme accueilli, le voilà responsable du jardin. Autodidacte, il a été moteur de son aménagement dans un esprit « sauvage » : l’espace fleuri, celui du repas avec sa cahutte de bois, et, tout au fond, le potager, dont la récolte est dégustée sur place ou distribuée aux tables partagées.

Le sexagénaire, originaire du Congo, montre fièrement les toilettes sèches, le compost et le système de récupération d’eau à l’aide de roseaux filtrants.

« L’urgence, c’est de donner de l’eau ! », observe – t –il devant les rangs de haricots assoiffés. Cela tombe bien, des camarades arrivent : Fidji, Thierry, Eric, Philippe, Henri…

 

Le jardin permet de décompresser, car en ville, il faut toujours surveiller ses affaires, on n’a pas l’esprit tranquille.

 

Après quelques coups d’arrosoir, l’heure est à la préparation du repas. Henri s’attèle au barbecue, Delphin au riz pilaf. Eric, lui, a installé son clavier sous le barnum et entame une chanson. « On respire l’air frais ici, loin du béton, de la pollution, apprécie celui qui joue dans le métro parisien. Ça me rappelle mon village au Nigeria. »

Après le repas, Philippe pique une sieste ; Thierry, champion de dames, dispute une partie avec Panini, d’origine sri-lankaise. « Je vis dans un studio de 12m2, alors ici je respire, je vois du monde, souligne ce dernier. Je viens pour m’amuser, discuter, jouer… et jardiner un peu ».

Fidji fait vaillamment des allers-retours avec un arrosoir. Ce Réunionnais est hébergé ici et là, quand il ne dort pas dans la rue. « Le jardin permet de décompresser, car en ville, il faut toujours surveiller ses affaires, on n’a pas l’esprit tranquille. »

« L'important, c'est ce qu'on vit ensemble »

Tuyau à la main, Medhi, 30 ans, sans logement depuis son arrivée en France il y a quelques mois, abreuve les parterres de fleurs. Est-ce que cela lui change les idées ? « J’ai beaucoup de choses en tête, répond-il, ma famille au Maroc, le travail qu’il faut que je trouve, mon rêve d’être chanteur … C’est pas facile. »

Jacques, un bénévole, aimerait que davantage de personnes tirent profit du jardin. « Même si ce n’est pas pour cultiver… L’important, c’est ce qu’on vit ensemble ».

 

« Un lieu pour semer et s'aimer »

Laurent Kapela, animateur de proximité et de solidarité au sein de la délégation de Paris.
Le jardin a été lancé il y a une quinzaine d’années avec, pour intuition, de permettre aux personnes accueillies à Paris de quitter la ville et trouver là un havre de paix. Le lieu a évolué au fil du temps. A une époque, des familles y cultivaient des parcelles individuelles. Depuis cinq ans, nous en avons changé l’esprit pour l’ouvrir à tous : personnes accueillies, à la rue, bénévoles, salariés... On ne sait plus qui est qui. Il n’y a, ici, que des jardiniers.
Nous avons transformé le jardin en lieu de convivialité, de culture ; un lieu pour semer et s’aimer. Sa vocation, c’est la relation, la rencontre. Et l’on met en place des choses qui permettent à chacun de se retrouver : on peut jardiner, découvrir la nature et apprendre à travailler la terre, mais aussi se reposer, faire de la musique, jouer… Nous souhaitons également qu’il soit ancré dans le quartier : il est ouvert aux habitants, aux paroisses et à d’autres associations.
Pour les personnes accueillies, c’est un lieu de respiration et de découverte, un moment de vie collective et de recherche d’autonomie et de responsabilité. C’est aussi un poumon pour les bénévoles, qui trouvent là un espace relais en attendant que l’accompagnement qu’ils mènent de longue haleine auprès des personnes en matière d’emploi, de logement etc. porte ses fruits.
Clarisse Briot
Crédits photos : ©Xavier Schwebel / Secours Catholique
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