Kosovo: “YourJob”, un tremplin vers l’emploi

Kosovo: “YourJob”, un tremplin vers l’emploi

Publié le 20/06/2022
Kosovo
 

Ils s’appellent Valon, Malsore, Robert et Albatrit. Ils sont kosovars et ont moins de 30 ans. Après leur scolarité, tous ont eu des difficultés à entrer sur le marché du travail. Grâce à “YourJob”, un programme soutenu notamment par le Secours Catholique, ils ont pu trouver un emploi, gagner de quoi nourrir leur famille et surtout rester au pays. Reportage.

Prizren, petite ville du sud du Kosovo. Dans les locaux de Caritas, Donika Markaj, conseillère d’orientation reçoit Festina, âgée de 22 ans. La jeune femme explique qu'elle a fait des études d’infirmière mais qu'elle ne trouve pas de travail. « On voit que tu veux être une femme indépendante, n’abandonne pas », lui dit Donika.

La conseillère d’orientation présente à Festina le projet YourJob (l’abréviation de Youth Overcoming Unemployment Regionally through Job Opportunities in the Balkans*), un programme soutenu par le Secours Catholique et mis en œuvre par les Caritas dans les Balkans, en Bosnie-Herzégovine, en Serbie, en Albanie et au Kosovo.

 
 

L'objectif : insérer dans le marché du travail les jeunes âgés de 15 à 30 ans qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation (les “Neet”), dans un pays, le Kosovo, où le taux de chômage au sein de cette population avoisine 60 %.

Depuis son lancement en 2019, 2 400 jeunes Kosovars ont ainsi été reçus en entretien individuel, 600 ont bénéficié de formations sur la manière de poser leur candidature (rédiger son CV, sa lettre de motivation, se comporter en entretien) et 200 ont pu faire des stages en entreprises. « Lors des entretiens, on essaie de comprendre vraiment ce que veulent les jeunes. On leur redonne espoir et on les motive », explique Donika.

Des stages immersifs

Dans la périphérie de Prizren, dans une pizzeria, Albatrit, 19 ans, pétrit la pâte à pizza avec laquelle il jongle au-dessus de sa tête. Le jeune homme, qui n’a pas poursuivi ses études après le lycée, a pu grâce à YourJob réaliser un stage de cinq mois chez Proper Pizza en 2020, stage à l’issue duquel il a obtenu un contrat d’un an. « Au moins, maintenant, j’ai un job sécurisant », déclare-t-il.

 

Mon frère est parti travailler en Suisse, mais moi je veux rester au Kosovo.

Robert, jeune kosovar

« Les stages sont de bonnes options », observe encore Donika, « les jeunes sont payés durant cette période par YourJob. Ils acquièrent des compétences et sont souvent employés après. » Albana Morina, manager de la pizzéria, renchérit : « J’ai recruté deux pizzaïolos avec YourJob. Ça facilite l’embauche, car après les entretiens qu’ils passent dans le cadre du programme, ils sont préparés et réellement prêts à travailler. »

 

 
Kosovo: “YourJob”, un tremplin vers l’emploi
Artan fabrique des brouettes dans cette entreprise métallurgique, un contrat décroché grâce à YourJob.
 

Tout comme Albatrit, Robert a de son côté été employé comme réceptionniste dans un hôtel de Prizren, là aussi suite à un stage : « J’avais fait des études d’assistant d’avocat, mais je ne trouvais pas de travail. Mon frère est parti travailler en Suisse, mais moi je veux rester au Kosovo. »

 
 

Partir pour survivre

De nombreux jeunes Kosovars, désespérés de ne pas trouver de travail, émigrent pour les pays d’Europe voisins. « Deux tiers des Kosovars sont jeunes et leur seule opportunité est de partir », se lamente Arbenita Morina, conseillère de YourJob à Mitrovica. « Ils veulent travailler, mais les conditions sont mauvaises et il se sentent en insécurité avec de si bas salaires (Ndlr : 180 à 300 € en moyenne). »

Faire en sorte que les jeunes – qui sont l’avenir du pays – restent au Kosovo : c’est le second objectif de YourJob. « On connecte ainsi les jeunes aux opportunités de travail qui existent, on fait correspondre leurs compétences au marché du travail », précise Luz Balaj, responsable de YourJob au Kosovo. C’est ainsi qu’au-delà des stages, le programme de Caritas Kosovo offre aussi des formations aux jeunes qui souhaitent se spécialiser.

Par exemple, YourJob travaille avec Viprint, une entreprise d’imprimerie, à Mitrovica, dans le nord du pays. Six stagiaires de YourJob ont été formés ici à l’utilisation des machines.

« J’investis dans les jeunes pour les garder », explique Visar Idrizi, le chef d’entreprise. Ce dernier a lui-même étudié au Royaume-Uni, mais il a ensuite décidé de monter son business au pays. « À Mitrovica en particulier**, le marché du travail est difficile à cause de la situation politique. Personne ne veut investir ici et les jeunes ont du mal à trouver des postes », reconnaît Granit Bejtullahu, du pôle emploi local.

 
Le chef d'entreprise VIdar Idrizi propose des formations de 6 mois à des stagiaires de Your Job. "J'investis dans ces jeunes pour les garder" explique celui qui dirige une imprimerie.
Elodie Perriot
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Malsore, jeune femme de 23 ans, a pu être embauchée chez Viprint : « Ici, j’ai acquis des compétences de marketing et maintenant je touche 450 euros, c’est un bon revenu. Sans YourJob, j’aurais sûrement été une diplômée de plus au chômage. »

 

 
 

Des bourses

Pour YourJob, il est important de donner un coup de pouce aux populations discriminées et marginalisées du monde du travail, que ce soient les femmes – dans une société très patriarcale – ou les minorités tels les Serbes et les Roms.

 

Maintenant j’ai ma propre entreprise et j’ai pu offrir un contrat à mon frère.

Valon, jeune Rom Ashkali

C’est ainsi que Valon, Rom Ashkali*** de 29 ans, a reçu l’une des 22 bourses de YourJob qui ont permis à des jeunes de se lancer dans l’auto-entreprenariat. Valon, lui, rêvait d’être égoutier comme son père. Mais le matériel coûtait trop cher. L’enveloppe de 7 000 euros de YourJob lui a permis d’investir dans une camionnette, des machines pour nettoyer les égouts et même une caméra pour inspecter l’intérieur des canalisations. Il est le seul égoutier à en posséder une à Mitrovica.

« Maintenant j’ai ma propre entreprise et je gagne 1 000 euros par mois, ce qui m’a permis d’offrir un contrat à mon frère et à un autre salarié », relate Valon. En un an et demi, il s’est acquis une réputation. Il peut ainsi prendre soin de sa femme, de leurs trois enfants et de ses parents. « La vie est bien plus belle », conclut-il.

 

* Littéralement : “la jeunesse surmonte le chômage régionalement à travers des opportunités de travail dans les Balkans”.

** Avec la partition de facto de la ville en deux, le nord étant habité par les Serbes et la Serbie ne reconnaissant pas le Kosovo.

*** Minorité ethnique albanophone et musulmane, vivant dans les Balkans.

Cécile Leclerc-Laurent
Photos: Elodie Perriot
Écolière Haïtienne souriante dans sa classe
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