Kosovo : « On vit mieux ensemble quand on a du travail »

Publié le 17/01/2020
 

Près d’une personne sur deux est au chômage au Kosovo. Dans un pays en proie aux tensions ethniques, Caritas Kosovo, soutenue par le Secours Catholique et l’Union européenne, fait le pari qu’un retour vers l’emploi permettra d’améliorer le vivre-ensemble. 

 

Entretien avec Arif Kadriu, chargé de projet à Caritas Kosovo.

 

Quelle est la situation sur le front de l’emploi au Kosovo ?

 

Nous faisons face à un grave problème de chômage chez les jeunes. Selon les statistiques, 58 % des moins de 25 ans sont sans emploi. Il n’y a pas de pont entre le système éducatif et le marché de l’emploi. Résultat : nos jeunes quittent le pays – de manière légale ou illégale – et nous risquons d’avoir une génération perdue de travailleurs. 100 000 jeunes sont en attente de visa, c’est énorme ! Les femmes sont aussi particulièrement frappées par le chômage, il y a peu de possibilités d’emploi pour elle, notamment dans les zones rurales. Elles sont souvent pauvres.

 

Pourquoi est-il important de donner une réponse à ce problème du chômage chez les jeunes et chez les femmes ?

 

À cause du manque de travail, notre pays se vide de sa jeunesse et c’est dangereux pour l’avenir. Les statistiques montrent que nous ne serons plus que 800 000 habitants dans 10 ans contre 1,7 millions actuellement, si ce phénomène migratoire se maintient. Le chômage cause du désespoir et fait le lit des violences. À l’inverse, le travail ouvre des portes et favorise le vivre-ensemble. On vit mieux collectivement quand on a du travail car on est plus épanoui. À Caritas Kosovo, nous pensons qu’il faut construire l’avenir en redonnant de l’espoir aux jeunes. En les aidant à identifier les besoins du marché du travail, nous leur permettons de rester au Kosovo et d’y fonder une famille. Tout ceci améliore le vivre-ensemble.

 

Que mettez-vous en œuvre pour permettre un retour à l’emploi ?

 

Nous accompagnons quelque 170 personnes, des femmes et des jeunes. Soit nous les aidons à lancer leur activité professionnelle, soit nous les formons à des techniques de recherche d’emploi, soit nous leur permettons de faire des stages. Nous faisons attention à regarder les besoins et les compétences des personnes, mais aussi les besoins du marché du travail. Il y a par exemple des offres d’emploi dans le secteur du bâtiment, de l’informatique ou de la cuisine.

Dans la recherche d’emploi, nous faisons en sorte que les personnes trouvent elle-même un poste, pour qu’elles reprennent confiance en elle. Pour cela, nous travaillons main dans la main avec le pôle emploi local. Il est la porte d’entrée pour les demandeurs d’emploi. D’ailleurs son rôle n’est pas connu. Cela peut paraître invraisemblable mais 27 % des Kosovars pensent que cette institution ne sert qu’à comptabiliser le nombre de chômeurs. Ils ne savent pas qu’elle peut aussi accompagner dans la recherche d’emploi.

 

Votre projet accorde une importance particulière aux minorités roms, ahskalies et égyptiennes. Pourquoi ?

 

Nous voulons donner des opportunités à chacun. Or, 93 % des populations de ces minorités sont officiellement sans emploi, même si en réalité, elles travaillent dans l’économie informelle. Elles sont souvent très pauvres. Dans nos accompagnements, les personnes demandeuses d’emploi sont formées ensemble, quelle que soit leur origine : serbe, albanaise ou issue d’autres minorités. On favorise ainsi la tolérance. Si on offre des opportunités de travail aux gens, ils feront moins attention aux origines de chacun. Encore une fois, notre projet renforce aussi la cohésion sociale.

Propos recueillis par Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photo : © Gaël Kerbaol / Secours Catholique
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